CH. III. — LA DISCIPLLXE
Censeur clairvoyant, c'est surtout Tennemi des bonnes mœurs ou de la subordination que la Discipline découvre bientôt et suit sans relâche :elle le combat d'abord quelque temps par les armes de la douceur et de la fermeté, jusqu'à ce qu'enfin, pour conserver le corps sain et pur, elle se hâte de retrancher le membre pervers qui répandait autour de lui la dépravation et l'esprit de révolte.
3° LaDlscipUne, en conservant aux mœur^s leur 'pureté et à la Religion son empire^ contribue aussi puissamment aux succès dans les lettres.
Car les mœurs pures communiquent au corps une vigueur et une force admirables, qui le rendent plus propre à soutenir le poids d'un travail assidu. Grâce à la pureté des mœurs, l'esprit est plus \if, le jugement plus actif et plus sûr, la mémoire plus fidèle, l'imagination plus riante. L'expérience journalière fait voir jusqu'à l'évidence combien le jeune homme qui a de bonnes mœurs est en même temps le plus exact à ses devoirs d'écolier, aussi bien qu'à ses devoirs de chrétien ; au contraire, comme le dit admirablement Quintilien : « Il n'y a rien de si troublé, de si agité, de si partagé, « de si déchiré par mille affections différentes qu'un cœur « vicieux. Au milieu de ce trouble et de cette désolation inté- (( rieure, quelle place reste-t-il pour l'étude des lettres et pour « les occupations honnêtes? celle qui reste au bon grain dans « une terre couverte de ronces et d'épines. » [Instit. orat.^ 1. XII, c. I.)
Et ce n'est point seulement par son influence sur les mœurs que la Discipline est un gage des fortes études, c'est elle aussi qui commande et impose le silence. Or le silence est lui-même une leçon salutaire, de toutes la plus importante peut-être, celle au moins qui assure le succès de toutes les autres. En maintenant le silence en classe, la Discipline arrête l'élan d'une curiosité ou d'une ardeur indiscrète, ménage à la réponse le temps de parvenir à la maturité convenable, et
ne tolère ainsi, dans le sanctuaire de la science, que des paroles dignes et graves ou empreintes d'une douce aménité.
C'est elle encore qui aiguillonne la paresse et ne souffre point qu'elle se dérobe au travail commun ; c'est elle qui demande compte des devoirs imposés et proscrit toute étude étrangère, quand môme cette étude serait utile en elle-même, si elle est d'ailleurs hors de propos.
Instruire la jeunesse sans flétrir son innocence,apprendre aux jeunes gens à exprimer leurs sentiments et leurs pensées avec grâce, avec dignité et avec force, et les préserver en même temps des dangers de la mollesse ou de l'orgueil de l'esprit ; nourrir leur imagination de tout ce que la littérature ancienne et moderne peut offrir de plus intéressant et de plus beau, sans jamais ternir par la moindre tache la pureté du cœur : c'est un problème dont les temps où nous vivons rendent la solution difficile.
La Discipline peut seule aider aies résoudre : elle ne laisse jamais entre les mains des élèves aucun auteur, aucun modèle, aucune page capable d'égarer leur cœur ou de fausser leur jugement, quand même il s'y trouverait d'ailleurs, pour l'imagination, les plus attrayantes beautés. Dans les modèles classiques eux-mêmes, là où la raison humaine, privée des lumières de la foi, se couvre d'ombres, elle relève les préjugés et dissipe les erreurs. Là où le cœur égaré dans ses affections se nourrit de passions misérables, elle jette avec soin un voile pudique sur les tableaux dangereux *.
La Discipline préside enfin si intim'ement à tous les travaux des études, que par elle on peut juger infailliblement des progrès ou de la décadence d'une classe. Une classe bien tenue est toujours une classe studieuse : aussi la Discipline tient la main à la plus ferme observation des lois qui règlent
» Major adkibenda itim cura est^ ut et teneriores annos ab injuria sanclitas docenlis custodiat^ et ferociorcs a licentia gravitas deterreat. (Quintil., H. 2.)