DE FAMILLE
-Il n'est pas besoin de démontrer ici que le mariage fut toujours une institution aussi naturelle que politique, aussi honnête qtie sage. Les preuves en sont permanente* dans la vénération constante dont tous les peuples l'ont entoure'.
Cependant l'auteur d'Emile a douté de la force du lien conjugal pour garantir la jeunesse d'une passion à- la fois séduisante et fougueuse, « Quel parti pren- « dre., nous dit-il, on ne s'attend ici « qu'à l'alternative de favoriser ses pen- « chans , ou de les combattre , d'être son « complaisant ou son tyran, et tous « deux ont de si dangereuses consé- « quences, qu'il n'y a que trop à ba- « lancer sur le choix. Le premier moyen « pour résoudre la difficulté, c'est le « mariage. Je doute pourtant que ce ft soit le meilleur, quoique le plus sûr « et le plus naturel, mais il y a tant de « contradictions entre les droits de la « nature et nos lois sociales , que pour
( 233 ) « les concilier, il faut gauchir et tergi- « verser sans cesse *. Quoi ! les moyens les plus sûrs et les plus naturels , des moyens éprouvés , qui prouvent leur bonté par leurs effets , ne seront pas les meilleurs? Ou donc les prendre? En toutes choses, le moyen qui remplit le mieux son but, est le meilleur? S'il en étoit un autre plus excellent pour préserver des fureurs de l'amour, pourquoi Rousseau ne l'a-t-il pas découvert à l'humanité, pour laquelle il a montré tant de zèle ? Faùdroit-il pour accorder nos lois et nos institutions sociales avec le* violentes impulsions de la nature , les subordonner à celle-ci? Alors 1 équité, la raison, la sûreté, les fprces de l'homme même, seroient sacrifiées à la nature.
Mais voilà le même auteur qui venge bientôt la sainteté du mariage , du doute obscène qu'il lui a d'abord imprimé, « Qu'on le montre à l'adolescent comme « le plus saint et \e plus inviolable des
« contrats Qu'on lui fasse un tableau
« frappant et vrai # des horreurs de la « débauche et de son stupide abrutisse
« ment; de la pente insensible par In- « quelle un premier désordre conduit w à tous , et traîne enfin celui qui s'y « livre à sa perte ; si dis-je, on lui montre « avec évidence comment au goût de % la chasteté, tiennent la santé, la force, « le courage, les vertus , l'amour même « et tous les vrais biens de l'homme, <c je soutiens qu'alors on lui rendra cette « même chasteté désirable et chère, et c< qu'on trouvera son esprit docile aux « moyens qu'on lui donnera pour la « conserver »•
Je n'ajoute rien à ce tableau , j'en Joue sincèrement la morale et la vérité; il se rattache tout entier aux maximes que j ai plusieurs fois développées. Jetons à présent un coup d'oeil sur les caractères d'une bonne mère de famille.
« Les devoirs du sexe sont plus aisés « à voir qu'à remplir, dit Rousseau. La « première chose qu'elles doivent apte prendre est à les aimer par la comice dération de leurs avantages; c'est le « seul moyen de les leur rendre faciles.
« Chaque état et chaque âge a ses de-
« voirs.Ou connott bien lessiens, pourvu * qu'on les aime. Honorez votre état de « femme , et dans quelque rang que le « ciel vous place, vous serez toujours « une femme de bien. L'essentiel est « d'être ce que nous fit la nature ».
Pourquoi les devoirs du sexe sont-ils plus aisés à voir qu'à remplir? Cela pourrait être vrai, si tout supposoit la contrainte, au lieu de l'estime et de l'attachement. Mais rien n'est plus maladroit , eu parlant de devoirs, que d'en présenter plutôt les difficultés que les avantages, la considération et la nécessité; c'est imprimer tout d'abord à l'esprit un dégoût pour le devoir difficile. Quel seroit le maître assez bizarre , qui > pour première leçon d'une science, n'en montrèrent que les peines , les fatigues et le travail? Honorez voire état de femme!
Cela est facile à dire : sachez d'abord le faire aimer, l'estime viendra seule, on respecte toujours ce qu'on aime.
Si dès leur plus tendre enfance , on sait plier les femmes à d'heureuses habitudes, propres à balancer leurs pen-
chans et leurs défauts naturels; si l<à mères surtout daignent élever leurs filles, ( ce quelles feront mieux que personnes); si elles les instruisent avec douceur, en les redressant au besoin seulement ; en cherchant plutôt à obtenir leur confiance qu'à leur Inspirer une crainte extrême; si par de mauvais exemples on ne détruit point les leçons sages qu'on leur aura données ; si on sait leur faire naître le goût des mœurs domestiques et leur faire apprécier une vertueuse simplicité; si on les a constamment éloignées de cette vanité ridicule qui fait courir après le bel esprit , de ces curiosités puériles qui ne mènent qu'à la présomption^ sans instruire, de ces livres perfides qui , d'abord séduisent l'esprit et bientôt corrompent le cœur; si on a su leur former naturellement un esprit solide, patient, docile, doux, bienfaisant; si encore dans leurs jeux, leurs occupations, leurs études, on a disposé habilement leurs affections vers l'amour du travail, de la candeur, de la vertu, en repoussant la mollesse et la ruse; si
enfin on leur a enseigné la religion avec une foi raisonnable , avec un respect constant et une pratique sincère. Alors je dis sans crainte que les femmes seront Tertueuses , aimables , fidèles , bonnes mères de familles, et heureuses dans quelque situation que ce soit.
Une femme, ainsi élevée, est-elle destinée à la solitude du ménage? Sait-elle heureusement laisser les bruyans plaisirs? C'est sans peine qu'elle vit ignorée.
Ses devoirs de femme et de mère sont pour elles des lois sacrées , dont la pratique lui est aussi chère que son existence. Son esprit, sa douceur, sa tendresse , sa complaisance, la font régner affectueusement sur son mari, sur ses enfaus, sur tout ce qui l'entoure. Son asile est le temple des sentimens religieux , de l'amour conjugal , de la piété filiiale , de Tordre et de la paix. Tout y respire l'agrément, la joie pure, les bonnes mœurs. On n'a point à craindre dune telle femme , ni les perfidies de la ruse, ni les désastres de l'artifice, ni l'immoralité de la coquetterie, ni les
■ ( aS8 ) folies de la prodigalité, ni les tourmens de l'ambition. Sage, économe, elle écarte le besoin , coiqme les excès : l'homme licencieux ne trouve jamais sa porte ouverte, mais la véritable indigence n'en est point repousôée. Sa bienfaisance est distinguée comme son esprit et sa conduite ; elle sait enfin répandre dans ses actions et dans ses discours le charme de la sensibilité, de la réserve, de. la prudence et de la fermeté qui la fout aimer , craindre et respecter. .
Si au contraire une femme qui a reçu une éducation , basée sur mes maximes, est destinée pour le grand monde ; si sa condition , son rang , sa fortune ne lui permettent pas de vivre ailleurs , elle pourra "encore sur ce dangereux théâtre , être heureuse et honorée. Son esprit droit et sairi , sera plus propre à se faire aimer qu'à inspirer l'a défiance, elle pratiquera la vertu non par ostentation, mais par goût, par besoin, par honneur. Jamais elle n'outragera la pudeur, la décence > la chasteté, mais également éloignée de la honte d'aimer av.»c dé-
règlement et de l'ennui de vivre sans amour, elle saura toujours trouver un amant dans un époux. Elle aura pour son .sexe, une indulgence telle que la femme la plus galante lui pardonnera sa fidélité et la prude sa tendresse. Elle laissera- aux folles ces vains caprices, ces mille frivolités 7 ces passions puériles, ces coquetteries perpétuelles , qui loin d'embellir leur vie, la rendent constam-* ment agitée ou nulle. Elle saura courageusement mépriser l'opinion dans tout ce quelle offre de contraire aux moeurs et à la religion; elle suivra toujours les douces impulsions d'un coeur droit et d'une raison saine.
Heureuses les femmes qui posséderont ces grands avantages, qui sauront les déployer sans peine, et les pratiquer avec une constante dignité}