‹ De l'education (volume 3)Chapitre 40 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Discipline.

On n'a pas toujours de la Discipline, dans rÉducation, l'estime qu'il en faut avoir; on ne comprend pas assez sa dignité, sa haute importance, tous les fruits qu'elle opère.

Et cependant Platon disait avec raison : Toute la force de rEducation est dans une discipline bien entendue. (Lois, P'\)

J'essayerai dans ce chapitre de mettre en tout son jour cette remarquable parole. Je serai obligé, mes lecteurs voudront bien le permettre, d'entrer ici dans un grand nombre de détails pratiques, sans lesquels tout cet important sujet demeurerait dans le vague et l'obscurité. Ces détails seront d'ailleurs, je n'en puis douter, pleins d'intérêt pour tous ceux qui se sont occupés ou s'occupent encore d'Éducation.

Les étymologies révèlent ici un grand sens et une belle origine : Discipline vient de discere. Ce mot n'indique pas seulement l'idée de la discipline extérieure : il y a de plus l'enseignement intérieur et la vertu.

C'est en ce sens qu'on disait autrefois : Vous êtes élevé sous une bonne, sous une haute, sous une sainte Discipline. On dit encore aujourd'hui en ce sens : la Discipline religieuse.

La Discipline est si essentielle à l'Éducation, que, sans elle» il n'y a pas d'Éducation possible. \\

Cela est facile à comprendre. Une maison d'Éducation ne vit, ne subsiste que par la loi, par le règlement : parce que la loi, le règlement, c'est l'ordre, et, dans l'Éducation comme ailleurs, l'ordre, c'est la force et la vie. . .iy^u ., .,; -

Or, c'est la Discipline qui est chargée de conserver dans toute sa vigueur le règlement d'une maison.

Elle y parvient : 1° En maintenant V observation constante du règlement par la ferme exactitude de sa direction ;

2» En prévenant l'infraction du règlement par le zèle de sa vigilance ;

3° En réprimant la transgression du règlement par la ponctualité de sa justice, pour corriger le désordre dès qu'il se présente.

La Discipline a donc trois fonctions principales : maintenir, prévenir, réprimer.

Le soin de ne laisser rien de coupable sans correction est le devoir de la Discipline répressive ;

Le soin d'écarter les occasions dangereuses est l'œuvre de la Discipline préventive ;

Le soin de montrer en tout temps et en tout lieu la route à suivre est l'office de la Discipline directive.

On comprend sans peine qu'il vaut incomparablement mieux prévenir que réprimer. Or c'est l'exactitude à maintenir le bien et la vigilance à empêcher le mal, qui rendent moins pressante la nécessité de réprimer. De là l'importance supérieure de la Discipline directive qui maintient le bien ; l'imporlance secondaire de la Discipline préventive qui empêche le mal ; l'importance très-inférieure, quoique nécessaire, de la Discipline répressive qui le châtie.

J'ai dit que les détails étaient ici indispensables. J'aurai donné tous ceux que réclame mon sujet, lorsque j'aurai montré comment la Discipline est la protectrice de la piété et de la foi des enfants ; la gardienne des mœurs ; la garantie des fortes études ; Vinspiratrice du bon esprit ; la conservatrice de la docilité, du respect et de V affection même ; la maîtresse, la dispensatrice et la trésorière du temps ; le nerf de tout le règlement, et, quand il le faut, la vengeresse des infractions.

Page 1