ACTE I. SCÈNE I
de nous donner cette leçon ? Lia sphère est dans voti’e chambre , vous l’avez demandée hier pour faire une répétition des différens noms des cercles.
ANNA
Oui, une répétition de danse, et je vous assure que le soleil y a joliment figuré. Il faut vous l’avouer, mes chères cousines , nous avons tout risqué pour nous mettre à l’abri d’un tel ennui ; et de notre fenêti-e , nous avons lancé la superbe machine avec tant de violence , qu’elle s’est brisée en morceaux ; mais le soleil a été charmant, car c’était à midi , par le plus beau temps du monde, et il jetait un feu superbe, en roulant jusqu’au fossé où U s’est précipité et a disparu à nos yeux , en nous donnant la douce certitude que nous ne serons pas excédées ce soir par toutes les belles définitions qui nous ont tenues deux mortelles heures avant-hier.
SOPHIE
Mais , Anna , maman sera bien mécontente. Cette sphère a été achetée dernièrement deux guinées h Londres.
ANNA
Deux guinées ! voilà une jolie somme et un grand malheur , assurément. J" emploierai volontiers les dix guinées que papa me donne par mois pour vous en envoyer une autre , mais quand je serai à soixante milles d’ici.
CAROLINE
Assurément, vous aurez sur ce point des représentations sévères de la part de maman, et je doute
LA FAMILLE DAWENPORT.
que mon oncle , à son retour , soit disposé à rire d’un tour aussi charmant.
SOPllIR, r«(cvant les callicrs.
Je crois , mes chères cousines , que demain nous n’aurons pas besoin de préparer vos cahiers.
ANNA
Ah '.vous pouvez vous en dispenser, nous ne sommes pas venues à la campagne pour y travailler.... Clarice, donne-moi le bras; le soleil est un peu ardent, mais nous gagnerons un berceau qui est au bout de la terrasse. Hier, à la même heure, j’ai vu passer deux wiskis fort élégans, et plusieurs cavaliers assez bien tournés. C’est le seul plaisir que j’aie eu depuis que nous sommes ici : nous aurons peut-être la môme chance aujourd’hui. Dieu ! que je plains les jeunes filles confinées au fond d’une terre !