VI. — LA POLITESSE
Un hommage délicat rendu à la solidarité humaine, c'est la politesse, « qualité, dit M. LegouvéS qui tient au cœur par la bienveillance, à l'esprit par le tact, au corps par la grâce, et qui prend tour à tour, selon les circonstances, les noms variés et toujours charmants d'urbanité, d'affabilité, de courtoisie, de déférence et de respect ». Par elle, en effet, la société devient une source toujours renouvelée de jouissances, en forçant chacun à sacrifier quelque chose de son égoïsme, en lui inspirant la crainte de froisser, si peu que ce soit, ses semblables, le désir de leur plaire et de les charmer. Elle apprend, dit encore M. Legouvé, «àtenir compte, dans les relations sociales, de l'âge, du sexe et du rang; à écouter patiemment l'opinion d'autrui, et à attendre plus patiemment encore le moment de produire la sienne; à pousser la crainte d'offenser jusqu'à l'héroïsme en sachant supporter même un ennuyeux, et le désir d'être agréable jusqu'à la charité en dissimulant les
I vérités pénibles sous une forme qui les adoucisse )>. Elle a tout son prix quand elle est naturelle, qu'elle vient d'un sincère amour du prochain, d'un sentiment profond de ce qui est dû, surtout chez les plus humbles,
h à la dignité de la personne humaine.
i. Les Pères et les Enfants au XW siècle (Enfance et adolescence): la politesse aristocratique et démocratique.
RÉSUMÉ
T. — La jwsh'ce est l'obligation de respecter la personne et tous ses droits. Elle a pour formule la ^'ameuse maxime : « Ne faites pas à autrui ce que vous aie voudriez pas qu'on vous fît à vous-même. »
La justice doit être complétée par la bienveillance.
IL — La bienveillance est une disposition à aimer fàes semblables et à vouloir leur faire du bien.
Quand la bienveillance se mêle à la stricte justice, 'celle-ci devient Véquité.
C'est être équitable que de tenir compte dans les jugements des circonstances qui peuvent atténuer une faute; que d'accorder des délais à un débiteur pour ses payements, afin d'éviter à lui et à sa famille la ruine et le désespoir.
Celui qui a été l'objet de la bienveillance d'autrui, doit en retour de la reconnaissance.
ÏÏL — La reconnaissance, de même que l'équité, «st une justice accompagnée d'amour, ou encore le payement par le cœur d'une dette de cœur. Elle est 4'abord un sentiment; mais elle devra aussi, à l'occasion, se manifester par des actes.
Seulement on ne s'acquitte pas de la reconnaissance jcomme des autres dettes : elle survit môme à la restitution des bienfaits reçus. Elle suppose la bienfaisance ei la charité.
IV. — hdi hienfakance est l'habitude de faire du bien à autrui. La charilé est l'amour du prochain. qui donne la volonté et la force de pratiquer la bienfaisance..On ne saurait être bienfaisant sans être chari-. table et réciproquement.
• La bienfaisance est active, ingénieuse, persévérante, infatigable; elle est délicate dans ses procédés et ménage l'amour-propre du pauvre; elle console en compatissant avec ceux qui souffrent et pleurent.
V. — Le principe des devoirs de charité est la solidarilé humaine. Les hommes sont liés les uns aux autres par une communauté d'origine, de nature, d'intérêts, de destinées. Contribuer au bonheur d'autrui, c'est travailler à son propre bonheur, c'est réaliser le progrès. Le progrès est la diminution du mal phy- .sique, comme de l'ignorance et du vice.
-YL — L'amour du prochain et le respect de la dignité humaine engendrent aussi \3. politesse, qualité précieuse, qui réprime les tendances égoïstes, rend les relations agréables, et contribue à faire régner la paix parmi les hommes.
Ouvrages à consulter :
Jules Simon, Le Devoir. (3^ part.) V. Cousin, Justice et Charité.
Franck, Philosophie -du droit civil, (Ch. i.) Beaussihe, Principes du droit. (L. I, ch. i.) P. Janet, La Philjsophie du bonheur.