‹ De l'educationChapitre 153 sur 178 · V. — LE SAGE · texte numérisé non relu

V. — LE SAGE

L'homme dont toutes les facultés sont ainsi portées ,au maximum d'énergie et dirigées dans le déploiement de leur activité par l'idée du devoir, est un sage. Sa sensibilité, vive et délicate, s'attache d'un amour ardent, mais non déréglé, à tous les objets des affections légitimes; son intelligence n'est étrangère à aucune des

grandes vérités scientifiques et morales, et ce qu'il pense, il le pense par lui-même, comme il convient à un esprit qui a souci de sa dignité. Il est épris du beau sous toutes ses formes ; les spectacles de la nature ont pour lui des charmes inépuisables; dans la littérature et dans l'art, ce qu'il goûte par-dessus tout, c'est ce qui purifie et élève l'âme, la poésie d'un Corneille, d'un Racine, d'un Lamartine, d'un Hugo; l'éloquence d'un Bossuet, les madones de Raphaël, l'austère génie de Michel-Ange, les mélodies divines de Mozart, la mâle tristesse de Beethoven. Sa volonté enfin, souveraine des passions, va d'un pas égal et sans effort vers le bien, et n'est plus que justice, charité, vertu. Sans doute un tel idéal de sagesse ne se peut que difficilement réaliser ; mais il y faut tendre toujours et se persuader, selon le mot d'un ancien, que rien n'est fait, tant qu'il reste quelque chose à faire.

RÉSUMÉ

I. — Ce qui a été dit des facultés précédentes pourl ï*ait se répéter à propos de l'attention, de la réflexion, du jugement, du raisonnement, et en général de toutes les opérations de l'esprit : 4" il faut constamment les perfectionner par l'exercice; 2° il faut les appliquer à des objets qui le méritent.

L'âme humaine, ses destinées, les grandes questions

de l'ordre moral et. religieux seront surtout l'objet de nos méditations.

IL — Si la volonté intervient efficacement dans la culture des autres facultés, à plus forte raison est-il important de la développer elle-même. L'éducation de la volonté se fera principalement à l'époque de la vie où le caractère se forme, c'est-à-dire pendant l'enfance et l'adolescence. Les parents et les maîtres combattront chez l'enfant les passions basses et égoïstes, ils empêcheront la formation des mauvaises habitudes; ils feront, au contraire, contracter les habitudes de là tempérance et du travail, conditions essentielles de bonheur et de dignité. .

IIL — Certains moralistes conseillent les privations volontaires, et beaucoup de réserve dans la satisfaction des besoins physiques. Il y a là, en effet, une excellente discipline de la volonté; mais il faut éviter d'affaiblir le corps.

Il est bon aussi d'ordonner la vie au point de vue des repas, du travail, des récréations, du sommeil, etc., et d'exercer la volonté à observer scrupuleusement et constamment les règles qu'elle s'est tracées.

IV. — La formation des bonnes habitudes, en diminuant et en supprimant même l'effort nécessaire, dans les commencements, à l'accomplissement. du bien, ne rend point inutile l'intervention constante de la volonté, qui aura toujours matière à s'exercer. L'affranchissement de Tâm.e et son progrès dans la voie de La j^erfection est d'ailleurs la récompense de la volonté forte et persévérante.

V. — L'homme dont toutes les facultés sont ainsi portées au maximum d'énergie, et orientées vers Tidée du bien moral, est un sage.

Ouvrages à consulter :

Jules Simon, Le Devoir. (4^ partie, ch. v.) Gréard. Education et instruction. Enseignement secondaire, t. IL L'esprit de discipline dans l'éducation, § IIL L. Carrau, La Morale utilitaire. (2'' partie, 1. 1, ch. vu.)

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