‹ De l'education (volume 3)Chapitre 49 sur 67 · M. DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

M. DE LAMARTINE

* Je me s<TS de ce nom : de telles maisons ne méritent pas un td nom ; mais je ne veux désigner rien ni personne.

de l'incrédulité et du vice ; où la raillerie amère poursuivît la vertu simple et naïve ; où Tenfance ne puisse aimer Dieu sans être l'objet des plus insultantes railleries ; où il lui faille entendre chaque jour traiter la Foi de superstition, la Piété d'hypocrisie et la Religion de fanatisme ; où elle ne puisse prier sincèrement et se recueillir, sans s'exposer à d'indignes traitements ;

S'il y avait des maisons d'Éducation où les pauvres enfants fussent obligés de se cacher pour recevoir leur Dieu ; où le jour même de leur première Communion il fallût les dérober aux regards et à la dérision de leurs camarades plus âgés; si les maîtres s'étaient jamais rencontrés donnant euxmêmes des noms odieux aux témoignages les plus touchants de la foi vive, aux derniers restes de la piété sincère apportée de la famille ;

S'il y avait des maisons d'Éducation où les mauvaises moeurs fussent comme une nécessité et le naufrage de l'innocence inévitable ; où la causedu mal ne fût pas seulement dans les élèves, mais encore dans les domestiques et les surveillants; où les abus ne se propagent pas seulement par Vexemple et la séduction, mais s'imposent même quelquefois par la violence et la menace * ;

Si tout cela était vrai, et s'il y avait, en même temps, un pays où des parents chrétiens, où les pères et les mères de famille se décidassent, par contrainte ou par indifférence, à placer leurs enfants dans ces maisons, afin de les préparer aux examens nécessaires d'une profession ou d'une carrière ;

Etsi dans ces mêmes maisons, outre cette affreuse violence d'immoralité et d'irréligion , la jeunesse était en même temps condamnée à subir la contrainte intellectuelle, la plus

^ On sait que c'est là ce que M. Lalleiuand, professeur de la Faculté de médecine de Montpellier, et à ce litre investi de la coaQaucedu Conseil de l'instruction publique qui l'avait choisi, révélait sur ce point couinic le résultat de ses observalions les plus attentives.

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funeste qui fut jamais, sous des maîtres à qui le temps manque pour soigner et même pour connaître le plus grand nombre de leurs élèves;

S'il était dans la destinée de beaucoup de ces pauvres enfants de végéter ainsi sous le poids d'un ennui désespéré, dans la stupidité de Tesprit, dans rabaissement continu du caractère, dans l'anéantissement du cœur; détestant ces lieux maudits comme on déteste une prison, et n'ayant plus de vie et d'âme que pour soupirer après le jour de l'affranchissement ;

Et si, au sortir de là et avant qu'ils puissent se présenter h l'entrée d'aucune carrière libérale, ces jeunes gens rencontraient encore devant eux un examen à subir, tel que la plupart d'entre eux vinssent y échouer misérablement et fussent réduits ensuite à retomber sur eux-mêmes de tout le poids de leur destinée manquée et de leur jeunesse flétrie ;

Si des générations entières étaient vouées à ce déplorable régime ;

Je demanderais quelle est la nation assez malheureuse pour avoir à subir une tyrannie sociale aussi étrange ; je demanderais quelle est cette jeunesse dévouée à un esclavage intellectuel et moral aussi désastreux; je demanderais s'il n'y a pas là quelque conscience opprimée et courageuse pour jeter un cri de douleur ; je demanderais ce que cette nation a fait pour être jugée indigne de la plus noble des libertés, qui est la liberté des âmes; je demanderais quel est le nom de cette nation ; quelle est sa foi , ses croyances, sa place au soleil de la vérité et de la justice en ce monde !

Je demanderais quelle est la puissance cachée, mystérieuse, effroyable, qui pèse sur ses destinées !

Je demanderais tout : je demanderais si cette nation a été maudite un jour ; si elle doit l'être toujours ; je demanderais si ces pères de famille ont juré de n'être jamais pères, si ces

mères ont oublié les droits et les devoirs sacrés de la puissance maternelle ;

Et si on me disait enfin : Mais c'est la grande, c'est la généreuse nation française ; eh bien ! je me cacherais le visage dans mes mains , et je dirais avec un ancien :

jEtas parentum, pejoravis, tulit Nos nequiores^ mox daturos Progeniem vitiosioreni.

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