CHAPITRE YI
Résumé et conclusion du livre premier.
Donc, — car il est temps que nous résumions tout ce livre et ces détails, — former l'homme et le préparer aux diverses fonctions sociales qu'il sera appelé un jour à remplir sur la terre ;
Former l'homme par cette Éducation générale qui serait convenablement nommée l'Éducation humaine par excellence ;
Le former par une Éducation spéciale à la vocation que lui désignent la Providence, sa position sociale, ses talents et ses goûts particuliers ;
Former l'homme, c'est-à-dire cette noble créature, douée d'intelligence, de raison, et d'une volonté libre, faite pour le bien ;
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Former riiomme intelligent, riiomme honnête, riiommo avec ses facultés générales et ses qualités individuelles, tel que la société et la religion le demandent ;
L'homme avant tout, intelligence puissante et pure dans un corps vigoureux et sain, 7nens sana in corpore sano;
L'homme de raison, de jugement et de goût ;
L'homme de cœur, l'homme de caractère ;
L'homme d'imagination réglée, d'élocution facile et claire ;
L'homme de volonté ferme et droite, dans le degré de raison, d'imagination, de caractère ou de génie, qui est le cachet de son individualité ;
L'homme de foi éclairée et de conscience affermie ;
L'homme, tel que Dieu l'a créé et que Jésus-Christ l'a régénéré ;
L'homme, tel que la marche providentielle du monde l'a perfectionné ;
L'homme de son siècle et de son pays, dans le sens sage et heureux de ces deux mots ,
Le CHRÉTIEN enfin ; car ce mot résume tout, et nous ne remplirions pas notre haute mission, si nous ne savions former des cœurs chrétiens, et élever jusqu'au christianisme, jusqu'à l'Évangile, ceux que la société nous confie.
Telle est l'œuvre que doit accomplir l'Éducation, et c'est par là qu'elle formera l'homme pour la société, sans danger pour lui ni pour elle, et qu'elle saura produire, à tous les degrés de la hiérarchie sociale, des hommes complets dans la mesure et l'étendue qui convient à chacun, pour les élever de là jusqu'à la vie éternelle !
Nous^ le demandons maintenant : avons-nous exagéré quelque chose en disant que l'Éducation est une œuvre divine, et en lui donnant une si haute et si décisive importance pour la dignité et le bonheur des individus, des familles et de la société tout entière ?
Je comprends qu'une telle théorie soit exposée à rencon-
trer plus d'un étonnement et môme plus d'un sourire incrédule, dans un siècle qui, jusqu'à ce jour, du moins, n'a guère semblé comprendre la dignité de l'Éducation, et qui trouvera peut-être que ce que nous venons d'en dire est une théorie vaine et une spéculation impossible à réaliser dans la pratique.
Eh bien 1 non ; qu'on me permette de dire franchement ici toute ma pensée : non, ce n'est pas là une théorie vaine ; — car c'est par cette théorie pratiquée que l'Europe tout entière a été élevée à la plus haute civilisation ; et, si la France, pendant longtemps, a marché, reine de l'Europe civilisée, à la tête des nations modernes, c'est à cette belle et forte Éducation qu'elle dut cette gloire.
Non, ce n'est pas là une théorie vaine, une spéculation impossible à réaliser ! Je dirai volontiers : Honte et malheur aux instituteurs de la jeunesse qui le penseraient ainsi!
Il y a, en effet, et il y aura jusqu'à la fin, dans ce triste monde, une créature digne de la hauteur de cette théorie, et du respect qu'elle professe pour la grandeur de son être î Et si la pratique en était impossible, il faudrait désespérer de l'humanité, de sa patrie, de sa famille, de soi-même, de Dieu enfin, et de la Providence.
Instituteurs de la jeunesse, qui n'avez peut-être pas encore compris ces choses, gardez-vous de les accueillir avec un frivole et superbe dédain : ignorez-vous donc de qui il est ici question, et quels intérêts vous sont confiés ? C'est le genre humain, c'est l'homme et ses fils ! ce sont les enfants même de Dieu, qui sont remis entre vos mains.
Non, non, ce n'est pas là une spéculation impossible à réaliser ! Tant qu'il y aura sur la terre une créature de cette race dont Dieu a dit : Faisons Vhomme à notre image et à notre ressemblance , l'Éducation de l'homme sera la plus grande des œuvres, une œuvre providentielle et sacrée, une tâche toute divine, un sacerdoce !
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Tant qu'il y aura ici-bas une de ces intelligences que Dieu a faites, capables de connaissance et de sagesse, capables de vérité et de lumière, capables d'imagination et de souvenir, capables de science et de génie, il sera beau, il sera digne, il sera divin de travailler à l'Éducation, à l'élévation intellectuelle d'une si noble créature !
Tant qu'il y aura sur la terre un cœur, une conscience, un caractère, une volonté humaine, il sera beau, il sera digne, il sera divin de les former à l'amour de ce qui est vrai et honnête ; à l'enthousiasme pour ce qui est noble, élevé, généreux ; à la sainte passion de ce qui est grand et sublime !
Oui, tant qu'il y aura sur la terre un fils de l'homme, inspiré par ce souffle divin qui en fait le roi de la création et l'image immortelle du Dieu vivant, il devra être élevé dans la connaissance et l'amour de ses hautes destinées, et pour cela établi par cette grande Éducation, dont la théorie vous étonne, dans l'intégrité, dans la force, dans la plénitude et la puissance de ses incomparables facultés !
Tant qu'il y aura sur la terre un de ceux que Dieu a faits visiblement pour devenir, par la science et par l'amour de toutes les choses naturelles et surnaturelles, le centre de la création.et le contemplateur des cieux, il sera beau de lui apprendre par quels efforts, par quelles études, par quelle élévation intellectuelle, morale et religieuse, il doit se rendre supérieur à tout ce que Dieu soumet au regard et aux investigations de son intelligence ; il sera beau de lui apprendre par quelles admirables sciences, — du point imperceptible qu'il occupe sur la terre, — il peut atteindre à tout jusqu'aux extrémités de son empire, étudier les plus sublimes mystères de la nature, mesurer avec certitude l'immensité des cieux, pénétrer jusqu'aux entrailles de la terre et en découvrir les trésors, tout contempler, depuis la fleur et les herbes descnamps qui vivent un jour, etluirévèlenthumblement leurs noms, leurs familles, leurs propriétés et leurs vertus É., I. 3
34 Liv. I. — DE l'Éducation en général.
avant de mourir, jusqu'au soleil qui mesure les siècles, et dont il peut suivre de Tœil, dans les espaces immenses du firmament, le chemin que cet astre lui-même' parcourt en aveugle !
Tant qu'il y aura un fils de Thomme sur la terre, il sera beau, il sera digne de lui apprendre surtout que c'est par la noble alliance du savoir avec la vertu, des lettres avec la sagesse, de la science avec la foi, des arts avec la religion, qu'il peut faire arriver ses facultés h la plus haute puissance du génie : à cette puissance par laquelle l'âme de l'homme, d'une seule de ses pensées, embrasse l'univers, se place sur ses dernières limites, et, sans pâlir, regarde au delà ; à cette puissance d'une activité presque divine, qui s'élance au plus haut des' cieux et redescend avec rapidité jusqu'au fond des abîmes, qui, par le regard puissant de l'histoire, embrasse et domine tous les siècles, contemple et juge le siècle présent qui est la mesure de sa passagère existence, et plonge sans effroi dans les siècles d'un avenir sans bornes !
Et tant qu'il y aura ici-bas une de ces âmes que Dieu a faites si grandes, qu'arrivées même aux dernières bornes du temps, elles ne désespèrent ni d'elles-mêmes, ni du temps, ni du monde qui s'achève et se brise derrière elles , il sera digne, il sera beau, il sera divin de lui apprendre avj3c quelle foi, avec quelle espérance, elle doit s'élancer magnanime dans l'éternité !
Et, s'il est permis enfin à un évêque de proclamer jusqu'où doit s'élever la hauteur de l'Éducation chrétienne, nous dirons que c'est à elle de révéler même, dès leur jeune âge, à ceux qu'elle élève, comment, déchus des cieux, les Chrétiens peuvent en retrouver la route avec certitude, et en reconquérir laborieusement la gloire. C'est donc à l'Éducation chrétienne à apprendre peu à peu à ses disciples que le monde entier n'est rien, qu'ils doivent savoir mépriser la terre, et que plus ils avanceront dans la vie, plus ils se trouveront mal et à l'étroit dans ces régions inférieures qui les
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captivent, et que, s'ils veulent rassasier la soif de bonlirui* qui est le fond de leur nature et rimmense ardeur de leur àme, c'est au pied des autels de la grâce évangclique qu'ils trouveront des ailes pour s'envoler loin, bien loin, de ce qui n'est pour eux qu'un royaume déshonoré et flétri, jusque dans les régions invisibles, où ils peuvent, avec un droit certain, prétendre à posséder Dieu niônie et à s'unir à lui dans les splendeurs et les délices de l'éternité.
Que si quelques hommes du siècle présent trouvent encore cette spéculation trop haute, qu'ils me permettent de le leur dire, c'est qu'ils sont trop demeurés les fils de ce dix-huitième siècle, dont la légèreté impie méconnut la dignité humaine au moins autant qu'elle outragea la majesté divine, et dont les théories d'Éducation furent si profondément subversives de tout ordre social et de tout ordre religieux, de toute autorité et de tout respect.
Mais la génération qui s'élève a repoussé loin d'elle les doctrines abjectes et les enseignements de cette philosophie grossière ; et, j'en ai la profonde confiance, elles ne manqueront pas parmi nous, les intelligences généreuses, les âmes élevées, pour lesquelles cette belle théorie ne sera pas vaine, ni cette haute spéculation impossible à réaliser, et qui comprendront, en un mot, ce qu'est un enfant, et quel respect est dû à la dignité de sa nature !
LIVEE DEUXIÈME