ACTE II. SCÈNE VI
heur aussi inattendu ne sera-t-il pas au-dessus de mes forces?
M"'. DE MORINCOÜRT
Osons l’espérer. Les impressions d’une joie aussi pure n’amèneront pas des suites affligeantes, et je ne puis me reprocher un élan que je n’ai pu contenir.
LA VIEILLE
Quoi, c’est vous, Rosalie! Je revois ces traits charmans , cette créature vraiment céleste , après avoir versé pendant dix-sept ans des larmes sur sa fm tragique.
M"*. DE MORINCOORT.
Erreurs funestes qu’amènent de si grands éloignemens ! J’ai moi-même cru que je ne possédais plus cette tendre mère dont le souvenir se retraçait sans cesse à ma pensée. Mes filles, embrassez celle dont les jours vont vous être si précieux.
LA VIEILLE
Quels momens enchanteurs viennent succéder k tant” d’années douloureuses ! Quelle charmante famille m’environne en cet instant !
M“'. DE MORINCOÜRT.
Ce sont les filles de M. de Morincourt. Notre voyage sur mer fut long et périlleux , mon amie ne put en soutenir les trop grandes fatigues, et n’arriva pas même jusqu’à la colonie. Son époux devenu veuf, après avoir versé de justes larmes sur une perte
aussi cruelle, m’ofirit sa main et sa fortune. Nous vécûmes quinze ans clans la plus étroite union , mais sa mort vint rompre un nœud si doux. Toujours attachée à ma patrie, j’ai vendu mes habitations, et, croyant ne plus posséder un seul parent dans cette partie de la France, je nen désirais pas moins y faire quelque acquisition.... Mais dans quel état je vous retrouve , et qu’il est déchirant pour mon cœur d’avoir joui si long-temps de tous les avantages de la fortune, quand ma mère...
LA VIEILLE
N’allez pas troubler la douceur du moment présent par d’inutiles regrets. Mon existence , pénible sans doute, ne fut point honteuse. J’ai dû les premiers besoins de la vie à la bienveillance des habitans de la vallée , et , mes malheurs n’étant point mon ouvrage, je n’ai jamais rougi en recevant ce que leur pitié accordait à ma misère... Embrassez à votre tour les tilles de l’infortunée Lucette ; je vous raconterai sa fin déplorable. Ses intéressans enfans mériteront vos bienfaits et l’amitié de leurs cousines. La difiérence qui' existe dans leur extérieur disparaîtra à leurs yeux lorsqu’elles auront pu distinguer et connaître le développement et la justesse de leurs idées.
M"* DE MORINCOL’RT.
Nous a vous déjà été à portée d’apprécier les grâces ingénues de la plus jeune , et par elle je sais que , dès cet instant, je puis porter la joie la plus vive dans