CH. III. — LA DISCIPLINE
40 La Discipline est la protectrice de la foi et de la piété des enfants.
Elle veille à raccomplissement des devoirs religieux : elle en détermine le lieu, le temps, la durée, l'exactitude et le bon ordre. Sentinelle vigilante, elle fait régner autour du temple, pendant les heures de la prière, le silence et la paix ; et jusque dans le temple elle entretient et protège un saint recueillement; elle dispose même les voies à renseignement des vérités chrétiennes en exigeant partout une régularité inviolable, et en conservant ferme et élevée Fattention des élèves, pour ainsi dire à leur insu. Elle seule prévient la dissipation qui s'attache quelquefois à la piété môme, en maintenant aux jours de fêtes religieuses les habitudes salutaires du règlement, dont elle fait en ces jours de sainte liberté dominer encore Tempire : elle conserve ainsi aux exercices pieux Pesprit dont ils doivent être animés ; elle inspire aux jeunes gens les vertus du christianisme et le courage du salut, en leur faisant aimer toutes les graves et saintes habitudes de Tordre par un sage tempérament de force qui les y retient, et de douceur qui les y attire.
2^ La Discipline conserve et fait fleurir les bonnes mœurs., et par là même fait prospérer et fleurir la Religion dans les âmes.
Une âme qui jouit de la sérénité d'une conscience pure conserve toute sa beauté, toute sa sensibilité, toute sa fraîcheur; elle a, en toutes choses, des idées plus nettes, des vues plus hautes, des sentiments plus nobles. Elle est semblable à une eau limpide qui réfléchit fidèlement l'image et la clarté des ci eux : toutes les grâces, toutes les vertus célestes brillent en elle. Les saintes pratiques de la Religion lui offrent les plus doux attraits ; Dieu lui prodigue ses bénédictions ; car il est le Dieu de toute pureté, et prend plaisir à demeurer dans une âme innocente et à la combler de ses biens, comme, au contraire, il se retire loin d'un cœur
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soumis à la tyrannie des sens et à Tesclavage des passions.
Or c'est la Discipline qui, comme un bras armé d'une égide puissante et invisible aux regards, écarte silencieusement tous les dangers qui menaceraient de troubler cette heureuse innocence ; c'est elle qui veille autour des lieux du repos, et jusque sur le sommeil même ; c'est elle qui conserve à la pudeur toutes ses précautions, toutes ses délicatesses, dans les inévitables occasions du péril ; c'est elle qui prévient les communications coupables, qui réprimande sévèrement les propos légers, qui interrompt les conversations dangereuses. Comme une mère pleine de sollicitude, elle cherche d'un œil inquiet l'enfant qu'elle ne voit plus à ses côtés. Elle empêche tout mauvais contact, scrute d'un regard pénétrant les lectures suspectes, maintient le travail et l'étude dans les voies de l'honnête et du beau, éloigne des lieux où le monde étale ses folles vanités, fait éviter enfin tout ce qui pourrait agiter le calme de l'âme et troublei' cette pureté du cœur, si précieuse à l'enfant et si agréable au regard de Dieu.
La Discipline obtient tous ces résultats heureux en prévenant le mal ou en l'arrêtant dès le principe. Elle veille, en quelque sorte, jusqu'au dehors et à la porte d'une maison d'Éducation ; elle défend d'y admettre aveuglément tous ceux qui s'y présentent, et n'en permet l'entrée et la demeure à qui que ce soit qu'après avoir sérieusement examiné les témoignages qui peuvent la rassurer. Gardienne fidèle, elle ne s'endort jamais ; et, dans la crainte que l'homme ennemi n'enlève à ses enfants si chers le trésor de l'innocence, la Discipline les suit en tout temps et en tout lieu. Liaisons trop particulières, entretiens trop prolongés, mollesse au jeu ou excès d'emportement, tentation d'intempérance, elle voit tout ; rien ne lui échappe, et elle signale tous ces pièges quelquefois aussi séduisants que funestes, où la jeunesse perdrait tout ensemble son temps, son esprit et ses mœurs.