‹ De l'éducationChapitre 58 sur 245 · ACTE I. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE II

un peu cette monotonie qui me suit ; je vois d’après votre récit que je puis en espérer ce que j’ai le droit d’en attendre, et notre conversation se terminera sur ce point. Mais , dites-moi avec sincérité , obtenezvous sa confiance , vous rend-elle dépositaire de ses petits secrets? Vous parle-t-elle de son attachement enfantin pour les lieux qui l’ont vue naître , de ses regrets sur la perte quelle a faite de ceux qu’elle appelle pompeusement les auteurs de ses jours , et qui ne méritent de sa part aucun tendre souvenir? Cette petite fille est, depuis quelque temps surtout, livrée ;'i une mélancolie dont il faut la défaire. Sent-elle enfin tout le prix de mes bontés? Orpheline, ruinée par des parens dissipateurs et méprisables, saitelle apprécier le bonheur de retrouver par mes soins et mon adoption une fortune brillante ? La voyez-vous se livrer quelquefois à la gaieté et aux jeux de ses compagnes, et sortir d’un état de tristesse qui ferait le tourment de ma vie ; car chez moi je veux que tout soit doux, soumis, mais animé, riant, spirituel ; on m’a même conseillé de ne m’environner que d’objets faits pour me retirer de certaines dispositions vaporeuses qui sans cela influeraient sur ma santé.

MISTRtSS TÉACHÜM.

Cécilia , milady , est timide , silencieuse ; je me croirais indiscrète d’établir nos conversations sur des objets qui peuvent émouvoir sa sensibiliUî ; je la vois toujours pénétrée de vos bontés , et sans cber-

CÉCILIA

cher à esciter ses compagnes à des jeux bruyans , elle se livre volontiers aux amusemens de son âge.

LADY ARABELLA

Ce portrait est, je crois, trop flatteur; votre enthousiasme pour Cécilia pourrait vous rendre trop indulgente. Défiez-vous de cette modestie affectée ; les exemples de sa jeunesse ont dû être pernicieux , et , vous le savez , madame , ils influent plus qu’on ne le pense. Une mère coquette, écervelée, un père dissipateur , voilà ce qu’étaient ses parens. Une sensibilité généreuse , qui fait la base de mon caractère , me porte à laisser dans l’oubli les chagrins cruels qu’ils ont pu me donner; mais ils nourrissent en moi de justes craintes. Ne vous fiez donc pas , madame , à l’apparente candeur de cette jeune personne , surveillez toutes ses démarches ; je vous le répète , elle est née d’une mère qui ne me laisse aucune tranquillité sur ses dispositions naturelles.

MISTRESS TÉACIIUM.

Je ferai, milady , tout ce qui peut dépendre de moi pour vous satisfaire.

LADY ARABELLA

Personne n’en a plus que vous les moyens ; mais , je dois en convenir, ce n’est pas une chose trèsaisée. Je suis sévère en principes, j’exige beaucoup de la part des autres, et, malgré ma bonté naturelle , je suis vive , emportée ; et si j’avais à me plaindre de ma nièce , je la livrerais au malheur

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