‹ De l'education (volume 3)Chapitre 10 sur 67 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

peut, à la mission du ciel? — car, on le comprend, ces hommes de la Providence, ces hommes de Dieu, dans le sens le plus élevé du mot, l'Éducation ne suffit point à les faire ; elle les prépare, et c'est Dieu seul qui les fait et qui les envoie.

Ceux donc que nous devons chercher à former, ce sont les hommes de bien, les hommes de sens, les hommes de iele, les hommes de foi, les hommes d'honneur et de courage, les hommes même de génie, s'il est possible : en un mot, les hommes capables de devenir, au besoin, les hommes de Dieu, les hommes de la Providence.

Je répète ma question : Où en sommes-nous à cet égard, et où sont parmi nous les hommes ?

Ou'avons-nous sur quoi nous puissions compter ?

Hélas ! non-seulement, comme dit un prophète, tous les cœurs sont malades de tristesse : omne cor mœrens ; mais les plus fortes têtes s'abattent et languissent : omne caput languidum. La prudence humaine est à bout; la plus haute sagesse se déconcerte ; les habiles de la terre sont manifestement en détresse ; les hommes les plus forts proclament eux-mêmes leur faiblesse.

Tous, nous sommes condamnés à redire la douloureuse plainte de l'évêque d'Hippone : Levons nos têtes

ET PORTONS NOS REGARDS VERS CELUI DONT LE REGNE NE CHANCELLE NI NE FINIT ; CAR JE NE VOIS SUR LE CONTINENT NI HOMME NI ASSEMBLÉE CAPABLE DE SAUVER l'EMPIRE.

Nous avons fait bien des révolutions.

La dernière, celle du 24 février, a mis en mouvement tout un peuple. Jamais il n'y eut un plus grand pêlemêle d'hommes, jamais on ne vit une agitation plus gigantesque.

INTRODUCTION. XVli

Dans les plus humbles villages, comme dans les plus grandes cités, depuis les plus pauvres ouvriers jusqu'aux princes, tous ont été convoqués, tous ont pu et dû apparaître au grand jour. Chose étrange! de tout ce mouvement il n'est pas né, il n'est pas resté un homme. Plusieurs même y sont morts dans le mépris, qu'on croyait des hommes. Et la France cherche, attend toujours ceux qui lui manquent!

Sans doute il y a des hommes qui nous retiennent au penchant des abîmes ; et nous devons en bénir Dieu ! mais ce sont les hommes des temps qui ont précédé : hommes politiques, hommes religieux, chefs militaires, magistrats; on trouve en eux une haute intelligence, une rare intrépidité, un admirable dévoûment à la chose publique; mais ce sont ces hommes-là eux-mêmes qui se plaignent que les hommes manquent autour d'eux, qui comprennent l'immensité des besoins et déclarent leur propre insuffisance. En présence de tant d'œuvres qu'ils ne peuvent accomplir, de tant de maux auxquels ils ne peuvent porter remède, nul ne s'écrie plus haut qu'eux : Les hommes manquent!

En efTet, presque partout les hommes sont inférieurs à leur position ; presque partout on voit au premier rang des hommes de second ordre, qui seraient des hommes distingués, très-utiles et même supérieurs dans des fonctions moins hautes que celles où le malheur et l'indigence des temps les condamne à agir et à n'être que médiocres, en un mot, presque partout manque l'homme des grandes choses : l'homme de Dieu, l'homme de l'œuvre, l'homme de la Providence!

De tels hommes, sans aucun doute, je l'ai dit déjà,

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