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QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

L'ÉDUCATION n'est que raclièvement de rtiomme selon le plan tracé par la Providence ; nous Tavons vu. Cette œuvre s'accomplit par le développement élevé, libre, généreux de toutes les facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses de l'enfant; c'est par là qu'elle devient pour lui la préparation éloignée, mais essentielle, à tous les devoirs qu'il aura à remplir plus tard sur la terre.

Mais, à côté de ce but général, de cette préparation éloignée, l'Éducation doit se proposer un autre but, un but spécial : elle doit offrir à l'homme une préparation prochaine et immédiate à sa vocation sociale.

Tout individu doit travailler d'abord à devenir un homme honnête et intelligent, habile et vertueux : c'est sa fm commune, générale, nécessaire. Mais, de plus, il a toujours une vocation spéciale, en vertu de laquelle il est appelé à rem-

plir telle ou telle fonction dans la société humaine. Outre FÉducation générale et essentielle qui forme Tliomme avant tout, qui Finitie de loin à toutes choses, qui développe en lui et élève les facultés générales de sa nature et en fait par là un homme digne de ce nom, il doit donc y avoir FÉducation spéciale et professionnelle qui forme aussi le citoyen et le prépare à servir sa patrie dans telle ou telle profession, par laquelle il devra atteindre sa fin particulière et se rendre, en même temps, utile à ses semblables.

L'Éducation, envisagée quant au but, au résultat général ou particulier qu'elle doit atteindre, se partage donc :

En Éducation générale et essentielle^ qui forme Fhomme, Fhomme avant tout, quelquefois concurremment avec son état et sa profession, mais quelquefois aussi indépendamment de cette profession, de cet état;

Et en Éducation spéciale et 'professionnelle, qui forme Fhomme social, Farcliitecte, le militaire, etc.

Ces deux genres d'Éducation sont d'une égale importance pour Fhomme.

L'une lui donne toute la dignité, toute la force de sa nature, l'élève au-dessus de tout en ce monde, le rend capable d'atteindre sa fm la plus haute dans un monde meilleur, en même temps qu'elle le rend plus habile et plus fort ici-bas. L'autre le cultive en vue de sa vocation sur la terre et de sa place dans la société, l'y prépare directement et le fait entrer ainsi avec fermeté dans les voies providentielles que Dieu a tracées pour lui, comme un chemin spécial vers le but suprême et définitif. Ces deux Éducations ne sont pas opposées l'une à l'autre ; bien au contraire, elles se fortifient, se perfectionnent, s'achèvent l'une par l'autre.

Négliger Fune au profit de l'autre, ce serait les affaiblir, ce serait souvent les ruiner toutes deux à la fois.

Et, cependant, faute d'apercevoir la force mutuelle qu'elles se prêtent et les droits importants que chacune d'elles ré-

cil. I. — DE L EDUCATION ESSENTIELLE. 259

clame avec une égale justice, rien n'est plus commun que de les entendre déprécier ou bien exalter exclusivement aux dépens Tune de l'autre, comme si elles devaient se nuire par leur alliance.

Les uns, convaincus avec raison du besoin de former des hommes spéciaux, font bon marché de cette Éducation générale qui ne mène à rien de positif, selon eux, et ne voient d'utile que VEducation jirofesslomîelle.

Les autres, attachés à VEducation essentielle comme à une tradition respectable du passé, et convaincus qu'il faut avant tout former des hommes, laissent de côté et négli gent avec grand tort toute préparation spéciale à la profession.

Les uns et les autres se trompent gravement, et leurs vues manquent ici d'intelligence et d'étendue.

Je ne me lasse pas de le redire : l'œuvre de l'Éducation humaine est une œuvre simple, mais multiple dans la féconde puissance de son unité; essentiellement variée dans ses formes et dans ses moyens, comme dans son but : elle doit subir des conditions diverses de temps, de lieu, de méthodes, selon les divers âges, selon les diverses natures, mais aussi selon les divers étals, selon les diverses professions : en un mot, il doit y avoir des Éducations variées, comme il y a des natures et des vocations différentes. Ces diverses Éducations ne tendent qu'à un seul et même résultat, qui est de rendre chaque homme apte à sa vocation, comme les vocations elles-mêmes les plus diverses n'ont qu'un but : c'est de mettre chaque homme à sa place en ce monde.

M. Guizot écrivait, il y a quelques années, ces tristes paroles : La société offre l'image du chaos ! et il en donnait la vraie raison ; chaque chose, chaque homme, n'y est point à sa place : et il n'y a pas une place convenable pour chaque homme et pour chaque chose.

Qui a créé parmi nous cet épouvantable état de société ?

2G() LIY. V. — DES DIVERSES SORTES D"ÉDUCAT10N.

qui a fait ce mal en France depuis cinquante années ? — L'Éducation î 11 n'y a plus qu'une voix pour le redire.

L'Éducation, sans aucun doute, doit s'appliquer surtout à former l'homme et cultiver toutes les facultés qui constituent dans l'enfant la nature, la dignité humaine : et voilà d'abord ce qu'elle a trop souvent négligé. Mais évidemment ce n'est pas tout : l'œuvre serait imparfaite si elle ne préparait pas rhomme aux diverses fonctions sociales que sa naissance, ses aptitudes ou ses goûts, sa vocation ou sa fortune, l'appelleront à remplir dans la société, pendant sa vie sur la terre.

En un mot, je le répète, et j'y insiste : il doit y avoir pour tous une Education générale et essentielle qui forme l'homme avant tout, et le prépare de loin à toutes choses ; il doit y avoir une Éducation spéciale et professionnelle qui forme aussi le citoyen et le prépare à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales.

L'Éducation serait profondément en défaut, si elle négligeait une de ces deux grandes obligations, si elle sacrifiait l'une à l'autre ; si, par exemple, elle se bornait à former l'homme en général, sans tenir compte de ses aptitudes particulières et de sa vocation, sans le préparer immédiatement à ce qu'il devra être un jour dans le monde.

Elle manquerait aussi gravement à l'homme, et le trahirait évidemment, si elle ne tenait pas compte de sa destination spéciale, particulière, professionnelle, en même temps que du fond de sa nature et de sa destination générale et essentielle.

Cette Éducation spéciale et professionnelle, envisagée quant à la position sociale présumée de l'individu, et, par conséquent, quant aux divers degrés d'étendue et de perfection qu'elle doit atteindre pour s'accommoder convenablement aux diverses classes, aux divers états de la société, se subdivise à son tour en autant d'Éducations diverses qu'il

y a de professions différentes, ou au moins de spécialités principales.

n ne saurait encore s'agir ici des espèces particulières ; puisque ce n'est pas de l'apprentissage ou de l'instruction technique qu'il est question, mais de l'Éducation, qui a nécessairement toujours quelque chose de général.

Nous avons donc distingué avec raison :

4" L'Éducation populaire^ pour les professions ouvrières et agricoles ;

2" L'Éducation intermédiaire^ pour les professions industrielles et commerciales ;

3° La haute Education littéraire^ pour les fonctions supérieures de la société, et notamment pour ce qui se nomme les professions libérales.

Malgré les préjugés du temps, je crois devoir ajouter que les nations qui sont gouvernées par des princes ont droit d'exiger pour eux quelque chose de plus haut encore, pour qu'ils soient élevés convenablement à la grandeur de leurs destinées et de leurs devoirs. Il faut, qui pourrait le nier ? que l'Éducation la plus forte et la plus grande les fasse hommes et princes dignes de ce nom. Il faut que la plus noble et la plus généreuse culture soit donnée aux rejetons de ces races royales, qui ont été choisies dans un si mystérieux dessein de la Providence pour gouverner le monde, et qui, malgré la violence des révolutions, semblent tenir encore dans les destinées de l'Europe moderne une si large place, que les supprimer ou les changer, c'est changer toute la face des choses humaines.

Nos ancêtres l'avaient bien compris, lorsqu'ils donnèrent au monde ce grand spectacle de l'Éducation d'un seul, faite par un Bossuet, par un Fénelon !

C'est ainsi qu'on avait vu le grand Arsène élever le fils de Théodose, et que, plus anciennement encore, Quintilien avait préparé pour l'empire les petits-neveux, [eut-être chrétiens.

(le Domilien ; et Aristote, pour la conquête du monde, le fils du roi de Macédoine.

En parlant des diverses professions, j'ai laissé tomber de ma plume le nom de professions libérales. Il y a donc des professions libérales et d'autres qui ne le sont pas, ou qui le sont moins. Cette distinction est très-ancienne, et, en prenant ici le mot libéral dans son sens technique et simple, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de beaucoup de paroles pour justifier l'emploi qu'on en a fait.

La langue populaire elle-même a distingué ici ce qui doit l'être. Les métiers et les arts sont choses et noms divers : et parmi les arts on appelle arts libéraux., par opposition aux arts mécaniques., ceux qui appartiennent uniquement à l'esprit, et aussi ceux où l'esprit a plus de part que le travail des mains. -u^a ^^v

Je suis convaincu, d'ailleurs, qu'il y a à cette distinction une origine plus haute et plus morale que celle qu'on lui assigne communément. A Dieu ne plaise que je veuille déprécier les professions manuelles et ouvrières, industrielles et commerciales ! On peut s'y ennoblir assurément et s'y élever ; on peut y devenir aussi grand, aussi sublime que dans les autres professions ; et cependant on ne peut méconnaître qu'il y a au fond de l'occupation agricole, industrielle, commerciale, une pensée moins haute, une pensée de profit et d'avantage personnel, qui est parfaitement juste, honnête, consciencieuse, mais qui n'est pas une pensée proprement libérale.

Voyez , au contraire , l'artiste bâtissant Saint-Pierre de Rome, Notre-Dame de Paris, ou couvrant de ses peintures les voûtes du Vatican ; voyez l'avocat défendant la faiblesse ou l'innocence contre une injuste agression ; l'homme habile dans l'art de guérir, attentif et recueilli près du lit d'un malade, consultant la douleur et lui arrachant son secret : la

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pensée du profit et de Tavantage personnel peut bien se rencontrer là aussi ; mais elle ne vient pas, elle ne doit pas venir la première, elle ne vient que loin, bien loin après Tidée du beau que le grand artiste aspire à réaliser; après la pensée de la justice dont Tavocat cherche le triomphe; après l'espérance de la vie que le médecin veut sauver; après les belles et pures méditations qui ont préparé leurs nobles travaux. En un mot, d'un côté, c'est le sentiment d'un juste profit qui l'emporte ; de l'autre, c'est d'abord l'enthousiasme, le dévoùment, a générosité.

Il y a donc ici entre les professions libérales et celles qui ne le sont pas, ou qui le sont moins, une distinction non de vanité, mais de raison ! une distinction fondée sur la nature des hommes et des choses.

J'admets donc cette distinction, quand il est question des professions ; et toutefois, je me hâte de l'ajouter, je ne crois pas, je n'ai jamais cru devoir l'admettre, quand il est question de l'Éducation, laquelle est, comme je l'ai déjà fait observer, bien différente de l'apprentissage.

Je ne donne spécialement à aucune des Éducations diverses que j'ai nommées le nom d'Éducation libérale.

Cette distinction, ici, aurait, à mon sens, quelque chose d'odieux et même de faux.

Les maîtres de la langue française ont défini l'Éducation libérale celle qui est propre a former l'esprit et le coeur *.

En ce sens, toute Éducation humaine est essentiellement une Education libérale.

La distinction qui restreindrait ce nom à certaines sortes d'Éducation blesserait la dignité de l'homme et méconnaîtrait la grandeur surnaturelle ajoutée par l'Évangile à sa grandeur naturelle ; elle méconnaîtrait aussi le vrai but de toute Éducation, et ne serait, du reste, qu'une tradition pro-

• DicHonnnire de CAccidcmie, 1835.

fondement païenne. Le paganisme ayant partagé le monde en maîtres et en esclaves, l'Éducation libérale voulait dire rÉducation des hommes libres. Il n'y avait pas, d'ailleurs, de termes pour celle des autres hommes, par la raison malheureusement bien simple qu'il n'y avait pas ordinairement d'Éducation pour eux.

Mais aujourd'hui l'Évangile a remplacé les maîtres et les esclaves par un peuple immense d'hommes libres, qui sont les commerçants, les industriels, les agriculteurs, les ouvriers, en même temps que les artistes, les magistrats, les littérateurs, c'est-à-dire qui sont tout le monde, non plus seulement la plèbe, plebs, selon la triste expression latine, mais, selon la belle formule du langage ecclésiastique, le peuple chrétien, populus christianus; ce peuple nouveau, dont la dignité et la puissance sociales, qu'on ne s'y trompe pas ! surpassent de loin tout ce que fut jamais autrefois le Senatus Populusque Romanus.

Il est donc également contre la Religion, contre la nature et contre le bon sens, de cantonner l'Éducation intellectuelle et morale, l'Éducation propre à former r esprit et le cœur, c'est-à-dire l'Éducation libérale, dans certaines fractions de l'humanité.

Cette Éducation appartient à tous : elle veut seulement être assortie aux diverses situations providentielles et sociales, mais non partagée entre les privilégiés du pouvoir ou de la fortune.

Non, l'Évangile n'a jamais admis une société dont la tête et les membres principaux tireraient à eux toute la sève libérale, et dont les autres membres ne seraient que des machines organisées ou des agents passifs sans intelligence, sans noblesse de cœur et sans liberté.

J'affirme de nouveau qu'un tel partage de la société et qu'une telle répartition de l'Éducation serait une chose tout à la fois inhumaine et antichrétienne.

Et c'est pourquoi je ne donne exclusivement le nom d'Éducation libérale à aucune des quatre Éducations que j'ai distinguées : jele donne à toutes. L'Éducation populaire doit elle-même être faite de manière à mériter ce nom ; et, si on laissait la Religion tenir dans l'Éducation du peuple la place qui lui appartient, ce que j'indique ici ne tarderait pas à s'accomplir.

On pourrait subdiviser encore : je ne crois pas utile de le faire. Les quatre diverses Éducations, nommées plus haut, correspondent suffisamment aux grandes divisions sociales.

De quoi se compose, en effet, la société humaine ? quelles sont les diverses classes de citoyens dans une nation civilisée ? J'y vois d'abord, comme je l'indiquais tout à l'heure, les classes agricoles et ouvrières ; puis les classes industrielles et commerçantes ; puis les classes artistiques; enfin, — si nous étions dans un temps où l'on pût nommer les choses par leurs noms, — ce que j'appellerais les supériorités sociales, magistrats, administrateurs civils et politiques, chefs militaires, corps enseignants, littérateurs, savants, instituteurs de la jeunesse, ministres de la Religion.

Les divisions de l'Éducation spéciale et professionnelle que j'ai indiquées répondent évidemment aux besoins de ces diverses classes de la société humaine. Elles sont donc suffisantes.

Il reste une observation importante à faire, c'est que VEducation générale et esseîitielle elle-même ne saurait être semblable pour tous indistinctement. Il y a sans doute un fonds commun d'idées, de principes et de vertus qui doit se retrouver partout, dans tous les genres d'Éducation possible, parce que l'Éducation a partout des hommes intelligents et honnêtes à former. C'est, si Ton veut, l'Éducation la plus

générale et lapins essentielle^ celle qui doit être la base et le . fond de toutes les autres.

Mais rintégrité de rÉducation n'en réclame pas le dernier perfectionnement : et, de même qu'il y a dans le genre humain, dans la société, diverses classes d'hommes placés dans des conditions sociales différentes, il doit y avoir aussi diverses espèces d'Éducations ayant certaines différences entre elles, quoique ayant toutes aussi ce fonds commun et essentiel qui, dans sa plus haute généralité, se doit trouver en toute bonne Éducation.

L'Éducation de l'homme, en effet, doit tenir compte de sa naissance, de sa fortune, de sa position providentielle en ce monde. Elle doit proportionner l'étendue et la perfection de son développement aux besoins sociaux présumés de celui qu'elle élève, à l'importance de ses obligations, à la mesure d'action qu'il lui sera possible d'exercer, et enfin mettre en lui des inclinations, des lumières, des habitudes qui puissent lui donner le goût de ses devoirs, et non les lui rendre un jour odieux et insupportables à remplir.

C'est par là qu'elle élèvera l'homme pour la société, sans danger ni pour lui ni pour elle.

C'est ainsi qu'à tous les degrés de la hiérarchie sociale elle formera de bons citoyens, des hommes complets, dans la mesure et l'étendue qui sont nécessaires à chaque individu, à chaque profession et à chaque classe.

Par là seront naturellement résolues les questions les plus importantes, au point de vue de l'utilité publique comme à celui de la liberté particulière ; ces questions, si violemment et si aveuglément agitées aujourd'hui, et qui sont toutefois les plus décisives pour l'ordre, le repos et la grandeur des sociétés humaines, pour la prospère harmonie des diverses classes qui font la puissance des nations, en même temps que pour la sécurité et la dignité personnelle de l'homme et de la famille.

En dehors des grands et vrais principes qui peuvent seuls résoudre sagement ces graves questions, et qui ne sont, au reste, que Texpression des lois naturelles les plus simples, il n'y a, il ne saurait y avoir que Tanarchie ou le despotisme.

Et qu'on ne se méprenne pas, d'ailleurs, sur la portée de mes paroles : je le répète, si je me sers ici du mot de classes, c'est dans une pensée de rapprochement, et non pas d'exclusion; je ne prétends pas établir des classes immobiles, des professions privilégiées, des limites infranchissables entre elles. Je le sais, et TÉvangile ne nous refuse pas ici le bienfait de sa lumière, la Providence se plaît souvent à exalter ce qui paraît bas et humble. La société humaine a tout entière de nobles destinées, et Dieu l'a faite pour s'élever toujours. Si je me sers du mot classes, c'est dans une de ces pensées simples et vraies dont il n'est pas donné aux passions les plus emportées de dénaturer le sens inviolable.

Oui, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, il y aura toujours dans une nation des classes diverses et une hiérarchie de fonctions sociales ; et, sauf les exceptions providentielles plus ou moins nombreuses, selon les temps et selon les peuples, sauf les grandes issues légitimes qu'il faut toujours laisser et procurer aux élus de la Providence, divers genres d'Éducation doivent correspondre k ces classes diverses.

Cette distinction des classes, sans doute, ne sera pas reçue dans la vie éternelle. Il y aura là des démarcations plus profondes et d'un ordre supérieur, mais cette distinction est essentielle à l'ordre social et passager du monde présent. Elle en fait l'harmonie et la force, et tout honnête homme doit la reconnaître et la respecter en passant ici-bas, sous peine de tomber dans l'état sauvage et dans la barbarie.

Oui, il serait aussi barbare de vouloir faire descendre toutes les intelligences, toutes les natures, toutes les positions sociales, toutes les vocations à la môme médiocrité,

qu'absurde de prétendre les élever toutes h la même hauteur ; ou plutôt vouloir les égaler toutes au môme niveau, ce serait les condamner toutes h un abaissement effroyable et à une stérilité désolante ! Malheur, trois fois malheur, à la nation qui accueillerait un moment avec faveur ces rêves insensés ! Si haut qu'ait jamais été son rang, si incontestée qu'ait pu être sa primauté même dans la civilisation du monde, elle ne tarderait pas à en déchoir misérablement.

« Bientôt, dit l'Écriture, elle ne serait plus même une na- « tion, non est gens^ parce qu'elle aurait violé follement la loi « fondamentale de la création et de la nature, quia mutavit « jus. »

Cette puissance de dépravation sociale n'a encore été donnée à nul effort sur la terre : et, quoique des réformateurs sauvages aient essayé, dans cette pensée et dans ce but, d'établir parmi nous VInstruction gratuite obligatoire et égale POUR tous, la nature invincible des hommes et des choses a résisté et résistera jusqu'à la fin, à moins qu'une nation généreuse, longtemps bénie de Dieu et des hommes, n'ait mérité, peut-être par quelque crime inconnu, de périr sous le dernier coup du mépris divin et de s'abîmer dans le gouffre de l'anarchie intellectuelle et morale. Mais laissons ces tristes pensées et ces douloureuses prévoyances : Dieu protège la France! Qui ne le sent depuis trois années?

Du reste, je ne suis pas de ceux qui se plaignent des bourses et de l'Éducation gratuite; je ne m'élève que contre l'Éducation égale et obligatoire pour tous au même niveau. Et, si je m'élève contre cette Éducation, c'est qu'elle est antisociale, antihumaine.

Je ne repousserais la gratuité que si elle devait ou ruiner l'État, ou violer la liberté, ou anéantir les droits sacrés du père de famille, comme telle loi proposée sur l'instruction primaire nous en menaça un moment ; ou eniin jeter pêlemêle au milieu de la société des existences abandonnées, agi-

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IcescrLiiic tlèvro d'ambition stérile, et presque .toujours factieuse.

La gratuité de TÉducation n'est pas une invention de notre époque : le siècle de Louis XIV lui dut une partie de sa grandeur. Qui ne sait ce qu'était alors la générosité des écoles publiques et privées?

C'est le christianisme qui a inventé la gratuité de l'Éducation et qui le premier l'a inaugurée dans le monde.

Sans remonter à des temps plus anciens, les Jésuites à eux seuls n'élevaient-ils pas gratuitement soixante-cinq mille jeunes Français sous Henri IV ?

Et n'y avait-il pas, de plus, beaucoup d'autres Congrégations religieuses et vingt-et-une Universités indépendantes les unes des autres, où les Éducations gratuites étaient nombreuses ?

Mais tous ces jeunes gens riches ou pauvres, étudiaient librement! On n'aimait pas à leur faire payer la sagesse ; on aurait craint de la refuser à des pauvres à qui Dieu peut-être la destinait. Seulement on ne l'imposait pas avec violence à des enfants pour plusieurs desquels elle aurait pu devenir un présent funeste.

Ce sage et libéral système plaisait d'ailleurs au bon roi. Il voulait la poule au pot pour chaque villageois de son beau royaume, et l'Éducation à bon marché pour tous les enfants de son cher peuple. Il disait au Père Coton que soixante-cinq mille ne suffisaient pas, et que les choses ne seraient bien établies que quand leurs .collèges contiendraient cent mille élèves.

C'est ainsi que l'Éducation se prêtait alors à toutes les exigences d'une grande et forte nation ; c'est ainsi que toutes les familles avaient des issues convenables pour faire monter plus haut ceux de leurs enfants qui étaient les élus de la nature et de la Providence ; c'est ainsi que la société française s'élevait sans cesse. Le travail de l'esprit était [accessible à

tous ceux que la richesse ;de leurs facultés y appelait. On n'avait pas imaginé alors l'inconcevable tyrannie du monopole et de la contrainte intellectuelle, l'idée n'en était pas même venue à Louis XI : Louis XIV en aurait eu horreur ; et sous les auspices de la Religion, dont la sagesse présidait à toutes ces Éducations diverses, cette généreuse libéralité était sans péril et faisait la fortune de la France.

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