CHAPITRE XVJ
Des Passions.
L'âge des passions est sans contredit le plus critique. Le moral comme le physique de l'adolescent en sont affectés.
Les humeurs qui fermentent, produisent des changemens et des agitations visibles. L'état de l'âme, sa joie ou son anxiété, sa crainte ou son espoir sont réfléchis sur le visage , dans les yeux , dans la voix même (i) ; enfin la nature se prononce alors dans toute sa force et si jusque-là , elle a voit été laissée libre sans contrainte aucune, il seroit impossible de résister à ses élans précipités.
Il importe donc beaucoup de bien
(t) Dvprêndas animi tormtnta latentU
in œgro Corpore , deprendas et gajidia ; mmti
utrumejue Inde habitum faciès. Ju vénal. Sa t. ix.
saisir l'inslant redoutable du dévelopement des passions, pour ne pas perdre les fruits précieux des habitudes honnêtes, des pratiques vertueuses. Ce passage à l'adolescence me semble facile à remarquer par ses effets extérieurs. Sachez alors occuper tout entier .l'esprit d'un élève aux choses sérieuses.
Sachez aussi l'amener adroitement à faire usage de la force morale qu'il aura acquise dans ses précédens exercices.
On a vu dans les premiers chapitres, que j'ai conseillé, comme Rousseau, de jouer pour instruire, mais il a joint à ce système une sorte de conclusion que je me garderai bien d'adopter. La voici.
« A la puberté finissent les éducations K ordinaires, c'est proprement celle où « la nôtre doit commencer ». Cette idée est fausse sous tous ses rapports et désastreuse dans ses conséquences. Fausse , parce qu'il est impossible qu'un enfant parvienne à la- puberté, sans une éducation quelconque, ne seroit-ce que celle des choses qui frappent ses yeux et son intelligence ; s'il les a envisagées
par un mauvais côte , -s'il a été enclin
à aimer le mal, phrtôtqué le bieri , il a donc déjà reçu l'éducation du M mal.
Elle est désastreuse cetle idée., parce qu'elle ne tend à rien moins qtia laisser croître les passions en liberté jusqtj'au moment de leurs plus dangereux effets ; alors si elles ne trouvent aucune résistance préparée, pour les maîtriser ou les diriger, tout est perdu; l'adolescent reste vicieux et se corrompt de plus en plus, w
Ne balançons dotic point à commencer l'éducation dès le berceau, c'est Tunique moyen de faire acquérir tous les instrumens possibles pour combattre les passions quand elles se déployent l j c'est mettre l'âme et le corps en état de supportera crise de la puberté, avec moins de daiigers j c'est érâMir'dans la pai* des remparts prudens contre* un ennemi alors 'Couvert. {i)« Le philosophe de Genèveenpensoit-il ainsi lorsqu'il disoic
(i) . Incedis per ignés
Suppositos cineri doloso. Hoiat. L. îj. '