V. — CONSEILS AUX ÉLECTEURS
I Ils s'efforceront d'abord de s'éclairer par eux-mêmes,
puis ils demanderont conseil à qui leur paraît mériter confiance par son instruction plus complète et par sa probité. Lecture des journaux, réunions électorales, ils ne négligeront rien de ce qui peut guider leur choix. Ils se mettront en garde contre les déclamations creuses et le charlatanisme des promesses extravagantes. Ils jugeront dangereux quiconque prétend tout bouleverser, et reconstruire la société de fond en comble; ils sauront que dans l'ordre politique, comme dans les êtres vivants, le progrès se fait avec lenteur, que c'est un mauvais système, pour faire mieux vivre un animal, que de commencer par le mettre en pièces.
Ils n'auront pas besoin, d'ailleurs, de se faire une opinion sur chaque question particulière : le bon sens suffit souvent pour décider, entre plusieurs candidats, quel est celui qui par ses connaissances, son expérience, sa probité, présente les meilleurs garanties pour la sauvegarde des intérêts publics. On doit alors lui accorder une confiance générale, et supposer qu'il la mérite pour tous les cas particuliers.
L'obligation qui s'impose aux uns de s'éclairer quand il s'agit de donner son suffrage, fait naître pour les autres celle de communiquer leurs lumières, de prodiguer leurs conseils. Les citoyens instruits, ceux qui parleurs études, leur expérience, leur situation sociale peuvent exercer autour d'eux une influence salutaire, sont tenus de la mettre au service des candidats les plus dignes. Mais il y a ici une question de mesure. Cette influence doit scrupuleusement respecter la liberté de l'électeur. Elle doit de plus être toute morale, et
s'abstenir de faire appel à la cupidité ou aux sentiments égoïstes. Promesses, menaces, distributions d'argent, autant de manœuvres interdites par la conscience et par la loi. Celui qui les emploie est plus coupable peut-être que celui qui se laisse séduire ou intimider par elles.
Entre les mains d'électeurs honnêtes et éclairés, le suffrage universel est l'institution la plus bienfaisante, la plus conforme aux droits et à la dignité de l'homme. Mais il impose de grands devoirs, puisqu'il fait peser sur chaque citoyen une part de responsabilité dans la direction des affaires.
Ne nous en plaignons pas : la valeur morale se mesure à l'étendue des devoirs et des responsabilités, et s'il en coûte souvent à un peuple de douloureuses épreuves pour faire la conquête et l'apprentissage delà liberté politique, nous n'en devons pas moins dire, avec l'historien latin : « Jepréfère une liberté périlleuse à une tranquille servitude. »
RÉSUMÉ
I. — La patrie est une personne morale, et comme telle, elle a le droit et le devoir de défendre ses intérêts, son honneur, son existence. Il lui faut pour cela une force armée.
Le service militaire doit être bravement accepté et rempli. Ceux qui simulent des infirmités ou se mutilent pour échapper à ce devoir civique sont des lâches.
Les principales vertus militaires sont : la discipline, le zèle, la confraternité, un vif sentiment de l'honneur, le respect de l'uniforme par une bonne conduite, et particulièrement en temps de guerre la courage, la patience et l'abnégation poussée jusqu'au sacrifice de la vie.
Les devoirs militaires ne se terminent pas avec le service légal. Lorsque la patrie est en danger, les vétérans encore valides doivent reprendre les armes. Les autres citoyens peuvent se rendre utiles dans les ambulances et les services auxiliaires. Ils peuvent aussi soutenir les courages, inspirer la confiance autour d'eux, et s'ils sont pères de famille, envoyer stoïquement leurs enfants au combat. Les mères ont, à cet égard, un beau devoir à remplir.
II. — Les femmes y en effet, peuvent d'une manière touchante et fort utile servir à leur tour la patrie : elles mettent d'abord dans le cœur de leurs fils les sentiments qui transforment le soldat en héros; puis, si la guerre survient, elles payeront de leurs personnes, pour préparer les équipements et les munitions, pour porter des secours et des consolations aux blessés et aux mourants, etc.
C'est par des services analogues que les fonctionnaires et les magistrats, retenus à leur poste pendant que leurs concitoyens marchent sous les drapeaux, rempliront le devoir militaire. Ce devoir, en cas d'invasion, peut aussi exiger le sacrifice de leur vie, par exemple quand il s'agit de résister aux menaces de l'envahisseur, de protéger les personnes et les propriétés. m. — Le vote est l'acte par lequel les citoyens choi-
sissent leurs mandataires dans les divers conseils de la nation.
Il est un droit, et aussi un devoir. L'abstention est en elle-mêmeunefaute, et déplus, un mauvais exemple.
Le vote, pour être bon, doit être d'abord désintéressé, c'est-à-dire qu'il faut écarter toute considération personnelle, et choisir les candidats les plus vertueux et les plus capables.
IV. — Cette dernière condition indique que le vote doit en outre être éclairé. L'électeur cherche donc à s'instruire : il lira les journaux, assistera aux réunions électorales, en évitant de se laisser séduire par les charlatans et les utopistes; il demandera conseil aux personnes expérimentées.
V. — Les citoyens instruits, qui sont en situation d'exercer une influence salutaire sur les autres électeurs, doivent leur communiquer leurs lumières, tout en respectant la liberté de chacun.
Le sufî'rage universel, pratiqué avec intelligence et honnêteté, est la condition la plus efficace du progrès politique et social.
Ouvrages à consulter :
Marion, Leçons de morale, (30" leçon.) Massy (Madame h.), É</wca^ion morale. et civique des jeunes filles, Hanriot, Vive la France!
A, BuRDEAU, Devoir et Patrie, (2« partie,^. XIV.)