‹ De l'éducationChapitre 121 sur 245 · ACTE 1. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1. SCÈNE III

LA VIEILLE

Sans expérience , et me faisant un secret de cette funeste intrigue , pouvait-elle éviter les pièges que l’on tendit à son innocence ? Enlevée au toit paisible où elle eût conservé le bonheur au milieu de l’indigence , elle fut livrée à tous les plaisirs dangereux de la capitale. Tant que sa jeunesse et sa beauté se conservèrent, votre père vécut près d’elle : j’ea avais indirectement des nouvelles, mais je m’étais promis de ne jamais la revoir.

JEANNETTE

<5uel châtiment ! et que ne doit-on pas faire pour l’éviter ?

LA VIEILLE

Il me fut impossible cependant de ne pas oublier ses torts, au moment fatal où je reçus un billet; conçu en ces termes. « O ma mère ! soyez indulgente. » Venez recevoir les derniers soupirs d’une fille « coupable mais punie ; je suis trahie, abandonnée, » livrée k la misère et au mépris universel ; venez , » votre pardon généreux peut seul calmer un cœur « déchiré par le repentir et les remords. » Je partis k l’instant , j’arrivai k l’adresse indiquée. Je trouvai couchée sur un grabat une femme expirante dont je reconnus k peine le son de voix : elle se ranima aussitôt qu’elle m’aperçut, et, se reposant k chaque mot , eut le temps de me dire quelle me priait de me charger de deux innocentes créatures qui devaient le jour k ses malheurs ; elle me remit un papier sur

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lequel vos noms étaient tracés avec une date... Et bientôt après elle expira dans mes bras.

Ab ! malgré les égaremens qu’on peut lui reprocher , son souvenir fera toujours couler mes pleurs.

LA VIEILLE

Je vous retrouvai , ma fille , ainsi que ma jobe petite Lise , dans un hospice où sont déposés comme vous l’étiez un grand nombre de petits infortunés privés des caresses maternelles... Je n’avais rien à vous offrir que ma tendresse et mes soins; je les crus préférables à ce funeste abandon , et je vous apportai l’une et fautre dans ma chaumière.

JEANNETTE

Ah ! ma bonne maman , que cette histoire est touchante ! combien des malheurs aussi funestes doivent garantir des pièges de la séduction ! Pour jamais je détesterai toute idée de coquetterie , puisqu’elle peut amener de si cruels événemens.

LA VIEILLE

Entretenez ces dispositions dans votre esprit, ma fille : je ne suis point superstitieuse ; mais il existe entre vous et l’infortunée qui vous a donné le jour une ressemblance à la fois douce et alarmante pour mon cœur.

JEANNETTE

Vous me dites souvent aussi , ma bonne maman ,

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