CHAPITRE PREMIER
[l'Éducation est une œuvre d'autorité et de respect.
Lorsque, après de longues études et une laborieuse expérience, j'ai recherché par une réflexion plus profonde quelles étaient les deux choses fondamentales dans l'Éducation, j'ai trouvé V autorité et le respect.
Voilà pourquoi j'ai cru devoir placer îivant tout ces deux noms si graves et commencer par là 1
Sans doute, ces premières pages de mon livre ne suffisent pas à démontrer ce que j'avance ici : c'est le livre tout entier qui fera la démonstration. J'ose le dire, il ne s'y rencontrera peut-être pas une page où cette vérité ne se retrouve avec sa forte et vive lumière. Je ne doute même point que, dès l'abord, le regard pénétrant des esprits élevés et attentifs ne découvre sans peine pourquoi les deux 'plus grandes et
saintes choses qui soient ici-bas dans Fliumanité, h savoir rautorité et le respect, sont aussi dans FÉducation et y apparaissent comme le fond même et les grands moyens de Fœuvre qu'il s'agit d'accomplir.
Qu'est-ce, en effet, que l'Éducation, quelle est son idée tout à la fois la plus haute et la plus profonde, la plus générale et la plus simple? Le voici :
Cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui constituent dans l'enfant la nature et la dignité humaine ; donner à ces facultés leur parfaite intégrité; les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action;
Par là former l'homme et le préparer à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales qu'il sera appelé un jour à remplir, pendant sa vie sur la terre ;.
Et ainsi, dans une pensée plus haute, préparer l'éternelle vie, en élevant la vie présente :
Telle est Fœuvre, tel est le but de FÉducation.
Tel est le devoir d'un père, d'une mère, lorsque Dieu, les associant à sa Providence suprême, donne par eux la vie à de nobles créatures, et les charge de continuer et d'achever cette tâche toute divine, en conduisant au bonheur, par la vérité et par la vertu, ces enfants qu'il associera lui-même un jour à sa félicité éternelle et à sa gloire.
Tel est le devoir des hommes qu'un choix honorable, une vocation supérieure, un dévoûment généreux, associe h Fautorité, à la sollicitude paternelle et maternelle ; telle est la sainte mission des instituteurs de la jeunesse; et cela partout et toujours, chez les nations les plus civilisées et les plus savantes, comme chez les peuples moins éclairés et moins polis.
L'Éducation privée comme l'Éducation publique, FÉducation la plus vulgaire aussi bien que FÉducation la plus haute, FÉducation des filles comme celle des garçons ; en
CH. I. — ŒUVRE d'autorité ET DE RESPECT. 3
an mot, FÉducation Immaine n'est qu'à ces conditions et ù ce prix. Autrement, elle n'est pas. Telle est la loi de la nature et l'ordre imposé par la divine Providence elle-même.
De quoi est-il, en effet, question ? Il importe tout d'abord de le bien comprendre. Voilà un enfant: il faut l'élever; mais qu'est-ce à dire et quel est cet enfant? Cet enfant, c'est le genre Immain : c'est l'humanité tout entière : c'est l'homme : rien de plus, rien de moins. Il a droit à la sollicitude de toutes les autorités, à l'action et aux bienfaits de tous les pouvoirs sur la terre. Il a droit à tous les respects et il les doit à son tour. Toutes les autorités divines et humaines : le Prince, le Prêtre, le Père, l'Instituteur, le Magistrat, la Famille, la Société, l'Église, sont institués pour lui. La Discipline morale, l'Enseignement, les Lettres, les Sciences, la Religion, tous les prix du travail et de la vertu , la Providence enfin, tout est ici-bas pour lui : parce qu'il est luimôme ici-bas de Dieu et pour Dieu ! Voilà pourquoi tout en ce monde doit travailler à son Éducation, tout doit concaurir à l'élever, tout doit faire ou favoriser cette grande œuvre.
Au reste, la belle terminologie, qui est le fond même du langage adopté par le genre humain sur l'Éducation, suffit à montrer que ce n'est pas là une haute et vaine théorie, une magnifique spéculation sans réalité possible.
Ici, en effet, le simple énoncé des termes porte avec luimôme une lumière de vérité certaine : et, pour atteindre la plus haute évidence, il suffirait de fixer le sens commun et incontestable de chaque expression, et de constater la noblesse , l'élévation et la force pratique des idées générales que révèle le langage de Thumanité sur l'Éducation.
Entrons dans les détails.
Et d'abord l'Éducation ! quelles nobles idées, quelle forte action les étymologies expriment ici? C'est presi^ue tirer du néant; presque créer; c'est au moins tirer du' sommeil et de l'engourdissement les facultés endormies ; c'est don-
lier la vie, le mouvement et l'action à Texistence encore imparfaite.
C'est en ce sens que l'Éducation intellectuelle, morale et religieuse est l'œuvre humaine la plus haute qui se puisse faire. C'est la continuation de l'œuvre divine dans ce qu'elle a de plus noble et de plus élevé : la création des âmes.
Et voilà pourquoi aussi c'est l'œuvre de la plus haute autorité.
Dans l'Éducation, Dieu est la source et la raison de l'autorité et du respect, des droits et devoirs essentiels de tous : il est le modèle et l'image de l'œuvre qui est à faire; il en est l'ouvrier le plus puissant et le plus habile.
A quelque point de vue que je me place pour considérer l'œuvre de l'Éducation, elle apparaît à mes yeux comme un des reflets les plus admirables de l'action, de la bonté et de la sagesse divine.
L'Éducation accepte le fond, la matière que la première création lui confie: puis elle se charge de la former; elle y imprime la beauté, l'élévation, la politesse , la grandeur : c'est comme une inspiration de vie, de force, de grâce et de lumière.
Lorsque l'immortel archevêque de Cambrai se chargea de VÈducation du duc de Bourgogne, il s'appliqua, dit son historien, et parvint, autant qu'il se pouvait, à former, à réaliser dans son royal élève le beau idéal de la vertu, comme les artistes de l'antiquité cherchaient à imprimer à leurs ouvrages cette beauté suprême qui donne aux formes humaines une expression surnaturelle et céleste. Aussi a-t-on dit que le duc de Bourgogne fut une des plus nobles créations de la sagesse et du génie.
• C'est aux Bomains, c'est à leur langue si majestueuse et si forte, que nous devons ce mot d'un sens si grave, d'une expression si énergique.
Les Français ont enrichi le langage et exprimé l'action