ACTE II. SCÈNE VIII
être bien intéressans à suivre : et, je l’avoue, le tendre intérêt qu’elle m’inspire ajoute au plaisir que je goûte à connaître le séjour de son enfance. Je veux aussi féliciter son institutrice d’avoir rencontré un jeune cœur aussi digne de ses leçons et de ses conseils : c’est sûrement la plus douce jouissance de son état, mais nos complimens sur le succès complet de cette éducation sont un hommage que nous lui devons.
LADY GOLDENALL.
Pour moi , j’aurais peu de choses obligeantes à lui dire dans un moment où ma nièce, manquant à toutes les convenances , ose braver mes ordres , et vous montre , milady, si peu d’empressement de se réunir à vous.
LADY LISDSEY.
Je suis affligée qu’Arabella n’ait pas jugé que , sous aucun prétexte, elle ne devait vous désobéir; mais permettez-moi , milady, de vous représenter que depuis trois semaines notre parole lui était donnée de la laisser paisiblement ici pendant plusieurs jours ; que sa santé même annonçait le besoin qu’elle avait de respirer l’air de la campagne , et que le motif de son refus , fait pour toucher le cœur de mon fils , ne peut manquer d’avoir mon aveu.
LADY GOLDENALL.
Je rends justice comme vous , milady, à plusieurs qualités de ma nièce, elle en a d’estimables. Vous savez que je la comble de bienfaits, mais elle est
ARABELLA
loin d’être telle que je désirerais ; il y a une teinte romanesque dans son éducation dont j’accuse entièrement l’institutrice : ce dégoût pour les fêtes , ce dédain pour la parure, cet amour ridicule du travail , tout cela n’est point de l’àge d’Arabella. Et, je le crains vivement, loin de m’être assuré une amie , une compagne dont je puisse justement m’enorgueillir , vous la verrez s’enfermer dans son ménage , s’occuper uniquement de ses enfans , fuir le grand monde, où je fais tant de sacrifices pour la placer, peut-être même se claquemurer dans une de ses terres. Vous conviendrez, madame, que cette perspective est bien faite....
LADY L INUSE Y', iulcrrumpaat lady Goldsoall.
Pour charmer mon fils, s’il pouvait entendre le récit de vos craintes.