‹ De l'éducationChapitre 169 sur 245 · ACTE I. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE V

nesse ne peut manquer de m’intéresser vivement. J* évitai toujours avec soin de pénétrer les secrets des familles ; mais il est des circonstances où le devoir bien entendu ne laisse pas balancer entre des principes sages et la nécessité de recevoir des confidences , surtout lorsqu’on peut soulager un cœur affligé , le soutenir dans les principes de la vertu.

ARABELI.A.

Quil m’est pénible d’avoir à vous dévoiler les torts dont ma tante s’est rendue coupable parle seul effet de la vanité ! Mais , si je me taisais , je deviendrais peut-être criminelle moi-même ; et , sans appui , je n’aurais pas la force nécessaire pour résister h la fois à son pouvoir et au penchant de mon cœur.

M”'. MORTON

Pauvre Arabella ! je vois les peines de votre âme , je sens que vous éprouvez des combats violens; mais comptez sur ma tendresse, sur ma discrétion.

ARABEI.LA.

Ah! puis-je en douter? Mais combien il m’en coûte d’enlever à ma bienfaitrice un bien précieux , l’estime d’un cœur pur et d’un esprit éclairé! Vous connaissez les bontés de ma tante pour moi ; depuis huit ans, ma mère me remit entre ses mains, et renonça aux plus douces jouissances pour me faire profiter des avantages d’une éducation distinguée : ma tante voyagea plusieurs fois dans différentes parties de l’Europe, resta long-temps à parcourir ses

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ARABELLA

terres tVÉcosse et d’Irlande, et je passai plusieurs années près de vous. Heureuse époque de ma vie'! j’en jouissais sans en connaître tous les avantages ! Lorsque ma Unte me fit paraître dans le monde , ma jeunesse et mes talens y furent généralement accueillis. Elle forma le projet de m’allier à une des plus grandes maisons de l’Angleterre; mais il fallut me supposer une origine illustre , et je suis fille d’une simple propriétaire, faisant valoir elle-même un bien suffisant h son existence. Je ne puis vous dire par quels moyens ma tante rassembla toutes les pièces nécessaires pour prouver que je tenais le jour d’un lord Goldenall , mort dans l’Inde au service du roi. Vous le savez, une fortune immense aplanit tous les obstacles. Ces démarches furent faites sans m’être communiquées. Je reçus, il y a un mois, la défense décrire à ma mère et à mes anciennes amies; mais, depuis cette époque, ma tante s’efforce vainement de me faire apprécier tous les avantages dont sa tendresse veut me faire jouir.

M“'. MORTON

Peut-être votre mère a-t-elle eu part...

Non; je connais ma mère, elle ne cousentira jamais à perdre les droits les plus chers à son cœur. Ma tante se flatte vainement d’y parvenir; elle a envoyé près d’elle un chevalier Macfield , Irlandais attaché à sa maison , vil complaisant , confident de tousses secrets; mais, depuis son départ, on n’a

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