‹ De l'education (volume 3)Chapitre 23 sur 67 · GH. I. — ŒUVRE D AUTORITE ET DE RESPECT · texte numérisé non relu

GH. I. — ŒUVRE D AUTORITE ET DE RESPECT

môme de TÉducation par un terme dont la noblesse et Téclat le disputent à la majesté et à la force du mot latin. Nous avons dit : Élever la jeunesse. Belle parole ! et, si le sens qui lui est propre semble moins profond et exprime moins fortement Faction, Tautorité créatrice de TÉducation, il ajoute à cette idée fondamentale la beauté, Tornement, la grandeur ; et au fond , Faction créatrice de FÉducation , est-ce autre chose ?

Oui, Élever est un beau mot, bien parfaitement français : il a de la dignité, de Fhonneur ; il nous va bien, nous Favons heureusement créé.

Aussi voyez toutes les nobles acceptions qu'il s'est réservées parmi nous ; comme il entoure FÉducation du cortège naturel des belles idées qui s'y rattachent ! Par la puissance de ce mot. Élever Fâme, Élever Fesprit, Élever les sentiments et les pensées. Élever le caractère, sont les idées naturelles, les idées françaises, les devoirs et le but de l'Education.

Le mérite de notre langue, c'est d'avoir promptement compris tout cela, et de s'y être dignement prêtée ; et la gloire de Fesprit français, c'est de l'avoir instinctivement adopté, trouvant que ce langage lui convenait, et qu'une Éducation, exprimée et faite de cette façon, devait être à sa hauteur.

L'Allemagne et l'Angleterre n'ont pas eu la même inspiration et nous Fenvient; car c'est là une de ces expressions qui honorent une nation ; et, appliquée à FÉducation, elle suffit, seule, pour montrer tout ce qu'un mot a quelquefois de fécondité et de puissance, et combien il peut soulever, sur son passage, de sens nobles et utiles qui, sans lui, fussent demeurés obscurs et inaperçus. C'est là un de ces mots qui non-seulement enrichissent la langue d'un peuple, mais enrichissent et fortifient ses mœurs et élèvent une idée à sa plus haute puissance.

b LIV. 1. — DE L EDUCATION EN GENERAL.

Et, quand cette idée est rÉducation même de la jeunesse, quand cette langue a donné d'ailleurs au monde le Génie et le Caractère, deux mots encore si français, et qui se sont trouvés, pour la première fois, avec la beauté du sens absolu, dans notre dictionnaire national, n'est-ce pas assez pour me justifier si je me permets de dire que notre langue possède, dans sa généreuse énergie, de ces mots heureux et inspirés de haut, qui seront à jamais la fortune de la France?

L'Éducation donc forme, élève, crée en quelque sorte ; et c'est pour y parvenir qu'elle cultive et qu'elle exerce, qu'elle agit et fait agir; voilà pourquoi, en même temps qu'elle est l'œuvre d'une haute autorité, elle réclame de celui qu'elle élève la coopération d'une docilité respectueuse.

Elle cultive par les soins physiques, par l'enseignement intellectuel, par la discipline morale, par les leçons religieuses.

Comme un jardinier intelligent, elle place la plante qui lui est contiée dans une bonne terre ; elle l'arrose d'une eau pure, l'entoure d'un ferment généreux, et la nourrit ainsi des sucs qui y secondent le travail intérieur de la nature, favorisent une végétation active, et la font grandir pour donner, au temps convenable, des fleurs et des fruits.

L'Éducation cultive donc, et c'est spécialement le travail de l'instituteur.

Mais ce n'est pas tout : l'Éducation exerce et fait agir, elle exige le concours actif, le concours docile, l'exercice personnel, spontané, généreux de l'élève.

Comme le maître d'un jeune et noble coursier le fait voler dans l'espace, gravir des collines, traîner des fardeaux, lutter contre la fatigue, et lui donne ainsi toute la souplesse et toute la vigueur dont il est capable, de même l'instituteur, en proposant à son élève certaines études, certains efforts, certains exercices, en l'y excitant avec énergie, en l'y dirigeant avec sagesse, le fait, comme il convient, travailler et

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concourir efficacement lui-même à sa propre Éducation.

J'ai dit : comme il convient. J'aurais pu dire : comme il est nécessaire ; car tel est le dessein de Dieu et la loi de sa Providence : cet enfant est un être moral, doué de liberté et capable d'action, il faut qu'il travaille à se développer, à s'ennoblir, à s'élever lui-même : autrement son Éducation ne s'accomplit pas.

La loi du travail est la grande loi de l'Éducation humaine. Nul n'est fait ici-bas pour ne rien faire. Toute créature intelligente et libre est essentiellement destinée à l'action. L'activité nourrit, exerce, fait la force et la vie. L'oisiveté, le [av niente, c'est l'anéantissement, c'est la mort.

Aussi, je ne crains pas de l'affirmer, le talent principal de l'instituteur consiste à faire entrer courageusement son élève dans la voie du travail et de l'application personnelle : travail ou exercice du corps, qui donne de la vigueur à ses membres ; travail de Vesprit, qui forme en lui le jugement, le goût, le raisonnement, la mémoire, l'imagination ; travail du cœur, de la volonté, de la conscience, qui forme le caractère, fait naître les penchants honnêtes^ les habitudes vertueuses.

Œuvre du maître et travail de l'élève, l'Éducation est donc tout à la fois culture et exercice, enseignement et étude : le maître cultive, instruit, travaille au dehors, mais il faut essentiellement qu'il y ait exercice, application, travail au dedans. Il est indispensable de le bien comprendre.

Dans l'Éducation, ce que fait l'instituteur par lui-même est peu de chose, ce qu'il fait faire est tout. Quiconque n'a pas entendu cela n'a rien compris à l'œuvre de l'Éducation humaine.

L'Éducation, de quelque côté qu'on la considère, est donc essentiellement une action et une action créatrice : l'instituteur et l'élève y ont tous deux essentiellement part : l'instituteur avec autorité et dévoûment , l'élève avec docilité et res-

pect. Au premier appartient cette action puissante et féconde sur Tenfant, cette autorité réelle qui lui donne le droit et qui lui impose le devoir d'agir en maître. Dans Féducation comme ailleurs, sans autorité réelle, point d'action légitime.

Mais cette action est une action toute bienfaisante ; car l'Éducation est un service essentiellement paternel : ce maître remplace et représente un père ; donc, dans l'instituteur, dévoûment qui soit l'inspiration et le courage de son action ; bonté, affection, tendresse, qui soient le fond et l'âme de son dévoûment ; et, dans l'élève, docilité profonde, courageux efforts , respect reconnaissant et inviolable pour une action qui est un bienfait, pour une autorité que le dévoûment et l'affection inspirent.

J'ai nommé Dieu, le père, la mère, l'instituteur, l'enfant : je dois nommer encore le condisciple.

Le condisciple ! c'est-à-dire la société qui commence : la vie sociale, ses devoirs et ses droits ; la noble émulation, la puissance de l'exemple ; le partage des joies et des douleurs, des travaux et des succès ; la naïve amitié, l'appui, le secours mutuel, la fraternité même ; car le condisciple , c'est un frère quand l'Éducation est ce qu'elle doit être, la famille.

Avec le condisciple se rencontrent aussi les froissements réciproques, et par suite l'utile enseignement du support mutuel et de la patience , la vraie et sage égalité , le respect d'autrui, choses si précieuses ! Non, il n'y a pas, ou, du moins, il y a bien peu d'Éducation sans condisciple î

Telles sont les premières idées ; tels sont les droits et les devoirs d'un ordre supérieur que révèlent ces premiers mots :

Cultiver, exercer.

On commence à découvrir pourquoi nous avons dit que l'Éducation est avant tout une œuvre d'autorité et de respect.

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