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CHAPITRE YIII

Des Petits Séminaires.

DE LA LIBERTÉ DES VOCATIONS ECCLÉSIASTIQUES ET DD RESPECT QUI LEUR EST DU.

Les vocations ecclésiastiques ! la Religion et la conscience n'ont jamais rien eu de plus intime et de plus sacré. Aussi cette question a des difficultés et des délicatesses profondes. Voilà pourquoi je ne puis la passer sous silence.

Les gens du monde en parlent trop souvent avec une légèreté de langage, avec ce je ne sais quoi d'insouciant et de dégagé, qui va bien mal à la' gravité des choses, qui révèle bien peu de maturité dans l'examen, bien peu de vérité dans

» M. Saint-Marc Girardin.

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les renseignements, et même, je ne puis le taire, bien peu de sérieux dans la pensée.

On a vu môme des hommes politiques traiter bien hardiment, c'est le moins qu'on puisse dire, cette grave question ; descendre quelquefois ici à d'étranges excès, interroger nos consciences, ne respecter pas même la conscience de nos enfants ni celle de leurs parents ; décider avec une étonnante témérité les faits les plus délicats; abaisser enfin aux termes de la discussion la plus misérable une vocation sacrée, une vocation essentiellement née de Tinspiration divine.

Je dois l'ajouter : la langue chrétienne elle-même, sous l'influence de la tyrannique oppression qui pesait sur nous, semble s'être altérée à cet égard. Tout a souffert ici, les mots, les idées et les choses.

Je dois donc à cette iniportante question un examen sérieux, quoique rapide. Je veux au moins offrir sur ce sujet quelques explications simples, qui suffiront, je l'espère, à redresser les idées fausses des gens du monde et à prévenir, désormais, des discussions malheureuses et de déplorables malentendus avec les hommes politiques.

Il y a, je l'avouerai tout d'abord, un langage et une question qu'on adresse souvent aux Évêques et aux supérieurs des Petits Séminaires, et qui m'a toujours paru singulièrement blessante.

Avez-vous dans votre Petit Séminaire^ leur dit-on, beaucoup d'enfants destinés à Vétat ecclésiastique ? Combien en avezvous qui ne se destinent pas à la prêtrise?

Cette question renferme un sens étrangement faux et profondément contraire k la liberté des vocations ecclésiastiques.

En effet, il faut bien comprendre ce dont il s'agit ici, et expliquer nettement ce qu'on veut dire.

Il s'agit de Petits Séminaires et d'enfants qui ont, pour la plupart, huit, dix, quatorze ou seize ans.

La situation ainsi donnée, qu'entend-on par ces enfants DESTINÉS h la prêtrise ? Voilà ce qu'il faut bien expliquer.

Il est vrai, et je l'ai dit déjà, la spécialité de nos Petits Séminaires n'est pas seulement une spécialité littéraire, elle est aussi, elle est surtout une spécialité religieuse et morale : et, devenant ainsi plus importante et plus haute, elle n'en est que plus réelle et plus profonde. Mais il faut bien l'entendre, et faire ici avec sagesse la part de chaque chose.

Sans doute, d'une part, la Religion réclame, dés l'âge le plus tendre, ceux qui pourront un jour devenir ses ministres, et c'est avec raison que la société les lui confie ; mais, d'autre part, parmi ces enfants, il n'en est aucun dont la vocation ne demeure libre, et qui, son Éducation terminée, ne doive pouvoir entrer dans le monde et dans les carrières profanes, si la Providence l'y appelle.

Voilà les deux points, les deux côtés de la question qu'il importe également de bien mettre en lumière.

Quant au premier point, la chose est facile :

L'Éducation qui prépare à un état grand et sublime, et qui doit former des hommes plus dévoués et par conséquent plus parfaits, n'est-elle pas la plus difficile de toutes? Il faut donc la commencer de bonne heure ; autrement l'œuvre serait impossible.

Il est un âge dans la vie auquel un ancien attribuait les propriétés du feu, parce que, comme cet élément, il ne connaît point de repos, et qu'il est sans cesse en activité ; un âge où l'on pense sans règle, où l'on réfléchit sans maturité, où l'imagination et les sens exercent sur la raison elle-même un redoutable empire et semblent appeler à eux le droit de régler nos destinées; un âge où les incertitudes, les illusions, les combats des passions contraires, les agitations et les

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troubles au dedans demandent au moins qu'il y ait la paix et la sécurité au dehors.

Dans cette fièvre de la raison, heureux l'enfant à qui on a ménagé, par la force des goûts et des habitudes d'une Éducation profondément chrétienne, un contre-poids à la force de l'imagination et à l'illusion des sens, et qui demeure dans le port lorsque la tempête commence à s'élever !

Oui, il faut que les premiers regards de ces enfants, appelés peut-être à de si saintes et si grandes choses, se reposent au sanctuaire avant d'avoir vu le scandale des mœurs du siècle. Il faut que la Religion épie le premier réveil de leur raison naissante pour l'éclairer ; le premier mouvement de leur cœur pour le purifier et l'affermir. Il faut qu'elle les prépare de longue main à ses grandeurs, aussi aux épreuves de leur avenir et aux périls de leur sacerdoce.

Cette grande transformation intellectuelle et morale, si difficile à préparer, si délicate à suivre, si importante à consommer, et qui doit avoir sur leur vie entière une intluence si profonde : voilà le grand travail, voilà l'œuvre de ces premières et décisives années.

C'est alors que, sous les hautes inspirations de la foi, il faut s'appliquer principalement à former l'esprit et le caractère des enfants, à fixer leur volonté, à leur inspirer l'amour religieux du travail et le goût des occupations les plus saintes. C'est alors que la prière recueillie, les enseignements les plus graves de la Religion, la méditation des vérités les plus sérieuses, des retraites régulières aux époques les plus solennelles de l'année, et enfin la fréquentation des sacrements, viennent nous aider à accomplir une œuvre qui, sans ces moyens, est absolument impossible. Non, sans ces puissants secours, on essayerait vainement de faire prendre à ces jeunes gens les précieuses habitudes de l'ordre, de la règle, du respect et de la docilité ; de donner à leur pensée un pur et légitime essor ; de développer avec sagesse la viva- E., I. 23

cité de leur imagination ; d'exciter, en les modérant les élans d'une vertueuse sensibilité ; mais surtout de donner à leur âme tout entière cette forte trempe, cette énergie courageuse et patiente qui est le fond du dévoûment sacerdotal.

Cette œuvre est grande, sans doute ; elle est difficile, mais elle n'est pas impossible à réaliser, quand on la commence aux jours favorables.

Oui, quand on a eu le bonheur d'inspirer à ces jeunes cœurs le goût de la vérité et de la vertu, quand une Éducation pleine de sincérité et d'honneur, c'est-à-dire profondément chrétienne, après avoir dompté leurs passions naissantes et redressé leurs inclinations dangereuses, a ouvert leur âme à l'amour de tout ce qui est vrai et honnête, à l'admiration pour tout ce qui est foi généreuse ou charité sublime : alors, cette œuvre est possible ; et nous croyons que toutes les maisons d'Éducation où on laisse sincèrement présider la Religion peuvent l'accomplir.

Au milieu d'une génération sans obéissance 'et sans respect, j'ai vu la Religion former des jeunes gens graves, réfléchis et modestes ; remplis d'ardeur, et cependant réservés et dociles; j'ai vu ces jeunes esprits, affranchis des fantaisies dépravées et des folles humeurs de leur âge, sentir avec bonheur le noble plaisir d'écouter la voix de l'autorité et de la raison; je les ai vus obéir avec une docilité honorable à la voix sacrée de la conscience, obéir avec vénération et avec enthousiasme à la voix plus auguste encore et plus chère de la Religion ; et, après les jours de leur Éducation, j'ai vu les uns, courageusement fidèles à une vocation sainte, se dévouer tout entiers à une carrière de charité et de zèle, et attendre avec impatience le moment de se sacrifier pour leurs frères. ^

J'ai vu les autres, fidèles aussi à des vocations différentes, retourner au milieu du monde; et mon œil les a suivis dans cette voie qui était pour eux celle de la Providence, et je les

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admirais de loin, jusqu'au milieu des hasards de la guerre, canservant cette double couronne de l'innocence et du bonheur que la Religion dépose sur le front de l'enfance vertueuse. Je les voyais réclamer pour leur vertu une noble indépendance, environner leur jeunesse d'une singularité glorieuse ; et en les voyant, je les bénissais ; je les bénis encore, et comment ne pas le faire ? On sent que cette jeunesse est aimée de Dieu, et on l'aime ; et le monde lui-même, charmé d'une vertu si noble et si pure, se dit en les voyant : Oui, un jeune homme qui, par le bienfait d'une Éducation chrétienne, a conservé jusqu'à vingt ans son innocence, est, à cet âge, le plus généreux, le meilleur et le plus aimable des hommes K

Voilà les enfants que la Religion forme à son école. 0 monde ! ô impiété ! montrez-nous les vôtres.

Mais c'est ici que se rencontre ce qu'il y a de plus délicat dans le sujet que je traite. Car, enfin, peut-on m'objecter d'après mes propres aveux et mes paroles, en même temps que vous formez déjeunes lévites et des prêtres, vous élevez donc aussi des jeunes gens pour le monde ! cela doit-il être ainsi ?

Et puis revient alors la question et le mot que je citais naguère : Tous les élèves de vos Petits Séminaires ne sont donc pas destinés à la prêtrise, au culte, — à Vétat ecclésiastique ! disent ceux qui ont le meilleur langage.

Voici le second côté, le second point du sujet que je traite ; je vais mettre dans. tout son jour, je l'espère, la vérité sur ce point si délicat et si grave ; et, afin de ne rien laisser sans réponse, j'entrerai dans les moindres détails.

Mais, d'abord, il faut qu'on me le dise une bonne fois, qu'entend-on par ces enfants destinés à la prêtrise? destinés au culte? quel est ce langage? que signifie- t-il ? Entend-on

* Rousseau.

parla des victimes vouées au sacrifice? seraient-ce des âmes livrées, vendues, malgré elles, au sacerdoce ? Que veut-on •dire? C'est ici le lieu de s'expliquer.

Destinés! et par qui destinés, et pourquoi? Par leurs parents et par leur pauvreté, peut-être ; on ne s'en rend pas toujours compte, mais le plus souvent on n'a pas d'autres pensées, et ce mot ne signifie pas autre chose. Quand on dit : Combien avez-vous d'élèves destinés à la prêtrise ? c'est le plus souvent comme si on disait dans un langage plus vulgaire : Combien avez-vous d'enfants pauvres, qui n'ont pas le moyen de payer leur pension dans votre Séminaire, et qui, pour y être reçus gratuitement, vous ont dit, eux ou leurs parents, qu'ils se destinaient h l'état ecclésiastique ?

Toutes les fois que j'ai insisté sur cette question, que j'en ai demandé et pressé le sens, je n'ai jamais trouvé d'autre réponse. En preuve de ce que j'avance, combien de fois n'ai-je pas vu de gens me dire, en me parlant des élèves du Petit Séminaire de Paris, qui payaient leur pension : Ah! ceux-là ne se destinent pas à Vétat ecclésiastique !

Eh bien! voilà, je le répète, la question, le langage qui m'ont toujours singulièrement blessé, et que j'ai trouvé toujours profondément injurieux pour l'Église ; injurieux pour nos enfants et pour leurs familles, riches ou pauvres, et souverainement contraire à ce qu'il y a de plus essentiel dans l'idée de la vocation ecclésiastique, qui est le choix suprême de Dieu et le libre dévoûment de l'homme.

Je suis heureux du moins d'avoir l'oceasion de dire franchement et entièrement ma pensée sur tout cela.

Ma pensée, la voici : c'est qu'il doit y avoir également dans les Petits Séminaires, et sans aucune distinction, des enfants riches et des enfants pauvres : et, si cela n'était pas, ce serait un malheur pour les pauvres comme pour les riches; car les; riches sont utiles aux pauvres, et les pauvres sont utiles aux riches.

Autrefois, lorsque TÉglise était richement dotée, on voyait les grands, les riches, destiner aussi leurs enfants à Tétat ecclésiastique ; il y avait là de brillantes espérances, d'opulents bénéfices. Aujourd'hui, tout est changé : on a dépouillé rÉglise. Nous ne nous en plaignons pas : désormais les riches qui viendront à elle y viendront avec un libre et généreux dévoûment. Serait-ce là le motif des efforts qu'on a si longtemps faits pour les empêcher de se dévouer à TÉglise et de venir à nous?

Quoi qu'il en soit, il y a plus pauvre aussi que l'Église. On trouve ordinairement à son service à manger un pain, trop souvent, il est vrai, détrempé de larmes et de sueurs; mais de là cependant naît encore un péril, et je dois le révéler.

Il y a donc malheureusement des enfants pauvres, — et il faut avouer que les lois sous lesquelles nous vivions ne permettaient pas qu'il y en eût beaucoup d'autres, — il y a donc des enfants pauvres, à qui leurs parents montrent dans l'Église le pain qu'ils ne peuvent leur donner, et qui, poussés par eux, viennent frapper à la porte de nos Petits Séminaires !

Et l'Église, contrainte par des lois oppressives, impuissante à lire du premier abord au fond des cœurs, et empêchée d'ailleurs de recevoir des enfants libres, recevait ces enfants souvent contraints, ces enfants, comme on aimait à le dire, destinés à la prêtrise : elle essayait de les élever jusqu'à elle : elle n'y réussissait pas toujours.

Voilà la vérité, dont on m'arrache l'aveu : voilà ces enfants destinés à la prêtrise^ selon l'expression trop connue : de jeunes créatures vouées trop souvent parmi nous à l'état ecclésiastique par la malheureuse pauvreté de leurs parents, comme ils l'étaient autrefois par l'ambitieuse opulence de leurs familles ; mais toujours par les inspirations de la cupidité.

F.h bien, nous ne voulons pas plus de ces mercenaires-là

que des autres! J'insiste sur ce mot. Car ils seraient, dans rÉglise, mercenaires au même titre que ceux qui les ont précédés ! Les uns, il est vrai, étaient nobles, les autres sont roturiers; et je souhaite que le jour du péril trouve les derniers aussi fidèles que leurs nobles devanciers le furent dans les temps orageux de notre première révolution.

Quoi qu'il en soit, les directeurs des Petits Séminaires n'ont rien de plus important à faire que d'éloigner ceux qui se destinent ou que l'on destine si résolument à la prêtrise. Pour dire la vérité, au Petit Séminaire de Paris, nous n'étions jamais à l'aise qu'avec ceux qui ne se prédestinaient pas à l'état ecclésiastique, mais qui étaient prêts à s'y dévouer, si Dieu leur inspirait ce dévoûment sublime.

Et maintenant encore, quand nous recevons ces enfants, riches ou pauvres, dans nos Petits Séminaires, que faisonsnous, que devons-nous faire ? Quelque chose de fort simple : nous les laissons tous libres ; nous n'en prédestinons aucun à l'état ecclésiastique ; nous respectons ces jeunes âmes. Nous les élevons dans l'amour de Dieu et de leurs parents ; dans la piété et dans l'innocence, dans le respect de l'autorité, dans l'oubli profond de toutes les agitations politiques ; puis nous leur révélons de temps à autre les grandeurs du sacerdoce, et aussi ses périls ; nous leur déclarons que, pour porter le caractère sacerdotal, c'est-à-dire pour se dévouer tous les jours de sa vie, il faut être né grand ou le devenir. Nous leur répétons souvent que des cœurs vulgaires, des caractères faibles, des esprits abattus, une Éducation commune, n'y suffiraient pas; qu'aujourd'hui surtout les peuples demandent autre chose à leurs prêtres, et avec raison.

Nous leur déclarons que, s'il en est parmi eux dont le cœur ne soit pas assez ferme, ils doivent s'arrêter au seuil du sanctuaire. Nous ajoutons qu'il est d'ailleurs une gloire réservée à tous : si tous ne sont pas appelés au dévoûment de l'apostolat qui prêche, qui combat, qui se sacrifie, tous

sont appelés à exercer au milieu du monde le noble apostolat des vertus chrétiennes et à en perpétuer dans leurs familles la consolation etPexemple.

Ces choses n'ont point été assez comprises par les hommes politiques ni par les gens du monde : et je ne m'en étonne pas ; je regrette seulement que, sans les comprendre, on se soit cru fondé à en parler quelquefois avec une si étonnante assurance. Mais nous, à qui elles sont familières, nous qui y dévouons chaque jour tout ce que nous avons d'intelligence et de cœur, nous concevons sans peine que ceux qui se présentent dans les Petits Séminaires pour y recevoir cette forte et sainte Éducation n'arrivent pas tous au sacerdoce ; nous concevons que les uns manquent le but par défaut de courage, et les autres parce que Dieu leur réserve des destinées différentes. Et il n'y a rien ici qui doive surprendre.

La première Éducation est le temps de l'examen et de l'épreuve : c'est alors que, sous l'influence d'une direction profondément .chrétienne, le germe de la vocation sacerdotale, si Dieu l'a véritablement déposé dans le cœur, peut se développer et mûrir.

Mais cette vocation sublime, c'est Dieu, et non l'Éducation, qui la donne. L'Education seulement doit étudier les vues de la Providence, ne les prévenir jamais, et ne les aider même qu'avec discrétion et avec respect. Si les vocations sacerdotales se rencontrent plus fréquentes dans les Petits Séminaires, c'est d'abord parce que la Providence les y amène ; c'est aussi parce que l'Éducation les y éclaire : mais elle peut, mais elle doit y éclairer aussi des vocations différentes.

Qu'avais-je donc à faire, que faisais-je donc, moi, par exemple, supérieur du Petit Séminaire de Paris, pour acquitter ce que je devais à la confiance de Monseigneur l'Archevêque, à ces enfants, à leurs familles, jet aux espérances de l'Église?

Que faisais-je, lorsque les pères de famille venaient me présenter leurs enfants ?

Si c'étaient des pauvres, ma sollicitude pour eux était plus vive encore et plus profonde ; en les recevant au Petit Séminaire, je leur disais : « Mes enfants, soyez au large; la Providence est grande et vous êtes libres. Ici, nulle gêne ; ne soyez prêtres que si Dieu le veut. Vos parents ne sont peut-être pas riches : n'en ayez pas pour vous d'inquiétude ; n'étudiez que la volonté de Dieu, et, s'il ne vous destine point à son sacerdoce, je ne vous abandonnerai pas. »

Les enfants me comprenaient vite : leur cœur d'abord entendait le mien; les parents, pas sitôt. Ils me répétaient souvent encore : « Nous le destinons à l'état ecclésiastique. » Je ue les brusquais point; je souriais et je leur répondais : « Non, c'est Dieu seul qui destine à ce grand et sublime état. En cela, comme en toute autre chose, il n'y a que lui qui sache l'avenir et qui en décide ; pour vous, je ne vous demande qu'une chose : si Dieu le fait, ne vous y opposez pas au jour où il le fera ; et d'ici là, priez pour votre enfant. »

Si c'étaient des riches. Dieu me faisait aussi la grâce de n'oublier jamais en face d'eux la délicatesse de mes devoirs : lorsqu'un père chrétien me présentait son fils, lorsque sa pieuse mère venait en secret me confier qu'elle avait offert ce cher enfant au Seigneur, qu'elle serait mille fois heureuse si une vocation sainte couronnait un jour le vœu qu'elle avait formé dans son cœur, je lui disais : « Vous avez déjà prié, priez encore; celui-là seul qui vous a inspiré cette sainte espérance peut la réaliser. Pour moi, je partagerai avec zèle, vous n'en pouvez douter, mais aussi avec une profonde réserve, les désirs de votre cœur; laissons Dieu faire son œuvre, et attendons en silence qu'il lui plaise de révéler luimême à votre enfant ses desseins sur lui. »

Et cependant j'étudiais avec tendresse tous ces enfants si chers, si précieux ; je les observais avec sollicitude, j'exa-

minais de près la trempe de leur caractère, les inclinations de leur cœur. J'observais surtout, avec les développements successifs de Tâge, les diverses transformations morales de leur âme : je laissais ainsi les années les plus heureuses de leur vie s'écouler innocemment dans la paix de Dieu et sous les douces influences d'une Éducation qu'il inspirait : je ne les pressais jamais, je les attendais.

Puis venait le jour où, de concert avec des parents chrétiens et des enfants vertueux, je décidais.

Quand la volonté de la Providence était manifeste, riches ou pauvres, je leur disais : « Demandez la bénédiction de votre père et de votre mère, et entrez au sanctuaire avec confiance. La grâce divine qui vous appelle ne vous manquera pas. »

Et c'est alors que souvent j'ai béni la bonté de Dieu, qui s'était servi des vues intéressées des parents pour décider le bonheur et la gloire des enfants : ceux de ces enfants pauvres qui entraient ainsi dans les Ordres le faisaient avec pleine connaissance de cause et entière liberté, et devenaient d'excellents prêtres : de ces prêtres pauvres d'argent, mais riches de cœur et de foi, divites in fide, de ces prêtres évangéliques dont le dévoûment et les vertus enrichissent et sauvent le monde.

Quand je ne reconnaissais pas à des signes suffisants la vocation de Dieu, alors, sans hésiter, riches ou pauvres, je les éloignais, et m'employais moi-même, autant qu'il m'était possible, à ouvrir devant leurs pas d'autres carrières ; et, sans prétendre me faire une gloire du plus étrange des reproches, quand je trouvais en eux, avec la piété magnanime des preux, l'étincelle de la valeur, je les envoyais à l'armée d'Afrique, où ils se battaient bravement pour leur pays. Et, s'il y eut jamais un étonnement légitime, c'est le nôtre, quand nous avons vu que notre respect pour ces jeunes âmes devenait un reproche pour nous auprès de certains hommes poli-

tiques, et leur vertueuse délicatesse un péril pour leur avenir social ; car, enfin, il y avait au moins ici un résultat commun et nécessaire ; résultat utile à tous, quels que fussent les desseins de Dieu sur chacun, utile au pays, utile aux familles : c'était de former en ceux qui ne sont pas appelés au sacerdoce des jeunes gens sincèrement chrétiens : et n'est-il pas manifeste que l'irréflexion et la légèreté irréligieuse peuvent seules ne pas apprécier convenablement un tel avantage ?

Voici ce qu'en pensait un magistrat éminent, dont j'ai déjà cité les paroles :

« La société^ disait M. Portails, n'a rien à craindre si des « jeunes gens sortis des Petits Séminaires entrent dans les « carrières civiles. Pourquoi ne dirais-je pas toute ma pensée^ « elle ne peut qu'y gagner. Les jeunes gens façonnés par « d'autres mains que celles des instituteurs civils., élevés dans « une autre Discipline., plus religieuse., plus grave., plus désin- « téressée des choses de la terre., ne seraient-ils pas dans le « monde, dans certaines affaires, entre l'ordre ecclésiastique « et l'ordre civil, comme une sorte de classe intermédiaire, « comme un moyen de rapprochement? Ne manquons-nous « pas, quelquefois, dans les affaires, d'hommes suffisamment « instruits des choses ecclésiastiques, et n'a-t-on pas souvent « jugé ce genre spécial d'études utile jpour l'exercice de « certaines fonctions ?

« Ainsi se trouvera complétée la représentation de toutes « les croyances et de tous les intérêts moraux ; par ce moyen, « la société française ne se trouvera privée d'aucun des éle- « ments sociaux. Le clergé cessera d'être isolé du reste des « hommes par une séparation profonde ; il aura ses analo- « gués dans le siècle : la société apprendra à le connaître « mieux par ces hommes sortis, pour ainsi dire, de son sein, « et qui seront au milieu d'elle. »

Et n'est-ce pas d'ailleurs le simple bon sens qui oblige à

reconnaître que dans les Petits Séminaires il n'y a guère et il ne peut y avoir que des vocations encore incertaines ?

M. Saint-Marc Girardin ne disait-il pas avec raison que ce n'est point à douze ans qu'on peut décider du sort d'un enfant, y eût-il même dans les enfants quelques signes de vocation ? Qui sait si cette vocation aboutira ? qui sait si le jeune homme tiendra ce que semblait promettre V enfant ?

/( Il ne peut être question de vocation à cetâge^ disait encore M. Portails : ce n'est pas à cette époque de la vie que déjeunes âmes peuvent mesurer la grandeur du sacrifice et la sublimité de l'apostolat qui les attend. Et, lorsque vous refusez de reconnaître les vœux perpétuels, formés avec connaissance de cause par un homme en possession! de tous ses droits, jouissant de la plénitude de ses facultés, vous condamneriez la vocation sacerdotale à se décider dans l'enfance! »

Non, non ! Et si les supérieurs ou directeurs de Petits-Séminaires décidaient définitivement des vocations si jeunes, cela ne pourrait arriver que par une obsession odieuse de tous les instants, et par un de ces coupables abus d'autorité ou d'influence que réprouvent également et la dignité de leur caractère, et le profond respect qui est dû à la faiblesse de l'enfance, à la liberté de l'homme et à la sainteté du sacerdoce !

Pour moi, si je connaissais un jeune homme qui vînt me dire, même à sa quinzième ou seizième année, que sa vocation est définitivement décidée, je serais le premier à l'arrêter et à lui répondre qu'il faut examiner encore. Autre, en effet, est la vocation ecclésiastique, autre celle que l'on peut avoir pour i'École forestière ou l'École des arts et métiers. J'ai plusieurs fois décidé des vocations pour la marine, à douze ou treize ans : pour le sacerdoce, jamais d'une manière définitive avant la vingt-et-unième année.

Les Évêques ont jugé même qu'il faut ici se défier de la ferveur et du zèle imprudent, et qu'on ne saurait trop prendre

garde, surtout en des temps comme les nôtres, de donner la tonsure et Tliabit ecclésiastique à la légère, de peur d'en faire un souvenir et un poids pénible dans la vie, pour ceux qui ne croiraient pas devoir s'engager irrévocablement au service des autels, lorsque la maturité de Tâge et de la raison serait venue.

C'est toujours un inconvénient d'avoir travaillé pour un but, de s'être destiné à un état, et puis d'y renoncer pour.se tourner ailleurs et en embrasser un autre.

A tort ou à raison, cela est regardé comme un signe de légèreté d'esprit. Après avoir étudié en médecine, se faire avocat semble indiquer qu'on ne sait ni ce qu'on veut ni ce qu'on fait.

La chose est plus grave quand il est question d'un état plus parfait encore : ce n'est plus alors simplement changer, c'est déchoir.

D'ailleurs, je ne saurais trop le redire, le sacerdoce est essentiellement libre ; tout ce qui engage avant le temps, tout ce qui ressemble à la violence morale, à plus forte raison ce qui est une violence matérielle, y répugne profondément. Et voici, d'après ces principes, la règle de conduite que nous aimons à suivre.

L'habit ecclésiastique est pour nous, prêtres ou évêques, l'habit long, la soutane : nous le portons tous.

Quant à nos enfants, ne le porte pas qui veut, et souvent nous le refusons à leurs désirs. C'est une récompense, et la plus haute qui se puisse accorder parmi nous. Le supérieur ne décide jamais seul, et, avant de permettre à un enfant de revêtir ce saint habit, il délibère en conseil. Non-seulement il faut que l'enfant le demande lui-même ; non-seulement il faut que ses parents y consentent ; il faut de plus qu'il n'y ait pas un reproche à lui faire, il faut que son travail, sa piété, sa docilité, sa politesse même et la convenance de ses manières le rendent digne de cette faveur.

On ne les autorise, d'ailleurs, à le porter qu'aux jours des fêtes religieuses.

Maintenant me permettra-t-on de dire quelle était la conséquence nécessaire de toute cette législation sans lumière sur les Petits Séminaires, de toutes ces tristes entraves, de toutes ces interdictions odieuses qu'une loi nouvelle vient de faire enfin tomber ?

Tout ce déplorable système allait droit à la ruine ou au moins à l'humiliation du sacerdoce, en forçant les pères les pïus respectables, toutes les plus honnêtes familles, à écarter leurs enfants des Petits Séminaires. Où trouver, en effet, un père qui se regarde comme assez sûr de la vocation d'un enfant de dix à quinze ans, pour le placer entre la nécessité d'embrasser forcément, à dix-huit ans, l'état ecclésiastique, ou de recommencer ses études après qu'il les a bien faites, ou enfin d'en perdre tout le fruit, en se voyant fermer toutes les carrières libérales ?

Et l'institution des Petits Séminaires n'était-elle pas dès lors frappée au cœur? et l'Église elle-même, réduite à ne se recruter jamais que dans les rangs les moins élevés de la société, n'êtait-elle point par là menacée parmi nous d'un abaissement continu ?

Eh bien! je le déclare sans hésiter, non-seulement tout cela était contraire à la liberté des vocations sacerdotales, et par conséquent à la conscience et à la religion ; mais tout cela était aussi une faute politique, une faute sociale immense. Je ne suis pas le seul à le penser.

Voici en quels termes M. Saint-Marc Girardin appréciait le péril qu'on fait courir à la société, en même temps qu'à l'Église, lorsqu'on éloigne du sacerdoce les classes aisées, lorsqu'on n'y attire que les classes pauvres :

« Ce seraient surtout, disait-il, les enfants des classes

« indigentes et grossières qui entreraient dans les Petits

« Séminaires, et par suite dans TÉglise : nouveau danger « pour rÉglise, qui ne doit recruter ses ministres ni trop (c haut ni trop bas. Pas trop haut, parce que les enfants élevés « dans les habitudes de la richesse s'accommodent mal de la « simplicité de la vie sacerdotale; point trop bas, parce « qu'alors ils n'ont ni le ton ni les manières d'hommes bien « élevés, et que, sans vouloir mettre la politesse au-dessus « de la vertu, l'Église, pour avoir sur le monde l'influence « qui lui appartient, a besoin que la vertu de ses ministres « ne soit ni grossière ni sauvage. »

M. Saint-Marc Girardin ajoutait : « Depuis vingt ans, l'Église « s'est plutôt recrutée dans les classes inférieures que dans la « bourgeoisie, et c'a été un mal pour la bourgeoisie, pour « l'Église, pour la société elle-même ! » M. le comte Portails tenait le même langage : « A la tendance peu favorable du siècle vers les vocations « ecclésiastiques, faut-il ajouter une nouvelle défaveur, un « nouvel obstacle? faut-il ainsi décourager les familles ai- « sées et pieuses qui auraient le désir de vouer leurs enfants « au sacerdoce? convient-il de priver l'État et l'Église du « bien d'avoir des prêtres doués de l'avantage inappréciable « d'une première Éducation si difficile à suppléer par la se- « conde ? Non, vous ne le voudrez pas ; car vous renonceriez « à un bien certain et qui n'entraîne aucun inconvénient sé- « rieux, pour le maintien d'une règle absolue, qu'une excep- « tion fondée en raison et en droit confirme et corrobore. »

La conclusion de tout ceci, c'est que rien n'est plus grave et plus délicat, rien n'est plus respectable que la liberté des vocations ecclésiastiques. Si je me suis décidé à lever ici des voiles sacrés, à ouvrir aux regards du monde les portes du sanctuaire, à lui révéler les secrets de la vertu qui s'y cache et les vœux des familles chrétiennes qui viennent y abriter leurs enfants, je n'en ai que plus de droit de dire au monde

et à la politique : Respectez désormais la liberté des vocations sacerdotales; respectez des cœurs sincères; respectez des enfants pauvres, mais désintéressés, mais généreux, mais nobles de cœur, et qui, s'ils connaissaient les discussions auxquelles vous nous condamnez quelquefois, craindraient peut-être désormais de paraître suspects à nos yeux, parce qu'ils sont pauvres.

Mais, non, il n'en sera pas ainsi, et, grâce à Dieu, ni le monde, ni la politique n'aurait cette puissance ni sur nos enfants ni sur nous : ces chers enfants liront toujours dans notre cœur, dans nos regards, notre respect pour leurs âmes, notre affection pour eux, et la confiance qu'ils nous doivent.

Et, quant aux enfants qui sont riches, il est vrai, mais dignes aussi de respect, puisque, en se destinant au sacerdoce, ils n'ont manifestement aujourd'hui d'autre ambition que de servir avec humilité et courage l'Église de Jésus- Christ, sachez aussi les respecter, et ne cherchez plus, par une législation habilement oppressive, à les éloigner du sanctuaire !

J'ai achevé ce que j'avais à dire sur ce sujet.

Tel est donc le vrai but, tels sont les moyens, telle est l'œuvre de l'Éducation dans les Petits Séminaires.

Je le demande : n'est-ce pas là rendre un noble service à son pays, en même temps qu'à l'Église ? n'est-ce pas travailler à résoudre le grand problème de l'Éducation publique? n'est-ce pas faire humblement une grande et sainte chose? n'est-ce pas dignement acquitter sa dette envers la Religion et envers la Patrie ?

Oui, et c'est plus, c'est mieux encore : grâce à l'heureux mouvement des esprits inclinés à des rapprochements depuis longtemps désirables, par le besoin de s'entendre et de s'entr'aider, et peut-être aussi par une force supérieure et divine, c'est renouer la noble et antique alliance indigne-

ment rompue au siècle dernier, entre la Foi et les Lettres, entre la Religion et les Sciences, entre la Vertu et les Arts, par conséquent entre la France et son Sacerdoce, entre l'Église et le Pays.

C'est préparer pour l'avenir une génération nouvelle, une génération forte et dévouée, intelligente et capable, qui comprendra les besoins et la marche des agitations humaines, et ne s'en montrera pas plus effrayée qu'il ne convient à ceux à qui les lumières de la Foi doivent donner quelque chose de la sagesse et de la patience de Dieu ; à ceux qui peuvent trouver dans l'histoire de leurs pères et dans les souvenirs du jpassé les secrets de la Providence et les espérances de l'avenir.

Le Chrétien fidèle et le Prêtre de Jésus-Christ, dit saint Cyprien, quand ils tiennent l'Évangile d'une main et la Croix de l'autre, peuvent être tués, mais point vaincus, et ne désespèrent jamais : Occidi potest, vinci non potest! Si les Petits Séminaires et les maisons d'Éducation chrétienne répondent à la grandeur de leur vocation, il en sortira des Chrétiens et des Prêtres qui sauraient, aux jours du péril, se dévouer pour la société menacée, se presser autour de l'arche chancelante, la soutenir d'une main généreuse et la fortifier avec joie, au besoin, d'un double rang de confesseurs et de martyrs ! Mais, dans les temps meilleurs, dont nous demandons à la bonté divine de nous ménager enfin la sécurité, ils auront encore une belle mission à remplir. Les enfants, élevés dans les écoles de la Religion, seront l'honneur et la consolation de leurs familles, l'ornement de la société, les apôtres delà vérité et de la vertu, les consolateurs des malheureux, les protecteurs des pauvres, les amis les plus éclairés de la paix et de l'ordre public, les plus utiles soutiens des lois, les plus puissants, quoique les plus doux vengeurs de la justice.

Et ceux parmi eux que Dieu honorera du sacerdoce évan-

gélique auront ici-bas la plus belle des missions et la plus pure des gloires ; car on Ta dit, il est vrai : c'est aux Prêtres de Jésus-Christ, c'est à eux seuls qu'il appartient non-seulement de prévenir et d'étouffer le crime au fond des cœurs égarés, mais de conserver l'innocence des cœurs faibles, et de persuader le repentir aux cœurs coupables ; c'est à eux, à eux seuls, qu'il est encore donné, au milieu des agitations sociales, de prêcher avec vérité et avec fruit : à ceux qui commandent, qu'ils doivent se dévouer pour les besoins et le service de tous ; aux peuples, qu'ils doivent l'obéissance et le respect aux chefs des nations, et à tous les hommes enfin, qu'ils sont frères !

C'est ainsi que par la haute et profonde influence d'une Éducation sainte, nos élèves trouveront, à l'ombre du sanctuaire qui protège leur jeunesse, le secret et le germe des fortes vertus. Et, un jour. Prêtres du Seigneur ou simples Chrétiens, lorsque, selon la diversité de leurs vocations et de leurs carrières, ils se dévoueront, eux aussi, pour leur pays et pour leurs frères, qu'ils le fassent sans doute comme des Prêtres, comme des Chrétiens fidèles, pour obéir aux lumières de la conscience, qui commande le devoir ; mais aussi comme des Prêtres, comme des Chrétiens généreux, pour obéir sans effort et sans faste à cette noble et évangélique passion des grands cœurs, à qui les dévoûments sont un besoin et les sacrifices une joie !

Ce jour-là, leur Éducation aura reçu ici-bas sa plus belle couronne, leur famille sa consolation la plus glorieuse, et ceux qui furent les instituteurs de leur jeunesse la plus noble des récompenses !

Sainte et précieuse jeunesse ! cher et dernier espoir de l'Église et de la patrie î tribu choisie et privilégiée du Seigneur, continuez à croître sous les ailes de la Religion ! Pressez-vous dans ces asiles où se perpétuent encore les bons exemples et les bonnes maximes ; où peuvent encore se for- »., I. 24

mer des âmes grandes et vertueuses par goût, par inclinalion, par une sorte de nécessité bienheureuse ; parce que les préjugés communs, ailleurs si redoutables, là conspirent tous en faveur de la vertu, et que rien n'affaiblit leur action et ne balance leur autorité !

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