IV.— DEVOIR d'intégrité
Une autre vertu nécessaire aux gouvernants, c'est la
plus entière intégrité. Nous n'entendons pas par là qu'ils devront s'abstenir soit d'abuser de leur éminente position pour arrondir leur fortune personnelle, soit de divulguer, sous quelque prétexte que ce soit, des secrets qui intéressent le bien de l'État. Gela est trop clair et n'a pas besoin d'être dit. L'intégrité dont il s'agit ici consiste, pour les gouvernants, à être inaccessibles à la faveur et à l'intrigue, à se régler, pour le choix et l'avancement des fonctionnaires qui dépendent d'eux, uniquement sur le mérite et les services rendus. Quelle que soit la tentation d'être utile à des parents, à des amis, de faire la carrière d'un frère ou d'un fds, un ministre vraiment intègre saura y résister. L'intégrité parfaite va plus loin; elle se met en garde contre une disposition, qui se manifeste parfois chez les puissants, à tenir systématiquement à l'écart ceux qui leur sont le plus chers, et à les traiter, pour éviter jusqu'aux apparences de favoritisme, plus injustement que ne le feraient des étrangers. C'est ce que Pascal appelle quelque part être injuste à contre-biais ^ pour ne pas tomber dans V amour-propre \ Un ministre vraiment intègre ne commettra pas de ces injustices raffinées et s'il croit devoir élever quelqu'un des siens, peu soucieux de ce qu'on en pourra dire, préoccupé seulement dans son choix de l'utilité publique, il le fera^
1. L'amour-propre est pris ici pour l'amour de soi-même et des siens. La phrase de Pascal est : « Il n'est pas permis au plus équitable homme du monde d'être juge en sa cause; j'en sais qui, pour ne pas tomber dans cet amour-propre, ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen le plus sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents. ».