DE l'ÉJ?PC4TI0N
pline* Nous sommes forcé de traiter d^nne façon cornparativ^nent brève cette dÎTision de notre sujets qui heureusement n'a pas besoin de développements très-étendus. £n trouvant ce qui est le meilleur pour notre direction^ nous avons implicitement trouvé ce qui est le meilleur pour notre discipline. Nous pouvons Être certains que la connaissance de cette classe de faits, qa^iL nous est le plus utile de poaséd^r pour régler notre conduite^ suppose un exercice mental plus propre que tout autre à fortifier nos facultés. Il serait tout à fait contraire au bel ordre de la nature qu'une sorte de culture nous fût nécessaire comme instruction^ et une autre sorte comme gymnastique mentale. Partout, dans la création^ nous voyons que les facultés se développent par Taccomplissement même des fonctions en vue desquelles elles existent , et non pas par des exercices artificiels imagpiés dans le but de les adapter à ces fonctions. Le Peau-Bouge acquiert la légèreté à la course et Tagilité qui fait de lui un bon chasseur en poursuivant les animaux ; et par les divers genres d'activités qui remplissent sa vie, il arrive à posséder plus d'énergie physique qua la gymnastique n'en a jamais donné. Cette adresse qu'il possède pour traquer son ennemi eu sa proie,-dndique une finesse de perception qu'il n'aurait jamais pu acquérir par une éducation artificielle. Il en- est de même en toutes circonstances. L'homme des bois, dont Vœil, accoutumé à distin^er de loin les objets qu'il
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teait poursuiyrQ on qu'il fautfuir^ Mquiert la puissance d'un télescope; le comptable, que la pratique journalière met en état d'additionner simultanément plusieurs colonnes de diiffres^ ont eu leurs faculté^ spéciales développées au plus haut point par racoompUssement du devoir auquel ils sont appelés. Nous pouvons être à priori certains que cette loi s'applique à réduoation tout entière. L'éducation qui est la plus utile au point de vue de la direction^ est aussi la plus utile au point de vue de la discipline. Voyons-en la preuve. .
Un des avantages que Ton invoque pour justifier rimportance prééminente que Ton donne dans nos cours d'études ordinaires à Fétude des langues^ c'est que cette étude fortifie la mémoire. On suppose que cet avantage est particulier à l'étude des mots. Mais la vérité est que les sciences fournissent un champ d'exercice bien plus vaste à notre mémoire. Ce n'est pas une tâche légère que de se rappeler tout ce qm a rapport à notre système solaire.- C'en est une plus lourde encore que de retenir tout ce que l'on sait de la voie lactée. Le nombre des corps composés^ auquel les découvertes de la chimie ajoutent tous les jours^ est si grande qu'excepté les professeurs^ bien peu de gens pourraient les énumérer : se souvenir de la constitution atomique et des affinités de tous ces composés, n'est guère possible qu'à ceux qui font de la chimie l'occupation de leur vie, Danala masse énorme de phénomènes présentés par la croûte terrestre, et la masse de phéno-
mènes plus énorme encore présentés par les fossiles qu'elle renferme, il y a la matière d'un travail de mé- * moire continué pendant des années, pour l'homme qui étudie la géologie. Chaque partie principale de la physique — l'acoustique, la chaleur, la lumière, l'électricité — contient des faits assez nombreux pour effrayer quiconque voudrait les apprendre tous. Quand noua abordons les sciences organiques, l'effort de mémoire qu'il faut faire est encore plus grand. Dans la seule anatomie du corps humain, la quantité de détails est telle que l'élève a généralement besoin de les apprendre cinq ou six fois avant de parvenir à s'en souvenir d'une façon durable. Le nombre d'espèces de plantes que distinguent les botanistes est de quelque chose comme trois cent vingt mille, et les formes de la vie animale dont s'occupe le zoologiste sont estimées au chiffre de deux millions. L'accumulation de faits que les hommes de science ont devant eux est telle, que ce n'est qu'en divisant et en subdivisant le travail qu'ils peuvent les aborder. A la connaissance détaillée des faits contenus dans sa division, chaque savant joint des connaissances générales dans les divisions qui s'y rattachent, et peut-être des données élémentaires dans quelques autres. D est donc certain que la science, même imparfaitement cultivée, fournit un suffisant exercice à la mémoire. Tout au moins, est-elle une discipline aussi bonne pour cette acuité que peut Têtre l'étude des langues.
Remarquez maintenant que si^ comme exercice de la mémoire^ la science est aussi utile^ sinon plus utile^ que les langues^ elle leur est infiniment supérieure par le genre de mémoire qu'elle cultive. Dans Fétude d'une langue^ les séries d'idées qu'on fait entrer dans l'esprit, correspondent à des faits qui sont^ dans une grande mesure^ accidentels; tandis que dans l'étude des sciences^ les séries d'idées qu'on fait entrer dans l'esprit correspondent à des faits qui sont nécessaires. H est vrai que les rapports des mots avec leurs significations sont^ enunsens^ naturels; que l'on peut remonter jusqu'à une certaine antiquité à ces rapports originels, quoique bien rarement à leur origine même; et que les lois de cette genèse forment une branche de la science de l'esprit humain, branche qui s'appelle la philologie. Mais, comme on ne prétendra certes pas que dans l'enseignement des langues, tel qu'on le pratique ordinairement, ces rapports naturels entre les mots et leur signification soient habituellement indiqués et leurs lois expliquées, on admettra qu'ils^ne sont présentés et appris que comme fortuits. Dans l'étude des sciences, au contraire, les rapports qu'on présente à l'esprit sont des rapports de causalité; et quand on enseigne bien, l'élève les comprend comme tels. Tandis que l'étude des langues familiarise son esprit avec les rapports irrationnels, l'étude des sciences le familiarise avec les rapports rationnels. Tandis que Tune n'exerce que la mémoire.
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l'autre «xerce à la fois la mémoire et l'intelligence.
Observez ensuite qu'une des grandeâ supérioritée ëes sdences siu* les langues, eomme moyen de discipline intelleî3titelle^ c^t qu'elleis déretoppent le jugement. Âinfâ queFft ti^ès-bien remarqué le professeur Faraday dans une conférénoe sur Féducation mentale faite à rinstittit rôyal^ le défaut le plus commun chez rhomme,' c^esfr l'insuffisance du jugement, a La so* a ctété en général, dit-il^ n'ignore pas seulement ce qui concerne l'éducation du jugement^ elle ignore aussi son ignorance. » Et la cause qu'il assigne à cet état de choses^ c'est l'absence de culture scientifique. Sa conclusion est d'une vérité évidente. Un jugement exact sur les choses^ sur les événements et sur les oon^ séquences, n'est possible que si Ton connaît la relation entre eux des phénomènes qui nous entourent. La connaissance du sens des mots, si étendue qu'elle puisse êtrej ne nous amènera point à inférer correctement des causes aux effets. L'habitude de tirer de& conclusions de donnée» premières, et de vérifier ensuite ces conchisions à^la lumière de Tebservation et de Texpérience, peut seule, nous mettre en état de juger sainement. Et que la science nous force à contracter cette habitude^ c'est encore là un de ces immenses avantages.
Là science n'est pas seulement ce qu'il y a de meili** leur pour la discipline intellectuelle, elle Test aussi pour la-disoipline morale; L'étude des langues tend
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plus que tout autre à augmenter encore le respect ext^» géré de Tautorité. Ce mot signifie eela> dit le maître ou le dictionnaire; ceci est la règle detel ou tel cas/dit la grammaire : et son dire est reçu par Félève comme-étant au-dessus de toute discussion. L'état constant de son esprit est celui de la soumission à renseignement dog- ^^ matique ; et le résultat de cette habitude^ c'est la ten« dance à accepter sans examen t^ut ce qu'il trouve établi. Bien diflférent est le ton que donne à- un esprit l'étude de la science. La science fait continuellement appel à la raison individuelle. Ses vérités ne sont point acceptées de confiance. Tout le monde peut/s'il veut, les expérimenter; et même, dans beaucoup de cas, l'élève est invité à tirer lui-même ses conclurions. Tous les procédés qu'on suit dans les recherches scientifiques sont soumis à son jugement. On ne lui demande pas^de les admettre sans les avoir reconnus- vrai»r et lo^ confiance en ses forces qu'on lui donne ainsi, s'accroît encore de l'uniformité avec laquelle la nature justifie ses infé* rences, toutes les f<5is qu'il les a correctement tirées. De là découle cet esprit d'indépendance qui est un des précieux éléments du caractère. Ce n^est paylà te seul avantage moral que nous lègue Téducation scient!-* fi que. Quand elleest feite, comme elle devrait toujours Ictre, sous forine de recherches autant que possible personnelles, elle développe la persévérance et la' sincérité. Ainsi que le dit le professeur Tyndall,ti propos de la redierche inductive : ce II faut y apporter, svec un
travail patient, un humble et consciencieux acquiescement à tout ce que la nature nous révèle. La première condition du succès, c'est une honnête bonne volonté à accepter la vérité, à abandonner toute idée préconçue, si chère qu'elle nous puisse être, qui serait reconnue être en contradiction avec elle. Croyez-moi, il se passe bien de nobles faits de renoncement à soimême, à l'insu du monde, dans le cœur d'un véritable adepte de la science, quand il poursuit dans le secret de son laboratoire le cours de ses expériences. »
Enfin, nous devons dire — et l'assertion causera sans doute une extrême surprise — que la discipline de la science est supérieure à celle de l'éducation ordinaire, à cause de la culture religieuse qu'elle donne à l'esprit humain. Il va sans dire que nous n'employons pas ici les mots scientifique et religieux dans l'acception bornée où on les prend ordinairement, mais bien dans leur sens le plus large et le plus élevé. Sans doute, la science est hostile aux superstitions qui ont cours dans le monde sous le nom de religion ; mais elle n e Vest pas à la religion essentielle que ces superstitions ne font que nous dérober. Sans doute aussi, une partie de la science courante est imprégnée de l'esprit d'irréligion; mais cet esprit n'existe pas dans la vraie science, dans celle qui pénètre au-dessous des surfaces •.
« La vraie science et la vraie religion, » dit le professeur Huxley, en terminant son dernier cours de
(conférences, « sont deux sœurs jumelles qu'on ne peut séparer sans causer la mort de Tune et de l'autre. La science prospère à mesure qu'elle est religieuse, et la religion fleurit à proportion de la profondeur et de la solidité scientifique de sa base. Les grandes œuvres accomplies par les philosophes ont été moins le fruit de leur intelligence que de la direction imprimée à cette intelligence par un esprit éminemment religieux. La vérité s'est révélée à leur patience, à leur amour, à leur simplicité, à leur dévouement, bien plus qu'à leur perspicacité logique. »
Loin que la science soit irréligieuse, comme tant de personnes le croient, c'est l'abandon de la science qui est irréligieux. Prenons une humble comparaison. Supposons un auteur qu'on saluerait tous les jours de louanges exprimées en style pompeux. Supposons que la sagesse, la grandeur, la beauté de ses ouvrages soient le sujet constant des louanges qu'on lui adresserait. Supposons que ceux qui louent sans cesse ses œuvres n'en aient jamais vu que la couverture, ne les aient jamais lues, n'aient jamais essayé de les
comprendre. De quel prix pourraient être pour nous leurs éloges ? Que penserions-nous de leur sincérité ? Et
pourtant, s'il est permis de comparer les petites choses
aux grandes, voilà comment se conduit l'humanité en
général envers l'univers et sa cause. Bien pis encore 1
Non-seulement les hommes passent, sans les étudier, à
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côté de ces choses qu'ils proclament merveilleuses, mais ils blâment ceux qui se livrent à Tobservation de la nature et les accusent de s'amuser à des bagatelles; ils méprisent ceux qui prennent un intérêt actif à ces merveilles. Nous disons donc encore que ce n'est pas la science, mais bien TindiAFérence pour la science qui est irréligieuse. La dévotion à la science est un culte tacite; c'est la reconnaissance tacite de la valeur des choses qu'on étudie et, par implication, de leur cause. Ce n'est pas un hommage rendu simplement de bouche, c'est un hommage rendu par les actes ; ce n est pas un respect exprimé par des paroles, c'est un respect prouvé par le sacrifice de son temps, de sa pensée et de son travail.
Ce n'est pas seulement de cette manière que la véritable science est essentiellement religieuse. Elle est religieuse aussi parce qu'elle fait naître un profond respect pour ces uniformités d'action qui se découvrent en toutes choses et une foi implicite en elles. Par ses expériences accumulées, l'homme de science acquiert une croyance entière aux rapports immuables des phénomènes, à la relation invariable de cause à effet, à la nécessité des bons et des mauvais résultats. Au lieu des récompenses et des châtiments dont parlent les symboles traditionnels, et que les hommes espèrent vaguement obtenir ou éviter en dépit de leur désobéissance, le savant découvre qu'il y a des récompenses et des châtiments qui découlent de la constitution or-
donnée des choses, et que les mauvais résultats de la désobéissance sont inévitables. Il découvre que les lois auxquelles nous devons nous soumettre sont à la fois inexorables et bienfaisantes. Il voit qu'en nous y conformant, la marche des choses tend toujours vers une plus grande perfection, vers un plus grand bonheur. Alors, il insiste sans cesse sur l'observation de ces lois, il s'indigne quand on les transgresse; et c'est ainsi qu'en affirmant les principes éternels des choses et la nécessité de leur obéir, il se montre essentiellement religieux.
Ajoutez à ces considérations un autre aspect religieux de la science : c'est qu'elle seule peut nous don- I ner une juste idée de ce que nous sommes et de nos ; relations avec les mystères de l'être. En même temps qu'elle nous montre tout ce qu'on peut savoir, elle nous montre les limites au delà desquelles on ne peut savoir rien. Ce n'est point par des assertions dogmatiques qu'elle enseigne l'impossibilité de comprendre la cause ultime des choses ; mais elle nous conduit à reconnaître clairement cette impossibilité, en nous faisant toucher, dans toutes les directions, les bornes que nous ne pouvons franchir. Elle nous fait sentir, comme rien autre chose ne peut nous le faire sentir, j la faiblesse de l'intelligence humaine en présence : de ce qui passe cette intelligence. Tandis qu'à l'égard des traditions et des autorités humaines, elle a peut être une attitude fière^ cette attitude est hum*
ble devant le voile impénétrable qui lui couvre l'Absolu. Sa fierté et son humilité sont aussi justes Tune que l'autre. Le savant sincère — et par ce nom nous n'entendons pas celui qui ne fait autre chose que calculer des distances, analyser des composés ou étiqueter des espèces, mais celui qui, à travers des vérités d'ordre inférieur, cherche des vérités plus hautes, et peut-être la vérité suprême, — le véritable savant, disons-nous, est le seul homme qui sache combien est au-dessus, non pas seulement de la connaissance humaine, mais de toute conception humaine, la puissance universelle dont la Nature, la Vie, la Pensée, sont des manifestations.
Nous concluons donc que, pour la discipline de l'homme, de même que pour sa direction, la science est de première valeur. A tous égards, apprendre le sens des choses vaut mieux qu'apprendre le sens des mots. Comme éducation intellectuelle, morale, religieuse, l'étude des phénomènes qui nous entourent est immensément supérieure à l'étude des grammaires et des lexicons.
Ainsi, à la question qui nous a servi de point de
départ : — Quel est le savoir le plus utile ? — la réponse uniforme est : La science. C'est le verdict prononcé sur toutes les questions. Pour ce qui touche à la conservation personnelle, à l'entretien de la vie et de la santé, les connaissances qu'il est important de
posséder sont les connaissances scientifiques. S'il s'agit de pourvoir indirectement à cette même conservation personnelle en gagnant sa vie, les connaissances qu'il est important de posséder sont encore les connaissances scientifiques. Dans l'accomplissement des fonctions paternelles, le véritable guide dont on a besoin, c'est la science. Pour l'intelligence de la vie nationale passée et présente (intelligence sans laquelle le citoyen ne peut diriger sa conduite), la clef indispensable, c'est la science. Il en est de même pour ce qui touche aux productions de l'art et aux jouissances artistiques sous toutes leurs formes : là encore, la préparation nécessaire, c'est la science. De même, pour la discipline — intellectuelle, morale, religieuse, — l'étude la plus efficiente, c'est la science. La question qui, d'abord, semblait si embarrassée est devenue, pendant le cours de notre examen, comparativement simple. Nous n'avonspas besoin d'évaluer les difierents degrés d'importance des difierents genres d'activité humaine, puisque nous voyons que l'étude de la science, au sens le plus large du mot, est la meilleure préparation à tous ces genres d'activité. Nous n'avons pas à décider entre les droits qu'ont sur nous des études aux-quelles on attribue conventionnellement une granda valeur, et les droits d'autres études qui auraient une valeur moindre, quoique intrinsèque, puisque nous voyons que les études qui sont les plus utiles à tous égards sont aussi, par cela même, celles qui ont le plus
de valeur intrinsèque : valeur qui ne dépend point de l'opinion, mais qui est invariable comme le sont les relations de l'homme avec le monde qui l'entoure. Nécessaire et éternelle, de même que les vérités qu'elle proclame, la science tout entière concerne l'humanité tout entière et dans tous les temps. Dans l'avenir le plus éloigné, comme aujourd'hui, il sera d'une immense importance pour la direction de leur conduite que les hommes possèdent la science de la vie physique, intellectuelle et sociale , et qu ils possèdent toutes les autres sciences, comme donnant la clef de la science de la vie.
Et pourtant cette étude, qui surpasse immensément toutes les autres en importance, est celle qui, dans
un siècle de prétendue culture, obtient le moins d'attention. Tandis que ce que nous appelons la civilisation n'eût jamais pu se produire sans le secours de la science, les études scientifiques forment à peine un élément appréciable dans notre éducation civilisée. Quoique nous soyons redevables à la science de ce que des millions d'hommes puissent vivre aujourd'hui sur un espace qui fournissait à peine la nourriture nécessaire à quelques mille autrefois, il n'y en a guère parmi ces millions qui accordent quelque respect à ce qui est la cause efficiente de leur existence sur la terre. La connaissance croissante des propriétés et des relations des substances a permis à des tribus errantes, nonseulement de se développer en nations populeuses, mais
de jouir de plaisirs et de confort que leurs ancêtres nus et clair-semés n'auraientpas pu concevoir, auxquels on n'aurait pas pu les faire croire. Et ce genre de science est admis avec peine et à contre-cœur dans nos établissements d'instruction supérieure ! C'est à la lente découverte de la coexistence des phénomènes et de leur enchaînement que nous devons d'être émancipés de la plus grossière superstition ; sans la science, nous en serions encore à adorer des fétiches, ou bien à sacrifier des hécatombes de victimes pour nous rendre propices les divinités infernales ; et cependant cette science qui, à la place de conceptions dégradantes, nous présente quelques-unes des grandeurs de la création, cette science est dénigrée dans nos livres de théologie, et quelquefois honnie du haut de la chaire !
Paraphrasant une fable venue d'Orient, nous dirons i que, dans la famille des études, la science est le Cen- : drillon qui cache dans l'obscurité des perfections inconnues. Tout le travail de la maison lui a été donné à faire. C'est par son adresse, son intelligence, son dévouement, que l'on a obtenu toutes les commodités et tous les agréments de la vie; et tandis qu'elle s'occupe incessamment de servir les autres, on la tient à l'écart, afin que ses orgueilleuses sœurs puissent étaler leurs oripeaux aux yeux du monde. Le parallèle pourrait être poussé plus loin, car nous arrivons vite au dénoûment^ et alors les situations
seront changées. Les sœurs orgueilleuses tomberont dans un abandon mérité^ tandis que la science, proclamée la meilleure et la plus belle, régnera souve« rainement.