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CHAPITRE XIX

Il faut un état.

Nous supposons qu'en terminant sa philosophie , un élève soit parvenu à sa dix-huitième année. U est temps alors de le fixer à un état particulier. Dès l'âge de quatorze ans, nous avons prévu divers moyens de faire prononcer son inclination pour un art, ou une science, il ne faut pas un aussi long intervalle pour la bieu connoitre. Que l'élève se livre donc maintenant à l'état qu'il se sera lui-même choisi. Peu importe qu'il soit le plus distingué, il suffit qu'il lui soit avantageux , utile à tous et qu'il l'exerce avec intelligence. 11 ne sagtt point de chercher à dispenser du travail, l'enfant d'un grand ou d'un riche, ni d'en faire un simple ouvrier. Je liens à l'inégalité des conditions , parce qu elle est le lien de la société et une source

(«94) constante d émulation pour l'industrie et pour 1 étude $ parce que ses résultats divers formept le bien général, mais je tiens aussi à ce que tous payent leur dette envers la patrie ; à ce que chacun apprenne et exerce un état. Si l'homme a droit aux égards et aux services des autres, il doit savoir leur rendre 1 équivalent dans quelque genre que ce soit.

Celui qui est entièrement inutile à la société, ne mérite pas d'en être mem»

bre, il n'est qu'un fardeau pour elle, quelque soit son rang et sa fortune. Mais s'il travaille, s'il est artiste, mécanicien, agriculteur, homme de robe ou d'épée; si dans un emploi quelconque il contribue à augmenter la somme des biens de la société: si même il verse ses riç liesses dans les canaux de l'industrie , alors il remplit son premier devoir so^ cial.

Que de grands motifs doivent porter l'homme au travail I Les choses, les personnes, les variétés des conditions, l'intérêt personnel, les mœurs, la religion , tout lui en impose la loi ; sa

santé même l'exige , car ses forces ne sont jamais plus stables que lorsqu'elles sont exercées modérément (i) : enfin dans la nature, tout invite -l'homme au travail. Les élémeiis , les sols , les métaux , les plantes , les animaux , demandent des soins , des procédés quelconques pour être employés à ses usages, a ses besoins, à ses plaisirs. C'est par l'active et bienfaisante industrie que tous /les corps et toutes les productions reçoivent une nouvelle vie et un nouveau prix.

A ces puissans motifs d'embrasser un état , il faut joindre les vicissitudes humaines. Du plus haut rang , ou de la plus brillante fortune , l'homme peut être précipité dans l'indigence, ou confondu parmi les classes inférieures de la société; une catastrophe, un revers , un simple accident, né souvent d'une très-

(i) Scilicet etmorbîsct debilitatecarcbls, Ktluctum et curant effugies , et tempora vit», Lou^a tibi post hmc fato meliore dabuutur.

Ter. SaUxir.

( «gfi )

petite cause, suffit pour renverser le pompeux édifice bâti par For, ou les intrigues. L'histoire en sema dans tous les temps des exemples à pleines mains.

Alors que deviendra un homme dépouillé de sa richesse ou de son haut rang, s'il n'a jamais été exercé dans un art, dans une science, dans un état quelconque? Devra-t il rester dans une profonde nullité ou se livrer au désespoir ? Si l'impérieuse nécessité le force au travail , combien sa peine sera grande et ses progrès lents et difficiles ! Le goût, ce grand maître des arts, n*enrichira jamais ses productions ; ses plus simples ouvrages mêmes , se ressentiront de la mollesse , de la contrainte , ou de la précipitation qui marche à la suite de la nécessité.

N'hésitons donc pas à donner un état à tous les jeunes gens, sans distinction. Leur intérêt particulier , d'accord €fn ce seul point avec l'intérêt général l'exige absolument. Mais quel état donner aux enfans des grands et des riches ? Doit-on leur en donner ex-

ctusivement , qui répondent à leur haut

rang ? Doit-on. les livrer uniquement aux sciences , ou aux arts libéraux , ou à l'art militaire ? Consultez encore pour eux l'inclination, ce sont toujours des hommes et ce qu'ils feront de mieux sera te que leur goût dictera. En vain les arrangemens ou la vanité des familles £*y opposeroieiit , si le goût est bien prononcé , tout y ramènera sans cesse , et si on employé l'autorité pour arracher un jeune homme à son inclination, on lui fait un mal difficile à réparer.

Il me semble cependant qu'il est u n art naturellement propre aux grands et aux riches; c'est celui qui est le plus utile et qu'ils peuvent exercer avec une décence convenable, par délassement du cabinet ou des exercices guerriers ; un art vers lequel on peut sans peine tourner l'inclination des enfans \ puisque dès leur première année, ils veulent généralement en essayer. Cet art est l'agriculture; il a cela de particulier qu'il est propre à entretenir la simplicité des mœurs, tout en prodiguant de solides

C -93 ) richesses. On n'a point vu d'hommes dans aucun temps , plus doux , plus moraux, plus bienfaisans que ces anciens patriarches dont l'unique emploi étoit l'agriculture. L'histoire ne nous en parle qu'avec admiration;, et de nos jours encore on reconnoît que les hommes livrés à l'agriculture , sont en générai plus simples dans leurs moeurs , et moins ambitieux que les autres.

Cet art fut d'ailleurs honoré dans, tous les temps parmi les divers peuples.

Les Egyptiens et les Grecs le révérèrent tellement qu'ils -crurent devoir en attribuer l'invention à des Dieux. Cyrus le jeune, plantoit lui-même les arbres de ses superbes jardins. Pline et Xénophon faisoient les éloges des grands hommes de leur temps qui signaloient leur amour pour l'agriculture (i).

On sait que les anciens Romains ne l'honorèrent pas moins que les Grecs,

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(1) On comptbil parmi eux, Uiéron Je Syracuse , Philopator de Perganje, Arclielaika de Macédoine, et autres.

( *99 ) § elle fut le premier mobile de la législation du fondateur de Rome, qui ne dédaigna point de se placer au rang des prêtres qu'il avoit institues en Thonneuf de l'agriculture- Après lui, la vénération publique pour cet art subsista long-temps elles champs deRomefurentsouventcultivés par les vainqueurs des peuples. Ce n'étoit point un goût particulier, ni un caprice ou une mode que cet amour de l'agriculture , les Roftiains le signaloient par tout; leur première monnaie, pecutiia à pecUy portoit l'empreinte d'un mouton ou d'un boeuf : les citoyens les plus distingués étôient ceux qui cornposoient les tribus rustiques, rusticce tribus. On punissoit les agriculteurs indolens ou prodigues, en les incorporant dans les tribus des . ailles. Les^ grands orateurs mêmes, étudioient l'agriculture.

Gaton en laissa un traité estimé, et Cicéron en fit publiquement Tappologie..

Rerum eoc quîbus aliquid ex quiritur 9 nihil est agricultura melius , nihil uberius, nihil dulchis , nihil homme libero dignius.

Et voyons parmi nous comme on a distingué l'agriculture. La noblesse , les grands capitaines s'y sont souvent exerces sans crainte de déroger à leurs dignités. Constantin étendit jusqu'aux animaux du labourage les privilèges qu'il avoit accordés à l'agriculture. Henri III , Charles IX , Henri IV , Louis XIII et Louis XIV confirmèrent et étendirent ces privilèges.

Certes un art qui joint à Futilité universelle, une vénération si antique, si générale , doit être recherché , étudié et pratiqué avec distinction. Les peuples modernes ont souvent admiré l'austérité , la simplicité , les vertus des Grecs et des Romains, il faut mieux faire, il faut les imiter dans ce qu'ils ont offert de bon et d'utile. Sachons comme eux attirer les enfans des grands et des riches vers l'agriculture , ne seroit-ce que comme un agréable exercice, qui ne pourroit jamais nuire aux progrès des autres arts ou des sciences, dont ils auroient l'inclination.

Je ne prétends point cependant, qu'ils

soient agriculteurs comme le paysan où le manoeuvre. Mais je dis qu'on doit les préparer à devenir les" chefs et les soutiens des agriculteurs. Ce sont eux qui doivent diriger f encourager, récompenser; faire multiplier ou varier les labours , hs engrais , les semences ; fournir de nouveaux sujets de culture , entreprendre de grandes et belles plantations, introduire dans les troupeaux des races choisies ; faciliter 1 écoulement des fruits et des denrées; employer enfin tous les bras oisifs pour qu'une partie de l'espèce humaine ne saviJisse pas en tendant une main suppliante aux portes de l'opulence. Tel est le partage de l'agriculteur riche ou puissant. 11 peut mériter les bénédictions du peuple , et faire des heureux en le devenant lui-même.

11 est un autre art qui comme l'agriculture profite à tous. C'est le commerce qui fait briller l'industrie dans tous les genres , qui porte des secours et des richesses dans toutes les classes, qui établit entre les peuples tant de rapports et d'usages divers 9 qui échange les pro-

( 2 ° 2 ) ductions des différons, pays. Gest le commerce qui a formé des étals, qui eu a aggrandi d'autres et concouru à leur civilisation; c'est lui qui des pécheurs de Carthage, fit un peuple riche et belliqueux, comme c'est lui qui a élevé au rang des grandes nations les plus illustres rivaux des Français.

Les Phéniciens , ces premiers peuples de. l'antiquité, ne durent leur célébrité qu'au commerce et à la navigation. Tyr ne mérita le litre de reine de la mer , que par le commerce. La Grèce si heureusement située entre l'Asie et l'Europe, si brillante, si éclairée, si héroïque, fut commerçante; les premiers vaisseaux qui sortirent d'Athènes, furent porter des Colonies en Asie et y trafiquer.

k Cette ville célèbre, dit un -auteur esa timé , agrandit son commerce par ses> « victoires et sa puissance par son cora- « merce.

Depuis les Phéniciens et les Grecs, tous les peuples se sont plus ou moins livrés au commerce et s'en occupent encore avec honneur et profit. Cependant

( 2o3 ) les Romains meprisoient les marchands à peu-près comme les histrions , les courtisanncs et les esclaves. La France et l'Allemagne imitèrent en partie les Romains,, lorsque dans l'enfance de leur civilisation, elles manquoient de vaisseaux, de marins, de manufactures et d'ouvriers habiles; lorsqu'encore la féodalité méprisoit tout ce qui n'étoit pas possesseur de fiefs; mais ces nuages passagers, ces exceptions de l'ignorance, loin de flétrir le commerce n'ont servi qu'à mieux faire sentir ses grands avantages.

On peut donc le proposer a un élève, sans crainte de compromettre sa naissance, son rang, ni l'orgueil de ses pareils- Le riche y trouvera de vastes et bienfaisans moyens d'qtiliser sa fortune, de la communiquer à ses semblables et de l'augmenter en même temps. Le puissant y pourra encore aggrandir sa gloire , en faisant accroître la somme des biens de sa patrie.

Mais il est temps de voir ce que le philosophe de Genève pense de l'agri-

culture. Voici une reflexion générale qu'il fait d'abord sur l'utilité des arts.

« En chaque chose , l'art dont l'usage « est le plus général et le plus indispen- « sable , est incontestablement celui qui « mérite le plus d'estime. Et celui à qui « moins d'autres arts sont nécessaires, « le mérite encore par-dessus les subor- « donnés m. On ne peut mieux appliquer ce double éloge qu'à l'agriculture.

Rien dans les sciences ni dans l'industrie humaine n'est plus général. Elle s'étend sur tous les sols d'une manière plus ou moins forte ; elle est de la plus impérieuse nécessité. Elle est indépendante de presque tous les arts C'est donc elle, d'après le jugement de Rousseau j qui mérite le plus d'estime. Cependant il ne tarde pas à la flétrir.

« De toutes les conditions, la plus « indépendante de la fortune et des « hommes , c'est celle de l'artisan, L'arti- « san est aussi libre que le laboureur « est esclave , car celui-ci tient à son « champ, dont la récolte est à la dis- « crétion d'autruî. L'ennemi, le prince,

« un voisin puissant , peut lui enlever ce u champ. Par ce champ, on peut le « vexer de mille manières. Mais par- « tout où Ton veut vexer l'artisan , son « bagage est bientôt fait , il emporte ses « bras et s'en va ».

Voilà certes un singulier encouragement pour l'agriculture. Eu vain les corps 5a vans couronneront les belles dissertations sur le plus nécessaire des arts; en vain les peuples et h s souverains l'auront cultivé, protège, distingué; tout sera ridicule, dès que 1 agriculture sera jugée la profession d'un esclave. Mais l'esl-elle bien en effet? Quels sont les droits dont l'agriculteur est privé dans la société? Les premiers rapports sociaux ne remontent-ils pas au contraire vers lui? Ne fournit-il pas aux premiers besoins des autres hommes? Les arts, les métiers, ne tirent-ils pas de l'agriculture • beaucoup de matières premières?

L'industrie et le commerce lui sont subordonnés, même sous plusieurs rapports. Sans doute l'agriculteur tient à son champ, comme chacun tient à sa

propriété', comme l'artisan tient à son atelier , à son entreprise , à ses chan- ■ «iers; si la récolte du laboureur peut être* à la discrétion d'autrui, ne peut-il en «re de même du travail de l'artisan?.

L ennemi, le voleur, ne peut-il lui ravir ses outils, ses matériaux, ses travaux?

Le prince ou des. hommes puissans,ne peuvent-ils pas priver l'artisan dé ses salaires? Ils peuvent faire plus, transporter sa personne, ses instrumens et ses productions dans les divers lieux où le besoin public l'exige. Si donc, on peut vexer l'agriculteur en mille manières par son champ, on peut de même vexer l'artisan dans sa profession.

On sent aisément qu'en dépré- • ciant l'agriculture, J.-J. Rousseau ne veut point en faire la profession de son élère. Celle qui a mérité sa. prédilection est un métier et non un art; un métier, où il ne faut ni science ni talent , voici comme il s'en exprimé. « Souvenez vous « que ce n'est point un talent que je vous « demande , c'est un métier , un vrai mé- « tier, un art purement mécanique, où les

« mains travaillent plus que la tète, et « qui ne mène pointa la fortune, niais ce avec lequel on peut s'en passer. ....

« Que des coquins mènent les grandes « affaires ; peu vous importe, cela ne « vous empêchera pas vous, dans votre cr vie obscure dëtre honnête homme et « d'avoir du pain. Vous entrez dans la ce première boutique du métier que cr vous avez appris. Maître , j'ai iRsoin « d'ouvrage. Compagnon mettez-vous « là pour travailler. Avant que l'heure « du dîner soit venue vous avez gagné ce votre diner. Si vous êtes diligent et ce sobre, avant que huit jours se passent « vous aurez de quoi vivre huit autres « jours, et vous aurez vécu libre, sain , « laborieux, juste. Ce n'est pas perdre ce du temps que d'en gagner ainsi >\

Voilà donc le fruit du romanesque plan d'éducation d'Emile, de faire un compagnon ouvrier. 11 faut convenir que c?est une étrange condition pour un jeune homme qualifié ou riche. Quelle singulière manière d'obtenir de chacun

la plus grande utilité dont il peut être pour la jpatrie ! Si tous les pères pensoient comme le philosophe genevois, leurs enfans deviendroient bientôt autant de Robinsou Crusoë; mais moins habiles que les Norwégiens , ils ne join* droient pas comme eux les arts libéraux aux métiers les plus communs; et laissant la les sciences > les lois , la morale Imme des puérilités, ils marchçi oient à pas de géans vers l'éducation des Hurons et de^Iroquois. ,

D'ailleurs est-il bien vrai qu'un compagnon artisan, soit si indépendant et si libre. Il lest comme tout autre, en remplissant ses devoirs. Quand il est admis dans un atelier, ne se soumet-il pas à des conditions , et s'il les enfreint n'est-il pas expulsé ou du moins maîtrisé? Il est assuré de son existence quand le maître a besoin d'ouvriers , autrement il cherche fortune ailleurs , et bientôt le besoin le réduit à faire cent bassesses, auprès de tous ceux qui pourront le faire travailler.

Dans cette situation , sera-t-il l'homme.

( 2 °9 ) libre par excellence ? Ne sera-t-il pas au

contraire cent fois plus esclave des personnes que le laboureur ne lest de son champ?

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GHAHTRE XX,

Des Femmes.

Je ne dois point tracer ici un plan d'éducation pour la plus belle portion de l'humanité; ses grâces , ses droits , ses faculte's , méritent plus qu'on ne pense de rendre son éducation commune avec celle de l'homme, du moins par sesbases. Lespenchans, les goûts, les soins de la femme ont mille rapports nécessaires et naturels avec ceux de i'homme- Si elle est la plus foible, c'est souvent dans sa foiblesse même qu'elle trouve les moyens de triompher du plus fort, de le gouverner , de le maîtriser. Si la délicatesse de ses membres et de ses organes, paroît contraster avec des tra* vaux pénibles ou des fonctions qui exigent la forcé, le courage, l'intelligence, le génie , combien de fois son esprit agréable, délié, subtil , n'offre-t-il pas à l'homme des secours, des encoura-^

(ai! )

gemens, des pensées fortes* des juge-* mens sains? L'homme, sans la femme, seroit dificilement heureux (i). Il y a entr'eux une communauté de peines et de plaisirs, fie privations et de jouissances^ de gloire et de vertus. Les droits de la femme ne sont pas moins sacres que ceux de l'homme, et ses devoirs sont aussi importans* Pour rendre un homme?

vertueux, il faut lui apprendre k aimer le bien , à repousser le vice , et c'est en suçant le lait maternel qu'il tloit en recevoir les premières leçons. Pour que l'homme devienne bon citoyen , ses affections doivent être dirigées vers le bien public, et celles qu'une tendre mère (ait naître au coeur de son fils, lui sont toujours chères. Rousseau a dit que plus la femme est forte, et plus l'homme est robuste. Je dis mieux : plus la femme est

sage et plus l'homme est raisonnable. Les passions et les moeurs de la femme si-

(i) Non est boaum- esse bomir.em sol uni r faciamus ei adjutorioifc similc si bu Gen. c. i-

dentifient en quelque sorte aux inclinations de l'homme , qui entraîné vers elle par la nature , imite insensiblement ses bonnes ou mauvaises qualités.

C'est peut-être de cette tendance si naturelle que le même auteur a.conclu :

que l'éducation des femmes doit être toute relative aux hommes. S'il a entendu par le mot relatif, une dépendance d'un sexe envers l'autre; une disposition à faire servir le plus foible aux besoins et aux caprices du plus fort ; une exclusion de droits , pour ne laisser que des devoirs, je dis que l'auteur n'a proposé là qu'une absurdité , aussi injuste qu'immorale , aussi cruelle que contraire à la nature et à la religion. Non le créateur n'a point fait la femme pour être l'esclave de l'homme , mais bien pour être sa compagne et son amie. Sa finesse, ses grâces, son enjouement , son adresse, sa sagacité , tout en elle annonce un être plus propre à persuader qu'à obéir, plus fait pour aimer que pour craindre , plus disposé à savoir, raisonner et juger qu a croupir dans l'ignorance.

Rejetons bien loin une éducation pareillement relative. Sachons au contraire la rendre égale à celle de l'honftnc dans tout ce que le moral et le physique de la femme permettent; dans tout ce que les bienséances et l'ordre social autorisent. Donnons lui comme aux hommes dès sa plus tendre enfance, des exemples sages, des habitudes vertueuses , des exercices agréables, moraux, instructifs ; ne les éloignons pas des sciences, elles y sont aussi propres que les hommes. Notre orgueil peut-être , nous empêche d'en convenir, mais les faits parlent plus haut que lui. Dans tout art où le goût est le meilleur maître , la femme y fera des progrès distingués.

Son goût est aussi sûr , aussi fin que celui de l'homme. Mais pour la rendre vertueuse par goAt, par raison et par principes, n'oublions jamais de Lui faire connoîtrc le prix inestimable de la Religion.

Sans morale ni piété , la femme est encore plus malheureuse que l'homme corrompu. Lé tendre intérêt qu'elle inspire si naturellement , cesse aussitôt

( ai4) quelle n'a plus de mœurs; son esprit, son adresse, sa beauté, tout est flétri quand son cœur est gâté. Alors l'homme ne voit plus en elle que le vil instrument dos jouissances sensuelles.

Nous n'entrerons pas dans de grands détails sur l'éducation des femmes, il seroit impossible de mieux faire que le savant Fénélon. Suivons donc ses principes, son enseignement et ses doctes leçons (i). Une femme formée à une telle école peut devenir un modèle de douceur, de moralité, de fidélité, elle 6aura remplir tous ses devoirs, plaire et se faire aimer sans vanité, coquetterie ni duplicité. Cette belle et simple production de l'illustre prélat est un véritable bienfait pour l'humanité. Puissent toutes les mères se pénétrer de sa sagesse!

Quant à nous , deux articles seulement nous occuperont dans ce chapitre, i ° Réfuter plusieurs paradoxes d'Emile , injurieux envers un sexe qui mérite tous nos égards et qui s'en montre digne

(i) De l Education des Filles.

dès que nous savons l'entourer de véne'ration, 3°. Faine ressortir les heureux caractères d'une bonne mère de famille.

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