‹ De l'éducationChapitre 19 sur 245 · ACTE 1. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1. SCÈNE I

sirs honnêtes. Si vous n’avez nulle idée de l’histoire ancienne, comment pouvez -vous trouver quelque intérêt à entendre la plus grande partie des sublimes tragédies de Shakspeare ?

CLARJCK.

C’est encore raisonner , ma docte cousine , comme une jeune fille de la Cité. Eh ! qui va donc aujourd’hui admirer les tragédies de votre Shakspeare? Le grand opéra italien est le rendez-vous de tous les gens du bon air ; et comme on peut fort bien ignorer la langue italienne , on est quitte de rendre un compte exact du sujet ; d’ailleurs on a bien assez à dire sur les ballets de Noverre et sur la danse de Vestris.

SOPHIE

Il est impossible de mieux défendre la cause de l’ignorance , et vous la rendez très-aimable. Cependant, Clarice, vous ne vous éloignerez nullement des idées qui nous sont communiquées par notre excellente maman : il est difficile de rencontrer une femme plus instruite, une mère plus tendre. L’intérieur de sa maison fait le charme et l’admiration de tous ceux qui y sont admis. Son goût pour la lecture et les talens ne nuit en rien aux occupations de son ménage. Scs gens , et tous les habitans du village, la regardent comme une mère et une bienfaitrice. Elle est chère à tous ses amis , adorée par ses enfans ; une pareille existence dahs le monde est bien faite pour nous donner le plus vif désir de l’imiter, et de suivre en tous ses avis.

LA FAMILLE DAWENPORT.

ANNA

Il est possible d’appeler cela le bonheur, quand on ne connaît pas d’autre manière d’exister; mais pour nous , mes chères cousines , malgré le plaisir que nous avons eu de vous voir , quinze jours de plus passés dans cette retraite nous donneraient le spleen le plus affreux.

CL ARICE.

Le spleen! Tu me donnes, Anna, une idée charmante : j’ai envie de m’en plaindre à mon retour à Londres. ( Bas en se penchant vers sa sœur. ) H y a bien de quoi assurément. Le bon docteur Smith conseillera à milord duc de nous envoyer faire un tour en France : cela serait charmant d’avoir une occasion d’aller à Paris. Il y a un certain ballet de Psyché dont les demoiselles Turnhill nous ont fait un tel récit, que le plaisir de le voir vaut bien quelques mois de tisanes et de potions, qui sûrement nous seront prodiguées avant de consentir à notre voyage.

ANNA

Ah ! je regrette à présent le soin que nous avons pris de nous mettre à l’abri de la cruelle leçon de sphère de l’après-midi. Il y avait de quoi assurer tous les moyens de faire réussir notre plan ; car, à mon retour , mon visage aurait paru si pâle , et mes yeux si battus , que l’alarme aurait été générale dans la famille.

CAROLINE

Eh ! qu’avez-vous donc fait pour empêcher maman

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