De la superstition
La loi protège en France l'exercice des cultes qui ne sont pas contraires à l'ordre public et aux bonnes mœurs; et le fidèle qui ne pratique pas son culte par respect humain ou tout autre motif, manque de sincérité envers soi-même et viole l'un des devoirs qu'il croit avoir envers Dieu.
m. — LA PRIÈRE
L'un des actes les plus importants du culte, à la fois intérieur et extérieur, est la prière. De tout temps et dans toutes les religions, les hommes ont prié la divinité. Mais la prière devient une offense si elle prétend faire de Dieu le complice ou le complaisant de nos passions et de nos désirs inférieurs. Lui demander la richesse, le gain d'un gros lot, un succès qu'on n'a pas mérité, est basse et coupable superstition. La prière devient cependant légitime et touchante quand par exemple elle jaillit du cœur d'une mère implorant Dieu pour le salut de son enfant : elle ne sollicite pas une suspension des lois universelles, un miracle qui dérangerait l'ordre du monde : elle est un cri d'angoisse, de confiance, un appel brûlant à la bonté suprême; elle donne la force d'espérer encore, et s'il le faut, de se résigner.
La prière la plus conforme à la véritable idée de la divinité est celle par laquelle l'homme religieux exprime son amour de la perfection morale, sa ferme intention d'y tendre de toutes ses forces. Elle est comme un élan de l'âme vers cette perfection même
et, par là, l'en rapproche. Elle n'est qu'une exaltation de la bonne volonté et comme un enthousiasme de vertu. Elle s'exauce d'elle-même, pourrait-on dire, puisque ce redoublement d'ardeur pour le bien est un nouveau progrès dans le bien.