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CHAPITRE XIV

De la meilleure méthode d'enseigner la langue latine.

Créer, ou établir cette méthode par excellence , c'est ce que d'habiles maîtres ont seuls le droit de faire. Aussi je ne proposerai rien dans ce chapitre*, qui n'ait été enseigné par des savans célèbres, et confirmé par l'expérience, sans laquelle, les plus brillantes théories sont souvent nulles ou éphémères.

Quelle que soit la langue que l'on veut enseigner, morte ou vivante, analogue ou transpositive , on ne peut disconvenir qu'il est désirable d'en simplifier l'enseignement. Pour cela il faut l'abréger, le rapprocher de la nature et l'isoler de l'art. C'est ce que peut faire l'imitation seule, parce qu'elle est entièrement dans la nature. Tout ce qui plait 4 à un enfant, il désire l'imiter ; tout ce qu'un homme fait, ou apprend , un autre peut le faire

(48) s'il a le goût et le courage de l'entreprendre. Imiter des sons, former des mots et les lier ensemble , c'est ce qui est fort simple et ce qu'on fait dans toutes les langue^; il n'en est aucune qui demande une voix particulière pour la prononcer, un esprit unique pour la comprendre, une mémoire extraordinaire pour en retenir les mots. Un enfant ne connolt en naissant aucune langue, mais dès que les organes de sa voix se .

dévelopent, il apprend indifféremment celle qu'il entend parler, sans peine, sans étude , par le simple usage. Il n'y a point de différence quoiqu'on en dise pour les langues mortes , et quand je n'a ur ois pour preuve que l'exemple permanent de quelques peuples allemands qui parlent le latin par la seule imitation , je dirais que cette preuve est irrécusable* Les Montaigne > les Locke , les Dumarsai, les Frémjr et bien d'autres mai- .

très supérieurs,, n'ont jamais cru à cette différence sophistique ; ils l'ont aucontraire jugée chimérique comme produite paj les préjugés; et ceux-là même

qui, enseignoient les langues mortes,

avec le plus de distinction, dans le beau siècle de Louis XIV, exerçoient fréc[uem* ment leurs élèves par llmitatio n

Si on me dit que les maîtres sont en général , trop peu familiarises avec la langue latine, pour l'enseigner piar l'imitation, je leur rendrai plus de justice, et je dirai qu'une sorte de familiarité, celle des auteurs classiques, doit leur être fatale. S'il est vrai que les enfans parviennent à entendre la latin, avec le seul secours des méthodes nouvelles ,- comment un professeur qui la étudié et professé ne pourait-il, sinon le parler habituellement , du moins Fentendre dans les bons auteurs et le parler d'après éuk avec ses élèves? Pourquoi donc dans les quatre derniers siècles s'est-on si généralement accordé à reconnoître de savans professeurs de langues mortes? Ce n'est point d'ailleurs un latin de leur composition que Ton demande aux maîtres ; qu'ils ' fassent seulement pour cette langue, ce qu'on fait en France , en Angleterre , en Allemagne , ii. 3

« apprend cependant plusieurs dit-on , « je le nie; j'ai vu plusieurs de ces petits « prodiges qui croyoieht parler cinq ou « six langues, je les ai successiveu ment entendu parler allemand en « termes latins , en termes français , en a termes italiens ; ils se servoient à la « vérité de cinq ou six dictionnaires, « mais il ne partaient toujours qu'aile-' ii mand. En un mot donnez tant de « synonimes qu'il vous^ plaira , vous « changerez les mots, non les langues, « ils n'en sauront jamais qu'une ».

Cette tirade est peu propre à inspirer du goût pour l'étude des langues, car si l'homme ne peut jamais en parler qu'une seule-, quelque chose qu'il fasse , il doit se borner à sa langue maternelle; il y sera même conduit naturellement. Alors je vois supprimer d'un seul trait, de nombreuses institutions et mille ouvrages scientifiques. Mais n'est-ce pas une ve'ritable absurdité de dire, qu'un enfant ordinaire ne peut à quinze ans apprendre deux langues, c'est-à-dire une autre que sa langue maternelle ? On n'epi peut

douter à moins de régarder cofrime une chimère la plus haute expérience, qui nous a constamment attesté que l'adolescence est l'âge d'étudier les langues. On pop rr oit citer depuis les Grecs et les Romains d^s milliers de sa vans en tout . genre qui les ont étudiées ainsi. Eh bien ! a ton jamais osé leur soutenir qu'ils n'en savaient parler ou n'en comprenoient qu'urje seule? Pourquoi nous servonsnous de leurs ouvrages et de leurs traductions dans toutes les langues? Sans doute c'est par la confiance qu'on leur accorde. Qui oserait aujourd'hui même, dire' que le célèbre et dernier traducteur de Virgile n'entendait pas le latin , parce # qu'il en a commencé l'étude avant quinze

Il est vrai que sur ce point Rousseau

a prêché d'exemple, puisque c'est dans l'âge onlr qu'il a appris cette, langue, mais tous ne sont pas des philosophes 4e ce gçnre ; tous ne peuvent mépriser généralement les usages révérés des peuples; tous ne peuvent quitter leurs emplois, leurs rangs, leurs dignités, leurs

« apprend cependant plusieurs dit-on , « je le nie; j'ai va plusieurs de ces petits « prodiges qui croyoient parler cinq ou « six langues, je les ai successiveu ment entendu parler allemand en « termes latins, en termes français, en « termes italiens } ils se servoient à la « vérité de cinq ou six dictionnaires, « mais il ne partaient toujours qu'aile- « mand. En un mot donnez tant de « synonimes qu'il vous^ plaira , vous « changerez les mots, non les langues, « ils n'en sauront jamais qu'une ».

Cette tirade est peu propre à inspirer du goût pour Pétude des langues, car si l'homme ne peut jamais en parler qu'une seule , quelque chose qu'il fasse , il doit se borner à sa langue maternelle ; il y sera même conduit naturellement. Alors je vois supprimer d'un seul trait, de nombreuses institutions et mille ouvrages scientifiques. Mais n'est-ce pas une ve'ritable absurdité de dire, qu'un enfant ordinaire ne peut à quinze ans apprendre deux langues , c'est-à-dire une autre que sa langue maternelle ? On n'çn peut

douter à moins de regarder comme une chimère la plus haute expérience , qui nous a constamment atteste' que l'adolescence est l'âge d'étudier les langues. On pour roi t citer depuis les Grecs et les Romains des raiUiers de savans en tout . genre qui les ont étudiées ainsi. Eh bien ! a ton jamais osé leur soutenir qu'ils n'en savaient parler ou n'en comprenoient qu'une seule ? Pourquoi nous servonsnous de leurs ouvrages et de leurs traductions dans toutes les langues? Sans doute c'est par la confiance qu'on leur accorde. Qui oserait aujourd'hui même , dire que le célèbre et dernier traducteur de Virgile n'entendait pas le latin, parce qu'il en a corpulence l'étude avant quinze

Il est vrai que sur ce point Rousseau a prêché d'exemple, puisque c'est dans l'âge ipûv qu'il a appris cette langue, mais tous ne sont pas des philosophes «le ce genre ; tous ne peuvent mépriser généralement les usages révérés des peuples; tous ne peuvent quitter leurs emplois, leurs rangs, leurs dignités, leurs

if procher des termes des auteurs et de « prendre surtout jusqp'à J air de leurs « phrases. S'il y a un moyen d'acquérir « des grâces et de la facilité dans son « langage, c'est celui-là. En s'habituant « à parler très fréquemment dans la « solitude' .d'après- Salluste f d après « César., d'après Tite*Live- ou Cicéron f « chacun peut se tenir lieu de maître à « soi-même et acquérir autant de jus- « tesse que de facilité...... La bonté de

<i cet exercice si simple et si approchant «de la njanière dont nous apprenons « les langues vivantes, en doit faire coin- « mencer la pratique aussitôt queja rai- « son commence à s'ouvrir. L f enfant « qui a du jugement réussira. Celui qui « a de la mémoire s'en tirera aussi. Celui c< qui a moins de facilité, sera beaucoup w plus soulagé/Celui qui tty réussira ni « peu ni point , se trou verdit e«core plus « embar'assé dans le labyrinthe des comte positions ,et des règles j c'est un dç ces a esprits qui ne sont, pas faits pour les ^ sciences. Tous les autres enfin , pourvu que cet exercice devienne une ha*

gués mortes sont restées assez entières, pour qu'on puisse les parler. Mille ou* vrages écrits dans ces langues depuis j»en des siècles, n'en sont-ils pas-des preuves énergiques? N'a-Ml pas existé des établissemens où les maîtres ne parloient à leurs élèves que les langues portes pour, les choses mêmes les plus * simples et les plus usuelles ? Le la.tut /orme donc; encore un corps de langue' suffisant. Soutenir le, contraire , ce seroil appuyer ;cette absurdité de . l'auteur d'Emile. « C'est pour cacher leur inap- ¥ titude f (pss m/ans ) qu'on; les exerce* * « par préférence sur ks tangues mortes v dont-il ne reste plus de juges qu'oj* M. ne pui^e récuser j l'usage familier d«f u, ces langues étant perdu depuis long- « temps , on se CQntente d'imiter c* ft qu'on en trouve écrit dans rfes livres* « et on appelle cela les parler. Si tel est t< le grec et le latin des maîtres, qu'on " juge de celui des enfans ».

Ainsi il faudrait croire que ce nW plus .dans la lecture d'auteurs estimés * que se trouvent les principales beautés!

(57) des langues; ces fines cl délicates estpressions qui font le charme du langage, il faudroit croire que ce ne sont pas Us grands écrivains qui T par leur rare génie T ont fixé les langues; que les Homère r les Platon, les Cicéron, les Horace,,.

les Virgile , ne sont plus des )uge£ irrécusables du grec et du latin. Plût à Dieu que tous nos maîtres sussent bieq les imiter 1 Enfin U faudroit croire que les langues vivantes sont seules capables detre parlées.. Quels fâcheux effets produiraient ces conséquences sophistiques l Plusieurs savans des deux derniers siècles ont proposé diverses méthodes pour simplifier l'enseignement des langues; toutes sont le fruit de longues méditations et.df expériences ; toutes tendent, à rapprocher cette étude de la nature et à l'isoler de l'art. Cependant elles n'ont pas également par y parfaites; par exemple celles dont les auteurs se bornent à^ retr ancitpr du à supprimer des règles > ou à élaguer des rudimeus r ont beaucoup laissé à désirer, car si les nombreuses exceptions qu' ils établissent peu**

(58)vent être utiles à ceux qui connoissent déjà les langues , elles sont pour les enfans un autre genre d'étude plus pénible que celles des règles mêmes!

D'antres ont pensé que la connoissance des auteurs, est suffisante pbur posséder une langue morte; ils en recommandent , constamment les versions et les explications dans la langue maternelle. Ceux-là par des versions interlinéaires et par des constructions artificielles ont rapproché autant qu'ils lont pu le grec et le latin , du français»

« II est aisé deVappercevoir que toutes <r ces tentatives n ont été employées que « pour applanîr aux enfans les preh mières difficultés de ; la langue, et « pour les mener au point de pouvoir <f marcher presque d euX-mêmes , de u sorte qu'il suffise alors de les conduire < ( des yeux > pour les voir avancer avec C( succès »•

Dumarsais réunisifcu les diverses opinions , a présenté une grande simplicité dans- celte étude ; il ne commence ni par une syjataxe; ni par des thèmes et des ver*

sions, m rpémepar des conjugaisons et des déclinaisons. H présente d'abord comme dans un tableau, les significations des mots latins, rendues en français dans le même ordre de cette langue ; il se sert pour cela cfun auteur qui écrit avecpçu ou point d'inversions ; il ajoute pour compléter cet ordre ,tou$ les rnbtè sons-entendu$. Ce qui montre très visiblement le génie transpositif dç la langue latine et y "prépare unù élève dès les premières connoissances qu'il acquiert.

Cet auteur ne juge nécessaire de faire décliner ou conjuguer un élève , que lorsque par beaucoup d'explications et de traductions vocales, il a déjà acquis quelque familiarité avec les différentes lertninaisons de mots , noms , pronoms ou verbes; lorsqu'il reconnoît lui-même, les cas ,' les modes, les temps, et qu il sait déjà traduire ou expliquer dans ces différentes inflexions ; après cela , il fait écrire dans un ordre alphabétique, les prétérits et les supihs ; il termine par leur donner une grammaire raisonnée dont les règles aussi générales» que na-

tur elles f présentent une sorte de logique , oii un élève se reconnoît facilement.

Frémi se modelant sur Dumarsai r donne aussi des versions interlinéaires > mais il; a joute à chaque mot un signe fort simple:, qui jen désigne la déclinaison et le cas, ou la conjugaison et le temps. De, sorte que cç signe complette.

le tableau, de la traduction, et l'élève par un même coup-d'œil, sans études dans recherches r voit le sens des piots avec leurs cas ou terminaisons > avec leurs modes ou leurs temps. Cet auteur est d'uqe égale simplicité dans ses analyses de Ja syntaxe latine, qu'il rapporte toujours à l'usage de la langue française; on pourront même dire quç } ces explications sont toutes mécaniques, puisque c'est au moyen de quelques lettres de 1 alphabet, qu'il les çend plus claires et plus faciles.

Mais malgré sa simplicité et ses avantages, la méthode de Dumarsay na pas triomphé de la routine. Cependant elle *ient d'être perfectionnée par un écri- Yaia cour?geu * et maître habile, mon-

siêur Maugard, qui a enrichi les lettres d'un cours des langues latine et française, comparées. Ce savant professeur a su réduire renseignement du latin S la simplicité la plus séduisante. Sans fatiguer ni le jugement, ni.la mémoire de son élève y il le conduit à la connaissance des mots qu'il doit comprendre et parler avant de les traduire; il prend sur lut toute^les difficultés # et le travail; l'élève na qua le suivre cTabor^ des yeux »

ensuite de mémoire, et son esprit ne travaille que lorsque la langue lui est^ déjà familière.

M. Maugard ne craint peint de ré-w pétèr les mots latins, ni leurs synonymes, jai leurs sens , ou leur équivalent , il y revient sou vent pour frapper la mémoire la plus ingratte; il ne les présente pas toujours dans le même ordre pour éviter la monotonie d'une sèche uniformité^ mais les offrant d'abord isolés et comparés avec ceux auxquels ils sont analogues dans la langue française, il les reproduit sous une forme nouvelle, liés avec d'autres mots ^ sous les rapports qui

• leur sont propres; ce n'est pas tçut, pou* donner à l'étude des mots plus de force et de clarté, il les range dans un ordre à là .fois méthodique et naturel; il classe les noms selon l'analogie des terminaisons,, du nominatif, du génitif et des genres» Les adjectifs sont placés de même et les verbes le sont par la nature de leurs conjugaisons, par les rapports des prétérits e* des«supins,si important à connoître dans toutes les langues.

Telle est fa première partie du cours dé M*' Maugard. « Et- de l'art avec « lequel il a classé .1^5 différentes espèces

, # de mots et distribué les leçons , il en u résulte qu'en quinze mois d'étude , a cest-à-dire en trois cents leçons f ses élèves savent seize mille mots , tandisque ceux qui étudient le latin sui- « vant la méthode ordinaire, n'en saa yen* pas quatre mille, après quatre ft années d'expérience de toutes espè- « ces ». (i^

(i) Elémens <Je la langue française, par M. Maugard, p. 5.

fc

Quelle différence de cet enseignement à celui dans lequel après avoir donné à peine un rudiment entre les mains d'un enfant , on l'oblige à des opérations qui sont très- difficiles , sans avoir d abord quelques connoissances de la langue. On le fait traduire et ensuite composer, sans qu'il connoisse , ni les mots , ni leurs synonymes > ni leurs sens» Cependant sans les signes des idées couinant pouvoir les communiquer? Comment apprécier des mots ou leur valeur t sans lçs avoir appris? Comment les placer dans leur ordre naturel , sans connoître leurs rapports ? II n'est point dans la nature de parler une langue sans l'entendre , ni de raisonner sur des règles inconnues» Un enfant qui, dès* ses premières leçons , apprend par cceur une syntaxe, ne peut s'entendre lui-même j ii ne voit qu'une perspective immense f des difficultés énormes et surtout un travail rebutant.

Quel fruit peut-il retirer d'une étude qui lui inspire un tel dégoût ? (i) Des es-

(i) Id in pr irais cavere opporlebit , ne *tu*

^fîications lui sont données, il est vrai y mais quelles sont-elles? Forme'es des règles mêmes ou d'exceptions abstraites et multipliées ; ^ données par des mots presque toujours inconnus, sans imitation des choses; cesexplications ne présentent rien que des règles, commentées par des règles, qui se communiquent une constante obscurité', loin de don-, ner des idée» nettes»

Mais au contraire dès que les élèves de M. Aïaugard, connoissent une partie de mots latins et leurs équivalens français, ils sont exercés- à décliner et à conjuguer j ils font mêmej'un et l'autre ensemble. On ne leur fait point alors étudier des règles qu'ils n'entendroient pas, ce n'est que lorsqu'ils possèdent la base et le fondement de la langue , c'est à dire les mots et leurs terminaisons r qu'on leur présente des exemples élémentaires des rapports que les mots ont

dia, <jui amare nondùm poterit, oderit, et amaritudinem , semel perceptam «tiam ultr»

rudes annos refornidet, Qujht, ui, c. v

entreux, pour exprimer la pensée. Ce n'est point ici une série de règles abstraites , dures , peu intelligibles , c'est un vaste et intéressant recueil de toutes les locutions propres aux langues latine et française , puisées dans les meilleurs auteurs, variées, par tous les sujets possi-< blés, provoquant Yattenlion, la- curiosité et la mémoire, excitant enfin chez tous les lecteurs un intérêt soutenu^ car toutes les difficultés des textes latins y sont résolues de la manière la plus claire..

* « Un tel recueil ne peut être f que u trè? utile à ceux qui s'occupent de « l'enseignement des langues ». C'est le jugement qu'en a porté le jury d'ins^ truction publique. H est > ajoute l'auteur + le fhiit de <dioc années de pénibles recherches. Je le crois sans peine , et les pjaîtres d£ 1 art qui voudront l'examiner sari$ prévention , jugeront mieux que moi encore, combien un travail si simple eh apparence > a dû coûter de peine à son auteur; la précision y l'ordre, la clarté,, le distinguent éminepiment dé»

tant de productions semblables..

gués mortes sont restées assez entières * pour qu'on puisse les parler. Mille ou-?

vrages écrits dans ces langues depuis bien des siècles, n'en sont-i(s pas des preuves énergiques? N'a- t-il pas existé des établissemens où les maîtres ne parloient à leurs élèves que les langue* mortçfi pour les choses mêmes les. plus simples et les plus usuelles 2 Le latix^ forme donc; encore un corps de langue, suffisant. Soutenir le* contraire > ce se r oit appuyer cette absurdité de , l'auteur d'Emile. << C est pour cacher leur inapp titude f (les mfatis ) qu'on; les exerce*

* par préférence sur les langues mortes u dont-il ne reste plus de juges qu'oie

* ne. pui^e récuser; l'usage feoûlier d$ <t ces langues étant perdu depuis long- « temps, ou se contente din*iter ce V 5 qu'on en trouve écrit daus *}es livres * « et on appelle cela les parler-; Si tel est a le grec et le latin des maîtres , qu'on a juge de celui des enfans ».

Ainsi il faudroit croire que ce n'est plus .dans la lecture d'auteurs estimes, que se trouvent les principales beautés

gues mortes sont restées assez entières * pour qu'on puisse les, parler. Mille ou-* vrages écrits dans ces langues depuis bien des siècles, n'en sont-ifs pas des preuves énergiques? N'a- t-il pas existé des établissemens où les maîtres ne parvient à leurs élèves que les langues xnorteg j?oui\ les choses mêmes les, plus * simples et les plus usuelles ? Le la.tig.

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ou à élaguer des rudimens, ont beaucoup laissé' à désirer, car si les nombreuses exceptions qu' fls établissent peu-?-

( 5<> ) %ue$ mortes sont restées assez entières, pour qu'on puisse les parler. Mille ouvrages écrits dans ces langues depuis bien des siècles, n'en sont-ifs pas des preuves énergiques? N'a-tril pas existé des établissemens oit les maîtres ne parloient à leurs élèves que les langues mortea pour les choses mêmes les /plus simples et les plus usuelles 2 Le la,tig; forme donc; encore un corps de langue suffisant. Soutenir 1q contraire, ce seroifi appuyer ;cette absurdité de , l'auteur d'Emile. « C'est pour cacher leur inapte titude y (les mfatis ) qu'on; les exerce « par préférence sur hs langues mortes u dont-il ne reste plus de juges qu'on * .ne, pui^e récuser; l'usage familier fa «ces langues étant perdu depuis long- « temps , on se contente d'inciter c* ; qu'on çn trouve écrit dans fjes livres*

et on appelle cela le$ parler.;Si tel est « le grec et le lalin des maîtres, *qu on /' juge de celui des enfans ».

Ainsi il faudroit croire que ce n'est plus .dans la lecture d'auteurs estimés , que se trouvent les principales beautés

des langues; ces fines et délicates expressions qui font le charme du langage, il faudrait croire que ce ne sont pas les grands écrivains qui T par leur rare génie r ont fixé les langues j que les Homère % les Platon, les Cicéron, les Horace,,.

les Virgile , ne sont plus des juge£ irrécusables du grec et du latin. Plût à Dieu que tous nos maîtres sussent bien les.

imiter ! Enfin il faudrait croire que les langues vivantes sont seules capables dëlre parlées.. Quels fâcheux effets produiraient ces conse'quenccs sophistiques t Plusieurs savans des deux derniers siècles ont proposé diverses méthodes pour simplifier renseignement des langues; toutes sont le fruit de longues médita lions et d'expériences ; toutes tendent. à rapprocher cette étude de la nature et à l'isoler de l'art. Cependant elles n'ont pas également paru parfaites ; par exempie celles dont les auteurs se bornent à~ retrane^pr du à supprimer des règles,.

ou à élaguer des rudimens , ont beaucoup laissé' à désirer, car si les nombreuses exceptions qu' ils établissent pcu-f

( 7* ) «r. lent. Les têtes se forment sur les lan-

* S a S es > ^ es pensées prennent la teinte « des idiomes. La raison seule est comte mune. Lesprit en chaque langue a sa « forme particulière : différence qui t( pour roi t bien être en partie, la cause « ou l'effet des caractères nationaux et « ce qui paroît confirmer cette conjéc- « ture , est , que chez toutes les nations a du monde, la langue suit les yiscis- « situdes des mœurs et se conserve ou « s'altère comme elles ».

Voyons quelles conséquences présente ce passage. Si les enfans ne sont propres qu'à des études de mots , de figures ou de sons , celles des langues qui est bien autre chose, ne peut leur convenir, et dès-lors ils ne doivent pas s'y livrer. Si les langues forment les idées, sur les variations des signes , l'enfant qui ignorera ces variations, restera dans un trèspetit cercle d'idées, sans objets nouveaux pour les alimenter. Si les mœurs s'al-, tèrent avec les langues , l'enfant qui n'en apprend aucune dans sa pureté , corrompt donc ses mœurs comme son

(73) langage. Or seroit-il sensé de priver les enfans d'un ve'hicule capable de former leur esprit en conservant leurs moeurs?

Ce seroit positivement vouloir et ne pas vouloir, et c'est aussi ce que fait le mentor d'Emile, qui d abord , e'tablit en thèse, générale que les enfans sont incapables de tout raisonnement et qui ensuite les fait raisonner fréquemment avec beaucoup de justesse. Enfin il veut prouver que l'élude des langues est au-dessus de l'intelligence des enfans , après avoir dit cent pages auparavant. « Resserrez le « plus qu'il est possible le vocabulaire.

u de l'enfant; c'est un très-grand inconu venient qu'il ait plus de mot$ que . « d'idées ». Donc , si l'enfant doit avoir autant d'idées que de mots, il faut lui faire naître les idées par les mots.; or \\ n'est point, ce me semble, d'étude qui facilite mieux les idées que celle des langues, quand elle est faite d'une manière naturelle. Tous les termes,les noms, les verbes, ou désignent des objets, ou caractérisent des opérations, ou peignent des mouvemens du cœur et de l'esprit.

il 4

Comment se figurer la chose désignée par un nom, sans qu'il en reste au moins l'idée de sa substance, de sa forme, de 6a. couleur ? Comment s'imaginer une opération , sans qu'il reste quelques idées de ses effets? Comment se rappeler d'un mouvement intérieur , sans l'idée de l'impression qu'il a faite ? Certes l'esprit le plus borné sera frappé de telles idées , parce quelles sont dépendantes des choses qui les font naître , et que les choses sont représentées par des signes ou des mots.

Le mentor d'Emile se rend bientôt à cette opinion , après avoir escarmouche à droite et à gauche, ce Les idées « simples sont, dit-il, des sensations « comparées; il y a même des juge- « mens dans les simples sensations, aussi « bien que dans lès sensations com- « plexes ». Si la simple idée naît d une sensation } je dis que les mots des langues en général sont propres à faire éprouver beaucoup de sensations. Ici c'est la vue qui est affectée quand on montre la chose nommée, là c'est le

( 75 ) toucher quand du nom on vient à saisit la chose. Ailleurs c'est l'odorat qui est frappé par la qualité agréable ou désagréable de l'objet. Et partout pour ainsi dire, l'ouïe éprouve l'effet des sons.

Qu'on appelle ces sensations simples ou complexes , elles produisent toujours des effets, et ces effets quels sont-ils, s'ils ne sont des idées? Il y a mieux:

le philosophe die Genève y trouve jus* Iju'à des jugemens, et certes c'est bien autre chose qu'une idée, car le jugemerit suppose des examens , des rapports, des comparaisons.

Il est inconcevable que d'après un tel aveu, le même auteur ait ajouté. « Avant « l'âge de raison, l'enfant ne reçoit pas « des idées , mais des images ». Alors il ne séroit donc pas un être sensitif, puisque dès qu'il éprouve des sensations , il reçoit des idées, c'est l'arrêt de Rous>seau. Mais pour ne pas se montrer ridicule il ajoute^ cette plaisante explication* « 11 y a entre 4es images et les « idées celte différence que les unes ne j< sont pas des peintures absolues des

<t objets sensibles, et que 'les idées sont « des notions des objets détermines par w les rapports ». Cette distinction n'est pas même sophistique. Qu'est-ce donc qu'un image réfléchie dans l'esprit, si ce n'est pas une idée, une véritable idée?

La peinture absolue d'un corps ou d'une chose quelconque ne laisse-t-elle point de trace après elle ? Quel est l'esprit assez .stupide pour ne pas en retenir au moins le beau ou le difforme , le blanc ou le noir, le juste ou l'injuste? Ces sentimens ne sont-ils pas comme innés dans l'homme. Voilà donc des idées naissant de la seule peinture des choses. Les notions des objets, déterminées par les rapports, ne sont-elles pas aussi des idées? Ce sont des synonimes parfaits.

L'idée est une notion et la notion forme l'idée, l'un et l'autre sont des rapports et ces rapports sont toujours des perceptions de l'âme ou des sens.

Enfin le gojuverneur d'Emile arrive à sa conclusion , elle est digne des réflexions qui l'ont précédée. « Nos sensations « dit-il ; sont purement passive? , au lieu

a que toutes nos perceptions ou idées « naissent d'un principe actif qui juge »• Alors il n'est donc pas vrai , comme l'auteur l'a d'abord établi , que les idées soient produites par des sensations simples ou complexes, puisquelles sont passives, c'est-à-dire sans impressions. Mais ou les idées naissent de ces sensations , ou elles naissent d'un principe actif, point de milieu. Si c'est le principe actif qui les produit , alors , dès son enfance / l'homme le possède , puisqu'il nait avec le germe de toutes ses facultés ; si aucontraire ce sont les sensations qui produisent les idées > alors fcnfant étant* un êtresensitif , est susceptible d'en avoir. Ainsi dans l'une comme dans l'autre hypothèse , l'étude des langues lui convient, puisqu'elle est celle des idées par les mots*

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