I. — FONDEMENT DU DROIT DE PROPRIÉTÉ
Si la vie humaine est respeclable par elle-même^ elle l'est aussi dans les moyens sans lesquels elle ne pourrait subsister. Parmi ces moyens, l'un des plus nécessaires est la propriété. Sans la possession de certains objets, aliments, abri, vêtements, instruments de travail, ou sans l'argent qui, dans nos sociétés procure tout cela, l'homme mourrait de misère et de faim. Le vol est donc, dans une certaine mesure, un attentat à la vie de nos semblables.
Il est encore et surtout un attentat à leur personne morale. Cell'e-ci, en effet, se manifeste essentiellement parce genre d'activité qu'on appelle le travail. Quand, à l'origine, la terre n'était pas partagée, celui qui le
premier en a défriché un petit coin, et y a semé quelques graines pour se nourrir plus tard de sa récolte, était évidemment le légitime possesseur de ce que son travail avait ainsi produit. Il avait rendu siens ce <îhamp, cette moisson, qui n'appartenaient à personne; il les avait rendus siens, parce que la terre avait comme reçu son empreinte; elle avait changé d'aspect et de valeur; de stérile, par l'effort de cette activité réfléchie et persévérante qui est l'homme moral lui-même, elle était devenue fertile et nourricière. Et quant à la moisson, elle était bien plus sienne encore, puisque sans lui elle n'eût jamais existé.
Ce que l'homme produit par son travail, est donc quelque chose de son activité libre, est de lui, par suite est à lui. Le droit de la propriété a ainsi son fondement dans le respect dû à la personne humaine et à toutes ses manifestations légitimes : comme elles, il est moralement inviolable.