III. — APPLICATION A L'ÉDUCATION DES PHINCIPES D E LA MORALE
Tels sont, à notre avis, les enseignements de la psychologie en matière d'éducation. Ceux de la morale, nous les avons, à vrai dire, présentés dans tout le cours de ce livre. Une morale pratique, qu'est-ce autre chose qu'une morale éducatrice? Répétons seulement cette vérité, banale à force d'être vraie, que les préceptes ne sont rien sans l'exemple. Parents, instituteurs, ne formeront des hommes vertueux que s'ils le sont euxmêmes. La contagion du bien est heureusement aussi puissante que celle du mal. L'honnête homme n'a pas besoin de discours pour persuader : ses actions, son attitude, son regard, je ne sais quel rayonnement qui vient de toute sa personne, suffisent pour éveiller ou fortifier dans les âmes qui l'entourent les semences de la vertu.
IV. — IMPORTANCE DE LA VEIITU POUR LAPROSPÉRITÉ ET LA FORCE DES NATIONS
Nous terminerons en rappelant une autre vérité]
banale aussi, mais en telles matières, nouveauté est mauvaise marque de vérité. N'oublions jamais que la prospérité et la grandeur des nations dépendent avant tout de la valeur morale des individus *î
On entend souvent dire aujourd'hui que la victoire
1. Cette thèse, qui est celle de Platon dans la République, a été développée d'une manière remarquable par le moraliste anglais Butler, qui s'exprime ainsi :
. « Dans un tel état (celui où les citoyens seraient tous vertueux) on ne saurait ce que c'est qu'une faction; mais les hommes qui auraient le plus de mérite prendraient naturellement la direction des affaires, qui leur serait volontairement abandonnée par les autres et qu'ils se partageraient entre eux sans envie. Chacun d'eux aurait dans le gouvernement la part à laquelle ses aptitudes le désigneraient particulièl'ement; les autres, qu'aucune capacité spéciale ne distingue..., s'estimeraient heureux de les avoir pour protecteurs et pour guidos. Les résolutions publiques seraient réellement le résultat de la sagesse collective de la communauté, et elles seraient consciencieusement exécu- (ées par la force réunie de tous. Quelques-uns contribueraient en (juclque matière à la prospérité générale, dans laquelle chacun goûterait les fruits de sa propre vertu. Et comme ils ignoreraient entre eux l'injustice, qu'elle ait pour instrument la fraude ou la violence, de )nème ils n'auraient pas à la craindre chez leurs voisins. Car la ruse et le faux intérêt personnel, les coalitions dans l'injustice, toujours pré- 4iaires et accompagnées de factions et de trahisons intestines, voilà ce qu'on trouvera d'un côté : folie enfantine, faiblesse véritable en face de la sagesse, du patriotisme, de l'union indissoluble, de la fidélité que l'on trouvera de l'autre côté : il suftit qu'on donne aux deux adversaires un nombre d'années sufàsant pour faire l'épreuve de leurs forces. Ajoutez l'influence qu'un tel royaume aurait sur la surface de la terre, surtout par l'exemple qu'il donnerait; ajoutez le respect dont il serait entouré. Il serait sans conteste supérieur à tous les autres qui tomberaient peu à peu sous sa domination; non par voie de violence injuste, mais autant par ce qu'on pourrait appeler conquête légitime que par ce que les autres royaumes se soumettraient volontairement à lui dans le cours des âges, et réclameraient l'un après l'autre sa protection, à mesure que leurs embarras les y forceraient. Le chef d'un tel Etat serait un monarque universel, d'une toute autre manière qu'aucun mortel ne l'a jamais été. »
:m MORALE PRATIQUE.
appartient à qui sait davantage et possède le plus de millions. Il n'en est ainsi qu'en apparence; ou plutôt science et richesses sont elles-mêmes des effets : c'est la volonté qui les crée. Pour aquérir la science, il faut ne pas être l'esclave des instincts inférieurs; le vrai savant est un héros à sa manière; hien-être, fortune, la vie même, il est prêt à tout sacrifier pour le but désintéressé qu'il poursuit. Kl quant à la richesse, croiton qu'elle soit le plus souvent la récompense du paresseux, du débauché, du prodigue, du commerçant ou de l'industriel sans probité? Le moyen le plus sûr de s'enrichir est encore d'être prévoyant, économe, scrupuleux en affaires, et tout cela, c'est de la vertu. Qu'un peuple ait reçu de la science le fusil le plus perfectionné, l'artillerie la plus meurtrière; que son budget s'enfle indéfiniment de milliards prélevés sur le travail national; il reste que ces fusils, ces canons seront maniés par des hommes, et si ces hommes n'ont pas l'âme virile, l'amour de la patrie, le culte des nobles sentiments, l'habitude du sacrifice, et cette soif d'idéal qui fait joyeusement renoncer à la vie pour le triomphe d'une grande cause, ils deviendront tôt ou tard la proie de voisins plus pauvres et moins bien armés. L'égoïsme leur rendra impossible toute action commune; la bassesse des caractères, même en l'absence de dangers extérieurs, dissoudra parmi eux tout esprit public, et les livrera tour à tour aux suprêmes hontes de la dictature et de l'anarchie. Nous ne voulons certes pas dire, comme les sophistes combattus par Platon, que le plus fort soit toujours et nécessairement le meilleur; noui
repoussons cette immorale philosophie de l'histoire qui prétend justifier tout succès par cela seul qu'il est le succès; mais nous pensons que la moralité aussi est une force, et même que l'empire du monde doit, de plus en plus, lui appartenir. Cette force, ennemie de toute violence, il dépend de chacun de nous de la créer en soi-même, et par elle, de préparer le règne définitif de la justice et du droit, a La vertu, disait Montesquieu, est le principe du gouvernement républicain; » nous dirions volontiers qu'elle est le principe de toute société ; mais il est vrai qu'entre des citoyens tous libres et tous égaux, la vertu est, plus que partout ailleurs, néces- V saire pour assurer cette harmonie des volontés, ce con- ^ cours des énergies, cette fraternelle union des cœurs qui font un peuple invincible.
RÉSUMÉ
I. — L'observation psychologique est nécessaire à l'éducation; mais la pédagogie ne peut pas se ramener à une série de formules abstraites et elle sera toujours un art plutôt qu'une science.
lï. — Néanmoins il est un ordre selon lequel s'épanouissent les pouvoirs de l'esprit, et qui s'impose à l'éducateur. Il devra exercer d'abord les sens de l'enfant, cultiver ensuite son imagination et sa mémoire, et ne s'adresser que plus tard aux facultés d'abstraction et de généralisation.
III. — L'application des principes de la morale à l'éducation n'est autre chose que l'enseignement de la morale pratique. Importance de l'exemple pour former l'enfant à la vertu.
IV. — La moralité est la condition essentielle de la prospérité et de la force des nations.
Ouvrages à consulter :
Gréard, Éducation et Instruction. Enseignement primaire : l'École, § IX. Les résultats, § V. ,Conclusion. — Enseignement secondaire, la question des programmes, conclusion, § II. — ïJesprit de discipline dans V éducation, § V.
Paul Janet, La morale.
BuRDEAU, Devoir et Patrie.
Marion, Leçons de morale.
H. Spencer, Essai sur VÉducation.
Franck, La Morale pour tous.
E. Legouvé, Les Pères et les Enfants au XIX'' siècle.
CoMPAYRÉ, Histoire des théories sur l'éducation en France depuis le XVP siècle.
bibliographip: