‹ De l'éducationChapitre 14 sur 245 · MONIQUE · texte numérisé non relu

MONIQUE

Vous vous en êtes souvenue; quel prix cela donne au bouquet !

' AGI.AÉ.

En voyant tous les grands hôtels du boulevart , je l’cgardais tous ces volets fermés ; le soleil était superbe, l’air pur et serein , les oiseaux se faisaient entendre, et je pensais que toutes ces belles dames, pour lesquelles nous travaillons , avaient encore les yeux fermés , et qu’il n’existait , pour éclairer leurs superbes chambres, qu’une petite bougie de nuit. Ah ! bon Dieu ! quelles sont à plaindre ! Si j’étais à leur place , comme je parcourrais de bonne heure ces terrasses charmantes, ces jolis bosquets qui environnent leurs demeures !

DK FURVILT.V,.

Vos goûts changeraient avec votre situation.

•iü L-VÉ.

Je ne le crois pas, madame : j’ai formé mes idées sur le seul bonheur dont je puisse jouir dans mon état présent , et souvent, dans ces petits rêves de l’imagi» nation dont la sagesse ne peut pas garantir , j’ai senti qu’avec des richesses je chercherais mon bonheui- dans

LES DEUX ÉDUCATIONS

une infinité de jouissances qui me paraissent trop inconnues aux gens riches.

M“'. DE FU R VILLE, i madame LeW«c.

Elle est charmante. — Votre aiguille est votre unique occupation, mademoiselle ?

AGLAÊ.

Elle est la principale, puisqu’elle doit fournir à mon entretien et à celui de mes sœurs; mais j’écris tous les soii’s à mon père bien régulièrement.

M*'. DE FÜRVILLE.

Quoi ! une lettre par jour ?

AOLAÉ.

Oh ! non ; mais une par semaine , écrite en forme de journal , et cela tous les soirs avant de me coucher,

Sans y manquer?

AGLAÊ

Oui , madame ; tandis que ce oV.m père expose ses jours pour la gloire, pour son prince et pour l’Etat, ne devons-nous pas tenir son esprit tranquille sur ce qui se passe dans son ménage ; lui faire voir que celle que nous regretterons toujours avec lui y est remplacée autant qu’il est en notre pouvoir ; que le soir, avant de nous coucher, nous lui rendons un compte exact de l’emploi de notre journée, et que nous ne nous livrons au sommeil qu’après avoir prié

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