‹ De l'éducationChapitre 119 sur 245 · ACTE I. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE III

peignant mes malheurs et en obtenir quelques secours.

JEANNETTE

£h quoi! ma ntère, tous n’avez pas réussi?

LA VIEILLE

Hélas! non; j’ai fait une courst inutile, et je n’en ai retiré qu’une fatigue au - lessus de mes forces.

JEANNETTE

Et quels sont donc ceux qui ort le cœur assez dur pour n’être pas attendris à la vue de la vieillesse , forcée de demander un pain qu’elle ne peut plus gagner!

LA VIEILLE

Je ne puis même me plaindre de ce nouvel habitant. Je ne le connais pas. Peut-être aurait-il été touché du récit de mes infortunes peut-être aurait-il remarqué dans ma manière de m’exprimer et de peindre mes malheurs, que mon éducation avait été au-dessus de mon état présent. Mais je n’ai pu parvenir jusqu’à lui : un domestique , nonchalamment appuyé sur la grille, a jugé ma misère à mes vêtemens et m’a forcée de m’éloigner en m’adressant les propos les plus durs.

JEANNETTE

Ah ! ma mère, vous avez supporté ces outrages ! Le ciel devait-il vous y exposer ?

LA VIEILLE

Hélas ! mon 111s, lui ai-je dit, respectez mes cheveux blancs; peut-être un jour serez-vous ainsi que moi livré au besoin. J’ai passé les beaux jours de ma jeunesse sous les toits que vous voyez au bout de la vallée, c’était mon bien paternel, de riches moissons remplissaient nos granges ; aujourd’hui vous voyez mon infortune , il ne me reste plus que de douloureux souvenirs. Le malheur gagna notre paisible cemeure, nos troupeaux furent frappés de mortalité , nos blés se gâtèrent , mon mari mourut de chagrin, il me laissa seule dans le monde avec la douleur et la pauvreté. Craignez donc , jeune homme , que votre vieillesse ne ressemble à la mienne, et n’offensez jamais les infortunés qui s’adressent h vous.

JEANNETTE

Ah ! c’était dtjà trop pour vous d’avoir eu à supporter les insultes d’un homme aussi inhumain

Ne sortez plus ^amais de votre triste mais paisible demeure; laisses- nous ma sœur et moi supporter seules tous les malheurs attachés â notre état; nous travaillerons poir vous faire subsister.

LA VIEILLE

Vous êtes encore trop faibles pour y parvenir; mais nos anciens amis ne nous abandonneront pas, et je ne veux plus même à l’avenir. Jeannette, que vous alliez chez les fermiers recueillir ce qu’ils veu-

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