‹ De l'éducation, ou Émile corrigéChapitre 8 sur 14 · IL · texte numérisé non relu

IL

( JOO )

ture tout en suivant son çqurs impétueux ,. semble s'approprier , daàs les passions, tous les détails de l'exemple ou de l'imitation , pour les fondre et les yariçr en autant de sortes, pour ainsi dire, que de personnes» Suivez dot|ç ce développement avec une attentive prp-, dence; soyez lent avec l'esprit lourd ; diligent avec l'esprit actif; ouvert Qvec l'esprit pénétrant; doux et complaisant envers tous ; mais alliez la ferirçeté à la prudence, relevez l'erreur sans foiblesse ni colère, pardonnez vingt, fautes plutôt qu'un seul mensonge, une 3eu}e;noir«* ceur, une seule perfidie.

L'amour-propre, la vanité, l'ambition, la colère et l'amour me semblent êtrèjes passions les plus fortes. C'est, en effet de l'amour-propre que nait la basse duplicité; l'odieuse, calomnie, la haine irrascible^ la vengance effroyable; c'est de la vanité que nait le sot prgueil, l'insultant mépris, la jalousie qui se nourrit de larmes et l'envie qui ypudroit tout dévorer; c'est de l'ambition que naît la froide inhumanité , le yol odieux , les

dévastations cruelles et les trahisons infâmes-; c'est de la colère que naissent toutes ces actions viles et brutales qui dégradent jUiomme et l'abaissent souvent au dessous de la bête; c'est enfin de 1 amour que naît le délire de la raison, l'aveuglement de l'esprit l'épuisement diïi corps , et des excès de tout genre y plus redoutable^ que la mort même. Que l'attention des pères, des gouverneurs $l kfes maîtres soft donc constamment fixée vers ces cinq passions principales; qu'ils suivent leurs mouvemens r leurs effets, leurs traces dans tout J enchaînement de k vie sociale; qu'ils recherchent et' pèsent par leurs conséquences, toutes les passions secondaires auxquels elles conduisent insensiblement; qu'ils étudient sans cesse le cœur et l'esprit de l'élève, ses discours, ses gestes mêmes, que partout ils soient en mesure d'appliquer le remède au mal et qu'à chaque pas ils puissent secourir , relever, consoler, encourager, affermir un élève.

. .Oa,a beaucoup. écrit sur limpossibi-

lité de corriger les passions. Le philosophe ,de Genèye a été jusqu'à dire qu'elles éjoient l'ouvrage de Dieu. J ai déjqt refuté cççte absurdité par les pro* près afgupiens )de Fauteuil, (Juia très^ bien prouvé que plusieurs des passions humaines , sont des acquisitions mal* heureuses , produites par les mauvaises frabifudes et,p?r lça e*oès ; et quand il n'auroit pas fait de pareilles détnonstra* Xion$ , rexpéricmpe de Jows Jes jours àe* roif la preuve permanente que j*oppo- £erois aux épicuriens anciens et raodemçs , dont la conduite même s'est * élevçe çoptre leurs .systèmes* Grî, s'il est des passions qui soient l'ouvrage de l'homme r il eri est donc qu'il peut anéantir, ou, corriger. Il n?est pas un seul artiste, ni un seul savarit , quoique tous tiennent à leurs productions , qui pyisse les changer , les varier , les refondre ou les corriger- L'homme en fera de même de ses passions , dbs qu ? il Ip voudra fortement.

Aussi les premiers remèdes contre les passions seront toujours les bonnes hahi-

( i*5) tudes ; on efface difficilemem ceîtes de l'en/ance parce qu elles se gravent-mieux que les autres. Leurs empreintes pénè- -irent un cœur neuf, bien disposé; la corruption échoue souvent contr'elles, et quand le vice triomphe , ce n'est'pas sans une longue suite de combats intérieurs et par des improbations énergiques de la conscience qui rappelle l'adolescent à la vertu. Cette conscienc , faculté sublime, juge le plus sévère de l'honnête homme, lui prouve cent fois mieux que des ratsoimemens subtils et fleuris, que son âme est libre, qu'elle veut et ne veut pas, qu'eîTe a dés moyens suffisans de résistance, et qufc si elle succombe , c'est qu'elle cède aux impulsions des sens, aux attraits d'un plaisir passager ,aux exemples delà vanité, aux efforts de ftnte'rèl personnel , à l'aveuglement de I amour-propre. Tous ces vains argumens , entassés par milliers contre îa liberté de l'homme, se briseront toujours devant le seul sentiment intérieur qui dans tous les inslans et *vec la rapidité de l'éclair, dorme la

preuve permanence d'qne entière liberté de l'hom oie. Veut-il ^gir> résister, refuser > opposer , combatre ? Sa volonté , «on esprit, ses membres, son corps entier, tout part au même instant dans un ensemble parfait., et quel estriiommequi ne ressent pas habituellement sa volonté, sa conscience, sa liberté intérieure? Il n'en est point. Aucun ne peut donc raisonnablement croire qu'il n'est pas libre, quand le sentiment de sa liberté le pénètre; quand il projeté, ordonne, exécute comme il lui plaît. Il n'est pas jusqu'au prince des déistes modernes, qui avoue sans détour, « Que sa plus grande

; « P e î ne > e n succombant, c'est de sentir « qu-'il a pu résister ».

C'est à ce sentiment qu'il faut amener naturellement un «adolescent, pour lui faire apprécier dune manière bien, simple les doutes abjects du matérialisme. Faites lui remarquer par toutes ses facultés et par ses actions, le témoignage vivant et perpétuel qu'il renferme eu lui-même de sa liberté parfaite. Il est trèâr important qu'il en soit bien per-

( io5 ) sûâdé, car dès qu'il aura la certitude morale de son pouvoir de faire le bien, et d'éviter le mal , il sera déjà en quelque sécurité sur sa propre force j la résistance ne Jui paroîtra pas impossible , et s'il acquiert l'habitude de résister, il croira bientôt agir naturellement.

Cette habitude est mon second remède contre les efforts des fyassioris. Ori a vu dans les précédens chapitrés j que dès les premiers raisonnemens de l'enfance, j'ai présenté des idées de la liberté de Famé , idées que l'ensemble de mon ptafiia fortifiées sans cesse. Il ne sagit donc plus dans l'âge des passions que de suivre tous les développemens de cette lj-' berté^ ••

Ce second remède est fortifié par le premier d'une manière toute particulière. Les habitudes sages sont en effet toujours prêtes à aider la liberté de la conscience, et celle-ci, de son côté, résiste difficilement aux choses qui lui ont procuré une vertueuse jouissance. Cependant ne dissimulons pas que la violence des passions embarrasse souvent la vo-

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lonté, assiège le coeur, étourdit l'esprit.

Un tel état est très-éloigné du calme nécessaire à l'âme ppur biejri/. choisir ses»

juge mens; c'est cet état d agitation qui afflige la conscience , affaiblit ses forces, la jette dans une pénible 3n*iété,efc lui présente des idées et des pratiques biect différâmes de celles dp la vertu. Voilà commet l'homme succomba souvent aux efforts des passions et comment après avoir succombé, il ne tarde pas à sentir que sa résistance a été fort au dessous de ses forces. C'est alors que le prestige des passions cesse par la. pr$r , nji èçe impulsion des rerpords* i , . . ! •

Il faut donc une qttentioû U&$<$0ih tenue pour maintenir l'adolescent dan* les premières habitudes de la vertu. Une seule négligence peut avoir des suitçs fu- nestes; cependant si la simplicité,, la.so-.

briété, la franchise, ont été pratiquées d/es les premiers ans; elles balanceront dans l'adolescence , une foule de désirs que chaque jour voit alors éclore. Sachez donc fqire trouver à votre élève l'agrément et l'intérêt à conserver sa première

wodéralion, sa première candeur; que vos conseils et vos leçons soient moins des réprimandes que de tendres sollicitudes pour son intérêt présent , pour son honneur et son repos. Montrez-lui son inexpérience dans un ordre de choses si nouveau pour lui ; cherchez toujours dans lui-même le sujet de vos leçons; toutes ses actions peuvent vous en fournir d'amples textes. La passion a-t-elJe déjà triomphé de lui ? Qu'il connoisse le préjudice qu'il s'est fait à luimême et les dangers plus grands qui sont attachés à la, continuation de sa foiblesse. Faites lui ressentir sous mille formes le remords vengeur dont il a déjà reçu le premier trait; qu'il connoisse tes suites malheureuses des excès; et qu'il voye l'opprobre , lui ravissant l'honneur et l'estime publique. A-t-il su au coptraire triompher des passions? Faites le descendre aussitôt dans son propre cœur, pour jouir du doux témoignage de sa conscience; qu'il sente toute la force de cette noble récompense, mais qu'il calcule encore les heureuses suites

(tod) de la sagesse et de la tempérance; il apprendra que le bonheur de l'homme y est attaché, que la paix de son âme y est étroitement liée, que sa santé et ses»

forces en dépendent.

w L'intérêt présent* a dit Rousseau T Cf voilà le grand mobile , il mène loia « et sûrement ». Jeu conviens quand il est dirigé par la vertu j mais il mène à tous les crimes , lorsque la seule nature le" guide comme dans Emile. La nature rapporte tout à elle, le crime même sert son intérêt; le désordre le.

plus affreux peut contribuer à ses jouissances. Ce n'est pas ainsi que je veux présenter à un élève le mobile de l'intérêt présent; c'est dans Tordre, l'utilité et la vertu qu'il faut le placer* Ij homme n'est point né pour vivre isolé y il se doit à tous parce qu'il a besoin de tous ; nec sibi , sed toti genitum se rredere mundo. Ce sont les précieux avantages de la vertu , qui , mieux que les sens et la nature ordonnent de solides rapports d'un intérêt présent bien entendu. A quoi sert dVgir par égoïsme,

C *°9 > injustice, ambition, si chacun peut en

(aire autant avec impunité? La société entière se dévorera donc? Mais si vous démontrez à votre élève, par de grands exemples et par ses propres actions, que son intérêt est de respecter la justice universelle; si vous lui persuadez bien que cette justice est supérieure à toutes les puissances humaines ; qu'elle peut renverser, par un souffle léger, tout lécha* faudage du crime et des passions, ne sera-t-il pas aussi persuadé que sans équité envers tous, il se nuit à lui-même puisqu'il peut à chaque instant être opprimé comme il opprime les autres ?

Ne sera-t-il pas encore persuadé qu'il seroit un être isolé, malheureux, nul, sans des rapports honnêtes et doux avec ses semblables? Alors il concevra que son intérêt présent est de maintenir de tout son pouvoir, l'harmonie de ces rapports. Or celte harmonie ne peut exister sans un respect inviolable de l'équité.

C'est ainsi qu'il faut développer l'intérêt présent, il faut même le conduire

C no j jusqu'à Pamour du prochain; il y est P us étroitement lié qu'on ne pense; la plus douce jouissance de l'homme est celle d'être airn^ et respecté, mais pour être, il f au t s'en montrer digne, il faut acquérir la confiance par des égards sincères et constans envers tous , par une bienfaisance habituelle; mais on n'acquiert point cetteestime publique, quand 1 intérêt présent n'est que le vil intérêt personnel; quand l'égoïsme sert de base à toutes les actions; quand l'égalité des droits est foulée aux pieds par l'impétueux amour-propre; quand la liberté n est respectée que suivant les convenances , quand on n'est équitable que lorsque l'agréable ou l'utile nous force de l'être; quand on n'est bienfaisant que pour satisfaire un orgueil insensé; quand enfin on ne possède qu'un simulacre de vertu , fruit de la bassesse et de l'hypocrisie.

Portons encore plus loin les suites de l'intérêt présent. C'est la mort qu'il faut montrer à l'élève comme le fruit des excès. Rien de plus certain que c'est

l'homme lui-même qui jette les preriiièr<?5 seipenceô de sa. destruction , par ses irpmodérations de tout genre. Si cepen-* dant le sentiment de sa propre conservation est inné' dans son cœur, son. intérêt présent n'est-il donc pas de saisir tout ce qui s'y rattache et de repousser tout ce qui peut lui nuire? Qui peut mieux conserver noire être qu'un équilibre parfait dans toutes ses parties? Or cet équilibre ne peut se trouver que dans le calme de$ passions, dans la paix sublime du cœur, dans les jouissances délicieuses des \ertus. VoiJa ce qu'il faut présenter comme des vérités permanentes à un adolescent, et savoir les reproduire sous diverses formes dans toutes StOS actions. Dites-lui : l'intérêt présent est-il de se livrer à Vintempé-> rance et au£ jouissances des sera ? Mais elles minent insensiblement' tout votre être. Votre intérêt présent est-il de vous livrer à l'injustice , à l'ambition , à la vengeance, parce qu'elles peuvent satisfaire vos besoins factices, vos désirs immodérés 9 vos sentimens orgueilleux?

Mais les effets de tout cela ne pourront-" ils pas retomber sur vous? Et quand yous réussiriez quels fruits en relirerezvous? Des agitations, des remords, souvent de la honte et de l'infamie , jamais de paix.

• Mais nous avons un ressort plus puissant encore que cet intérêt présent, ctest une religion divine qui peut mieux que tous les motifs humains , enchaîner les passions ; c'est elle qui d'une même main , console , secourt , encourage , punit et récompense; cest-elle qui peut élever l'homme au-dessus de lui-même, par de sublimes et doux rapports avec la divinité, par l'amour du bien qu'on ne goûte jamais mieux que par elle et avec elle. Ne négligeons donc pas un si puissant ressort; qu'il soit le complément de tous les autres correctifs. Partout la religion fécondera les moyens # humains en leur donnant plus de force, d'extension et de moralité. Cependant il faut éviter un écueil terrible ; qu'on ne fasse jamais d'un élève , un fanatique »i un superstitieux, il seroit bientôt

(»3) méchant ou hypocrite, mais qu'il pratique les devoirs sacrés de la religion* par reconnoissance envers son Dieu, par sentiment et par honneur. De cette manière, il pourra devenir un chrétien éclaire' sur ses devoirs , raisonnable sans petitesse, e'quitable par principes, par r goût , par intérêt et heureux par le bien qu'il fera (i).

(i) Il est beaucoup d'hommes qui agissent comme s'il n'y avoit pas de religion , et cependant tous se vantent .d'avoir des moeurs.

Qu'ils me disent donc s'il est Une meilleure garantie des mœurs que le christianisme?

Préféreroient-ils le tribunal censorial de Solon?

M. Gaudin de la Rochelle disbit: « Une ce chaîne non interrompue de bienfaits à rente dre et à recevoir, est je crois de tous les « biens le plus désirable, et si cet état étoit <t permanent et sans mélanges , il l'emportece roit infiniment à mon avis sur toutes les « descriptions fantastiques, bizarres ou inin- » telligibles que les diverses religions nous a ont données de l'état de leurs bienheureux >x

( Avis à mon fils, )

Voilà une de ces brillantes absurdités de la 1

Joignons à tous ces motifs l'exercice du corps. Plus un élève sera laborieux , " moins les passions auront de prise sur ses sens , sur son esprit et son cœur.

C'est une vérité heureusement prouvée par l'expérience , que l'étude dirigée par le goût et l'inclination , distrait un élève des désirs immodérés, tandis que la nonchalance et la paresse amolissent l'âme et la disposent k la sensualité* L'attrait de la vie domestique qu'une sage habitude a fait naître, excite plus à la vertu que toute autre situation de la vie sociale; cette foule de plaisirs éphémères jet factices, souvent ridicules et

moderne philosophie ! Eh ! par quels moyens humains peul-on établir une bienfaisance inaltérable et respective entre tous les hommes? Comment s©roieot-ils persuadée : , entraînés par des systèmes singuliers, quand ils résistent si souvent aux décrets de la divinité" ? En persiflant l'état dos bienheureux , M, Gaudin n'a suivi que les écarts de ses patrons, loin de les imiter dans leur réminiscence, car JJ. Rousseau , après tout, a célébré la gloire de la vie future.

cuisans, que le monde recherche avec tant d'empressemçns , n'a rien de comparable à l'agrément pur de penser, qétudiçr, de comparer, de juger; ni à la satisfaction de créer, d'embellir, de diriger quelques objets d'art ou de mécaniques. Habituez l'adolescent à de simples imitations, n'importe dans quelles parties pourvu .qu'elles lui plaisent Dèaquil s'apercevra qu'il saisit son modèle, vous verrez sa joie éclater, et si vot»

savez adroitement l'encourager, son goût se fortifiera , et le travail se changera en plaisir. .

Mais cet amour du travail ne s'im»

prime point subitement, il faut de bonne heure en jeter tes racines et les cultiver sans cesse, jusqu'à ce qu'une habitude forte en soit acquise. ( C'est ce que je crois avoir fait graduellement dafls Us précédens chapitres). Alors on pourra plus facilement dan$ l'âge des passions, assujélir l'élève à un travail ou à une étude continuelle, surtout à celle qui aura fixé sou choix.

Telle est la réunion des moyens que je propose, pour former une digue fortç

et bienfaisante contre la violence des passions. Ces moyens ne sont que généraux t mais il en est un grand nombre de particuliers dont les uns tiennent aux lieu*, aux circonstances , aux personnes et les autresaux caractères singuliers ,à ta tournure des esprits mêmes. C'est aux pères et

. aux maîtres à saisir leurs effets divers .

„ «t leurs nuances plus oti moins fortes.

Je ne dois point traiter dans cet ouvrage ni des causes multipliées des passions 9 ni de leurs effets meurtriers plus nombreux encore. Cependant je crois

. devoir entrer dans quelques détails sur une passion séduisante vers laquelle l'homme est ^pofrté par la nature d'une manière particulière; c'eit î amour, ce délire de la raison f ce feu brûlant qui dénature le cœur et l'esprit, qui conduit [ aux bassesses de tout genre, à des excès

affreux, à des tourmens cruels et à la mort. On a dit que froiouf est h passion des grandes âmes (î). Moi je demande combien il en est qu'elle n'a pas

■ m m» i i imi i i ■ mu . ■ " ■ ■ " ii » i ■

( i ) Oli ! qu'il est mal aisé , itisoit Agésiiaus , d'aipaer et d'être. spgejojtf ensemble l Putt

amolli, bouleverse, humilié? Combien

même parmi les hqmmes les mieux élevés 9 en est-il qui n'ont pas été entraîné à. des actions dont ils ont ensuite éprouvé des regrets et des remords ? Si tous les êtres doivent à l'amour une éternelle reproduction, il les tyrannise tous. Il n'est point de dangers plus grands dans l'adolescence , que : ceux dont les charmes de l'amour sont entourés. Et c'est une tâche aussi hardie que pénible de bien diriger un jeune homme sur ce point. Mais comment le faire, suivant le*, mentor d'Emile ?U regarde cjéjà .comme coupable tout enfant qui rougit. U innocence , dit-il , n'a honte de rien. OU donc trouverons-nous le signe de l'aimable pudeur, si ce n'est celui qui colore le front de la jeunesse et de la beauté? Faudra-t-il bannir de ^ terre cçtte pudeur, recherchée du libertin même? Ou bien consistera*t-elle à tout dire, tout voir, tout entendre, sans honte > sans . alarmes ? Cela doit être ainsi quand on veut que l'innocence ne sache pas rougir... . Suivons notre auteur.

<»8) « Les instructions de là nature sont m tardives et lentes , celles des hommes « sont presque toujours prématurées; « dans le premier cas, les sens éveillent « l'imagination ; dans le second, Tima- « gination éveille les sens ,ellfeleur dôtirie « une activité précoce qui ne peut « qu'énerver et détruire & la longue ».

S'il faut réjeter les instructions de là nature avec celle de l'homme, quelle est celle qu'il faut y suppléer? Est-ce l'ignorance qui plahoh'à Rcfusfceait ? Sàrik" doute puisqu'il ajouté. « Qu'il faut a Voir h vécu chez di?$ pbuples grossiers' et « simples-, pour connoître jusqu'à quel « âge on peut prolonger l'ignorante des « enfans». Or comment les maintenir assftez long-temps dans une ignorance absolue >de l'arttôur, et lés éclahrer eu- .

suite saris danger? Il me semble plus sage de leui* répondre avec vérité, quand ' ils font des questions positives sur l'a- T mour. Mais il est une manière prudente de leur faire connoître cette vérité. Dés.

réponses grossièrement naïves ou iiidiscrettes, produiraient tout à la fois la : -

( «9 ) honte et la curiosité; Celle-ci n'est ja*

mais sans danger en amour, car elle appelle bientôt l'impulsion des sens.

C'est ainsi d'ailleurs que Rousseau en conclut par une petite contradiction. Il ne veut point qu'on déguise ht vérité aux en fans, tout en rejetant les instructions de l'homme. .

Ces instructions ne doivent être données aux adolescens que lorsqu'ils les provoquent eux-mêmes et quand les choses, commencent à les instruire. Sachez alors concilier vos réponses avec les leçons de la natute; n'établissez point entrelles de vaines différences , mais présentefc-les dans un ensemble raisonnable pour leur donner une meilleure direction; prévoyez le danger partout ou il péttt être , afin que par là , votre élève s'en garantisse lui-même;

Rien n'est 1 plus à redouter ici que les mauvaises -compagnies ; votre élève sera un homme d'ebiett, s'il ne fréquente que des gens vertueux. Mais s'il vient à se fier à ces essaims déjeunes étourdis, dont la fatuité fait totjt le mérite, qui

,. ( lao )

rougirôient d être innocens, qui sont libertins par vanité, corrompus par amour-propre, épuisés avant d'avoir des forces, et vieux dès leur enfance, alors plus de remède , il est perdu sans ressource. Pères et mères, maîtres, que pour rien au monde vos enfans ne fréquentent ces pestes publiques, elles répandent un air empoisonné qui corrompt subtilement tout ce qui les approche. Vos soins assidus, vos laborieux travaux, vos leçons vertueuses, vos»

bons exemples , disparaîtront comme l'éclair devant cette tourbe de jeuneâ libertins.

Rousseau dit à cet égard; « Que c'est « bien moins de la' sensualité que de la te. vanité, dont il faut préserver un jeune « homme entrant dans le monde, parce « qu'il cède plus aux penchàns d autrui * « ^qu'aux siens (i) ». Cette proposition est encore extrême, car l'expérience nous apprend qu'il ne faut pas

(i) Emile, tome 5

plus laisser aller un enfant à la sensualité qu'à la vanité; il faut cire constamment en garde contre les deux à la fois.

N'est-ce pas la sensualité qui opère le relâchement des mœurs, qui mine sour^ dément les habitudes honnêtes , qui inspire le dégoût des vertus, qui enfin par degré , opère la corruption? L'auteur en avoït d'abord pensé ainsi (1). « Toute « idée de plaisir est inséparable du decc sir de jouir; tout désir suppose pri~ « vation, et toute disproportion est pé- « nible ». Or c'est la sensualité qui fuit naître lés idées de plaisir? donc elle amène le désir de la jouissance, donc H faut la combattre aussi bien que la vanité , pour repousser les désirs.

On ne peut s*étonner si le mentor d'Emile ne veut pas combattre les impulsions des sens. Jamais personne n'a proposé de meilleurs moyens que lui pour les favoriser, a Point de milieu ce dit-il , il faut être ou le confident de

(i) Emile , toraëS.

« Pelève ou son complice ». Il vaut mieux être un. surveillant se'yère. Si un élève devoit avoir des complices jusque dans ceux qui l'ont conduit dés le berçqa^, Iwlaul vaudrojt, le Jivi-er sans, r&flrflp à la nature et, au libertinage ; dèsr qu \] vçrroit $$s maîtres et sçftguides» partager; ses <ï*çqs, il sy livreroit sans, contrainte. Alors tout ce qu'an lui aurait dit et enseigne sur la continence, la tnjorale et les vertus, pç luljpatoifroit bie^tpt qui'un roman, ou l'hyipcwrUie qurbit joue le premier rôle. ,

De mâmçsj. les païens et les maîtres de l'élève dévoient êlre les confidens de •ses actions honteuses ,lafamiHarité qu'en»

iraînerpit de pareilles confidences,, par-/ ter oient d'abord de rudes coups à la dépendance filiale, et la licence arriverait par degrés» Je ne vero cependant point qu'on repousse les timides aveux d'un cœur neuf, épouvanté des premiers efforts des passions, je ne veux pas même rejeter les confessions du repentir. Je pense au contraire qu'il faut exciter ces aveux par des manières douces pqur

résistance, ordre et

mietri ^plîqt/è^tfe justes remèdes ; maïs H y a loîrf dé'aèTfa» £cé1ùf#e confident du crime.

" Au reste ïe philosophe de Genève ■tfeut bien être autre chose que le confia d^ W^ élève } il s'en

dëèî&fé ie ' ^prqtécïçur ', 'puisqu'il ' veut qu'effet .iè développent sans* reV"* — - A £ Vôtile2- Votfs dit-il , metti;e 1' te la' règle dans les passions naissantes?

<< Etendez l'espace durant fequel elles fTs«)deVelôp^ën^viafin. quelles aient le <c îehijjs^é &'ùit*aiïg$'$iKèskre quelles £ : naiWnt; J Àfdrs , Vç n'est pas Î!hommè (< f £jdi les' ôïtylhnfe , Veilla nàtuVë' elle- «t'irrième. Vôtre. soin West que de lui A laisser arranger son travail ».

- 1 X?est fcï'Vin 1 db'pli^ l da)igèréux f para^

doxes de RoOsjeâu etM airnerois autant

» t> h%- f :* ' '?" » ' i i •' » i : » ' 1»'' i ' ' enrè; laissez a.Uji passions le temps de se

fortifier librement* parce qu alors çlles

jetteront des racines si profondes, qu'on

lie pourra plus les maîtriser. La nature

éîilfes'orctb.^hanti leur imprimera toute

sota énergie 1 i et Fhomme ne leur ré,sis-

tant fftis 9 y J^pôSëra fè sceau de l'hâbi-

. (la4 >

tude; ainsi lWangemettf ; Iftre de la nature , assurera le triomphe perpétuel; des passions*

Cette paraphrase ne serait point chargée; mais comment Rousseau pourroit* il Taccorder avec cent propositions, dogmatiques qu'il a émises, dans Emile,, sur la modération de$ désirs et des<besoins , sur là résistance à la vanité , à la colère , sur le danger de l'incontinence?

Comment surtout pourroit-il l'accorder avec ceuç autre proposition , qu'il présenté pourtant dans le même feuillet ?

ç Si vôtre élève étoit seul , vous q 'auriez « rien à faire, mais tout ce qui j)'en~ « vironne enflamme son imagination ; « le torrent des préjugés l'entraîne, a pour le retenir , il faut le pousser en ç sens contraire; il faut que le senti-, « ment enchaîrie l'imagi^tiop, et que « la raison fasse taire l'opinion ». Certes ! , ici l'homme agit seul et non la nature ; Je torrent des préjugés ne naît que de lui-même, de sa vanité, de son ignq* rance ; le sentiment et L'intelligence luttaqt contre une mauvaise opinion, sopt

( 1*5 ) •des effets dé ta sagesse/ Ainsi la nature n'agit pas seule quand elle est poussée en setas contraire. Ainsi elle nbrdonne pas seule le développement des passions, puisque la raison est appelée pour enchaîner l'imagination .

-, Voilà «omme les systèmes d'Ëtnilè sont réftectiifc : >« Au reste* dit l'auteur, k tout esc folie dans les oeuvres dé k rhortî«îe.... Quelle itiâriie à* uti être « aussi passager, de regarder toujours « au loin dans Urt avenir qui vient si « raremerit, et de négliger 'le présent w dont il est sûr! » Àinéi lWdre ou la contradiction ; ta èottise ou l'esprit , la raisoh div le$ eacès 1 , 1 tout serait étrange! Ainsi là morale et la religion qui interdisent à Thomme des puissances désordonnées pour mieux assurer son bonheur/ne seroient plus que de ridicules chimère^ airtsi les lois tfài mettetit uri frein* là Cii^idl^ p^èehie , k ambition et aM^dé^rdr^>ùMalier9, ne sérôtent plus que des manies souverainement injustes; ainsi la sage politique qui conduit les peuples vers Tordre et l'avan~

( «8 ) deux qui leur seront laisses dans tous les genres? Nos savaos en douteront peut-être : mais Platon et Aristote se* roient bien plus surpris s'ils pouvoient voir aujourd'hui leurs maximes devenues familières, jusque parmi le bas peuple. Euclide , Àrchimède , Pythagore ne se trouveraient maintenant connoître que les élémens des sciences dans lesquelles on les jugeoit profonds*

Ce serait, ce me semble^ enlever aux arts et aux sciences un puissant véhicule que de supposer une impossibilité de surpasser ce qui est déjà beau et grand ; -ce serait appauvrir le génie et circonvenir son essor. Mais <e serait le paralyser complètement de croire à cette absurdité du philosophe d'Emile. « Si « l'on partageoit dit-il , toute la science a humaine en deux parties, Tune comte znune à tous les hommes > l'autre parte ticulière aux savans , celle-ci se trou- « veroit très-petite ». Ainsi plus l'homme seroit savant ou industrieux «et plus sa portion de science seroit petite. Est-ce que beaucoup de sa vans ne savent pas

en g&iéral tout ce' que sait le commun des honuir&s?T(e pd&sèdértt-fls pas encore de plus- léùfs'&icrices particulières?

S'il n'en étoit ainsi , mieux vaudroit laisser toute étude, il n'en faut point pour être ignorait (i). J.-J. Rousseau tendoiti* b ce but lorscjti'il disoit; « L'homme « dfe bf en peut être fier de sa vertu <t parce tpelle est S lui. Mais de quoi « l'homme d'esprit peut-il être fier ?

« Qu'a fait Racine pour n'être pas « Pradon » ? Au lieu, d'abaisser là tience et les savans aiix yeux ; de Wttvé;, ^safdhdni les faine briller 'dans tbud leur éëki -Wésëntons-hbi lés grands modèles dans tous les genres , mais suivons son goût particulier , favorisons-le de mi^e manières ' pour qu'il s'y attache plus fortement , et qu'il pénètre son

ait ou sa science dans toute son étendue.

Je sdppô&é Wêitidé ' dès ;' lâùgtiès terminée à la seizième bu dix-septième

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(t) TJt faerit taeliùs non didîcîsse. Cvs.Tusc. Qux/liL. II , C. IF, .

appée de, Qatepfi^.cçn Igç tot.éipài peut j^jsjg m>>to$m*:difm.iâ9Bb an lu» offre la riHW^Mla.ljFatiçu*»

Batts un âge moins.ayaflca, j'ai<:Qoseâté 1^5 lectures jfa prQmw* étémmt > de», ' sciences , q»'#n aigçajjdjsse- maintenant

ces 110(10,118, ep;$fjpq:ajHJ*>tort*roaii* détails et. aup m$iod£s M^tife^es^e»

faisant •m^d^çr; 1 |çuj^. r app0 rts ^..i eurSî beautés et surtout Iwrs .avantages; e a faisant saisir k véfi^ide t$pmi,4e6 baa$.

aHtei^-ft, ]\|aift queues agréables Kwewaee»

soien^aries;. pomw#, jutant i de. .détas* W«s, ^,(je,4ffi<raim dîawmEit /aria*

M» éJèwde. ^'p^^tiNu^R <}«» 4 fi** son njclinaikoi.

Par exemple, est-ce U théologie <p»

a captif lfl /;hoix. de. llelçye?; Atôrs kl, rhétorique* J* philosophie &M mqrafc lui sont npeessai^^-eftes mm*, d'i»-.

tro^uçtio», à : l'a^e ; lil.ftut $*w>rçjfu)H.

bjetneot s'exprio^r pour diseourfr delà sublime puissance du maître de l'univers et de ^a* bienfaisante doctrine"; it faut cqpnoîire . la nature eroiàro'fwwr mieux apprécier son. sApbèjàfe 4uteo*v>

( *3i ) La politique, la jimipruderieè', les Ai*thématiques tnêfrites.ne sont pofrit étrangères à un théologien , il *n est beaucoup qui y ont brillé et qui *iou9 ont laissa des chefs-d'œuVi-es dans «es divers gen-

res. : "' '"

Est-ce la jurisprudence tjui a : fixé rinclinatioh de Félève*? Toutes leé scien}ces lui sorit utiles. Toute* peûVferrit fëùtS rrir au jurisconsulte êtes matériaux abmrdarts, sapeur Fart oratoire - 9 soit pour tûêéfoer, comparer et juger isaitfemetrf dé* choses 'ë4 :i dë leur* effets si diversifié, 9(Àt pour Sè'ipetiétrer d'autant iWièux de Fesprft' des dîveWés législations. En gd^ riéràl, quel que soit l'art ou la science adoptée pat un élève , son esprit né pfeùt ^uèteèevôir de* développement dè*«itt$t*actk*** i , des àt ttemeris ^ bMqull percevra par fwlëctute et làVnéffltëtidii to diflffe&fMéb ste&nce*. flfài* tttfôtt 'jM tiéc**mite i <^f'ïl les approfôndiise tdlites > iine eonnéfcsattoe générale et juste , lui m&t. > • '• ''■ ; "• ' :>: - : '

Une pareille émet n'esft poirtî âà goût de foreur tf Eltfile. « Poim d'autres

( *5a ) h livresque le monde, dit-il, point d'au* M très instructions que les faits. L'enfant « qui lit ne pense pas, il ne fait que lire; « il ne s'instruit pas , il n'apprend que « des mots.».. Rendez votre élève attenw tif aux phénomènes de la nature ?

M bientôt vous le rendrez curieux etc. ».

L'iostruction par les faits esurçportante san* doute, mai* dit-elle tout à un élève?

Peut- elle même tout lui dire? Faudrat-il pour cormoâtre la plus petite chose, qu'il réprouve d'abord par l'expérience?

Rien n est plus lent et plus difficile que l'expérience dans les arts , puisqu'ils ; ne se sont formes ou développés , embellis ou perfectionnés que par des idées acquises pour ainsi dire pied à pied. Que d'essais, de comparaisons, de tentatives, il a fallu faire avant d'admettre un simple procédé 1 Que de peine? plus grandes (encore ont coûté à l'espèce humaine une méthode fixe d'enseigner tel art ou telle science! Un élève que l'on n 'instruiront que par des faits , seroit à pou près placé 4*ns l'état de nos premiers parons.

Robinsen Crusoé, ce modèle fameux

( *53 ) du mentor d'Emile , agissoit bien autrement que son admirateur l'enseigne* S'il étoit privé d'avoir des maîtres, il en copioit du moins les inventions, les me'thodes, les raisonnemens; au lieu dmyenter la science oujes arts, il trouvoit plus simple de se servir de ce qu'il voyoit établi; en se sauvant sur les débris de son vaisseau , il n'oublia ni son fusil, sa poudre et son plomb, ni sa hache et £-* scie; il n'eut jamais l'idée de supprimer ces instrumens pour en inventer d'autres. Enfin sa condition cessa de lui paroîire malheureuse, dès qu'il ne fut plus privé de l'aide de ses semblables, de leurs moyens , de leurs talens. Voilà ou Fhomme est naturellement amené* limitation est ce qu'il désire tout d'abord, mais jamais il ne parvient à inventer que péniblement.

Si d'ailleurs un enfant qui lit , ne pense pas , c'est la faute de celui qui le (ait mal lire, et dont la paresse ou lignorance ne sait pas lui demander compte } du fiens de sç, lecture plutôt que des

. < r34 ) mots (t)j c'est la faute de celui qui fa* tîgfie son élève par une trop forte application , ail Heu de lui apprendre à penser par tîe courtes lectures , de raison* ner avec lui sur un sujet lu , et d'en (aire l'application aux choses. Croit-on qu'un élève aimera baucôup les lectures scien-1 tïfiques, quand on les dépréciera sani cesse devant lui , ou qu'on lui en lais* sera ignorer les précieux avantages? Ici on veut le rendre astronome comme les sauvages» par la seule contemplation deë astres , sans daigner faire attention que «ette Science a déjà pour elle quarante siècles de 'méditations qui Valent bien là peine d'être consultées, pour aider I observation des choses. Là on reut qu'il soit mécanicien sans 1 avoir jamais yn de mécaniques; qu'il rectifie des batencesf sans les connoître; qu'il sort géomètre saris i calcula ni théories; qu'il apprenne tout enfin , seul et sfrns maîtres. De:

pareilles bizarreries nef ' sont que ridi-' culea, cessons de nous en occuper. :

- Voyons maintenant cfuefc sont fer

(i) Montaigne,

arts ï tes plus nécessaires fet les plus usuels au* hofnroes. A ce double caractère, onreconnolt d'abord le dessin , le père des' arts, le miroir de ta nature. H n'est pas d'enfant <fui rie désire dessiner , dès qu'iï rmt quelques essais eti ce genre. Il est' si naturel et si doux d'imiter, de forméiv dikmrùer pottr ainsi dire tout ce qui' flatte tes yeux 1 ^ le goût et l'esprit , on est satisfait de produire une chose gracieuse et belle, l'amour-propre s'applaudit lui-même d'ans Une heureuse production. Aussi il tfest point d'élève qui' à la première* idée, ne considéré le dessin comme tan pur agrérrièut , qu'on se garde bien de le dissuader; plus il s'en occupera avec plaisir, plus son goût se fermera , et quand' il sera bien prononcé y il ;sera temps 'de Piftisrrurrô' de la grande Utilkd di> tfèsitt. Ator*' moittréfr&ri'Ctt' ait chârtrrant , vivifiant 1 presque lotis lès autres, embellissant lés métiers les plus simples; faites lut connoitrejquil'est \ïàkrte de la peinture 1 et de la sculpture > le conseiller fidèle de ' rirchitecfef e ; et le confident discret dès ;

conquérons. Il n'y a point de temps particulier ou plus favorable pour apprendre cet art , le seul goût est le gage des progrès qu'on y peut faire; mais je pense qu'il faut y travailler long-temps pour y devenir profond. Ce n'est que par une étude courageuse et assidue, que l'on peut rendre les objets avec la grâce et l'énergie qui semble les animer»:

Cependant si cet art demande une longue pratique , il peut se cultiver comme une brillante fleur par un dotac passetemps. Voulez-vous distraire agréable* ment l'esprit de votre élève A fatigué de l'étude et du raisonnement ? Présentez lui un dessin léger , pur, élégant. Dès le premier coup-cfœil le sourire de la satisfaction vient animer ses lèvres, et son esprit veut déjà le. cqpten Désirez^ Vous le soulager de l'anxiété que çer-> taines passions peuvewt avoir jeté dans < son âme? Montrez -lui' quelques tableaux attendrissais , oh la vertu est récompensée. S'agit-il de lui présenter des modèles pour tel art s ou telle mécanique? Le dessin les fournit tous , il

# < *7 ) offre et les inventions et les inventeurs.

Mais gardez-vous de lui montrer ces dessins obscènes, fruit du mauvais coût et de l'immoralité'; rejettez même ces prétendus chefs-d œuvres qui offensent la décence et les mœurs*, ils doivent à mon avis être flétris dès qu'ils peuvent séduire l'esprit et corrompre le cœur.

. C'est encore par sa méthode favorite, que le philosophe de Genève veut apprendre le dessin aux en&ns; toujours les. choses et point de maîtres. Cette méthode ne seroit pas du moins celle du délassement. Mais n'anticipons pas sur le système de Rousseau , le voici. < « Les en fans grands imitateurs, es* « sajent tous de dessiner. Je voudrais « que le mien pratiquât cet art pour se « rendre l'œil juste et la main flexible; « il faut qu'il acquière la perspicacité k du sens et la bonne habitude du corps « qu'on gagne par cet exercice* Je ne lui ii donnerois pas un maître à dessiner, « qui ne lui donneroit à imiter que des a imitations. Je veux qu'il n'ait d'autres « maîtres que la nature, ni d'autres

( ÎSS )

* modèles que les objets ; je veux qu'il w ait sous les yeux, l'original même et « ri6n pas le papier qui le représenter «'Qu'il Rayonne une 'maison sor ; uïié u maison, un arbre sur un arbre , un « homme sur un homme ; enfin qu'il « s'accoutume à observer les corps et « leUrs apparences, et non pas à prendre a des imitations fausses ou convenk tionhfellès pddr de véritables. Je le « détournerai même de rien tracer do ér mémoire en l'absence des objets »♦

Dans tous les temps on a commencé ïe dessin, par des copies d'imitations, et cependant nous avotts eu dans loua fes' siècles des dessinateurs habiles; c'est en contemplant les tableaux des grands maîtres, que l'œil est satisfait, que l'esprit admire, que l'imagination s'échauffe , que le goût se forme fet s'épure.

Les' Appelle , les Michel-Ange , J les David, ont*ils dessiné d'âpres natlire dès îe premier; moment qu% ottt saisi un crayon ? Leur premier modèle a-t-il été un arbre : , une maison, un bras, une figure humaine? Je pense qu'ils ont du

'.(■■4*9.) nxpjrtf aYbntd'iflrwter des 'objelsiuturefe ,

4 *ppfii$ à tracer lés îignes^perp^ndicii- ^içe$,?t horizontales; les traks propres a ; Sfc|È*»Wç<jteU -corps plutck qwe ^ek eru^ Jres^ l$s premières ombres «t fefirrs variations. Je conviens cependant qu'après cps étémens et lorsqu'un élève commehce .àjFariet. ses profils i, ou «es faces *' qûll ; e$t «utile de lui fojre copier des corps j}a$urel$ pour, l'habituer de bonrte heure ià reprocher l'art de la ty*td^e. Mbfe jb ^soutiens, qu'il est ridicule; de commencer M& élève autrement que par l'imitation de . quelques objçts dessurés -ou grWè'sî jçe sjwoît lui présenter l'ait dans ladon* /Uak>n , saris hii 1 €H montre^ seùlemeni les pr^mief$-4>rooédé& Gommât rfort jw sa .seule forcée cet élève aririveroh-il à la beau*é,à.i'énergie, à la subîimit^ En créant sans doute kri-mêp*e ses moyéhs tt *es procédésy mais quels s#m ceux : qui poUcroitot le faine et combien l'ont feit?

' Sil est des arts qui exigeât tabitis d'assiduité et de pratique qûé le dessin, il n'en est point dont il soit indispensable de connùîtteJes premiers éiéAtens ayant

d'essayer, d'opérer 9 de produire/Sans principes, un art devient ïh certain et variable suivant Içs goûts , les for ces les caprices mêmes des artistes. Ses prorJ&Ws sont sans ordre ni but commun. Le gouverneur d'Emile aucoit-il pu dire par exemple comment un élève par la seule étude des choses, fixeroit le plafi d'un édifice, d'uni paysage, dune tête ou d'une académie ? Comment il découitfroit les règles propres à chaque sujet et même les simples lignes qui leur sont particulières? Est-ce que les proportions, les détails., les Formes, les perspectives, les jours , les demi-clairs sortiraient naturellement de l'imitation d'un arbre»

d'une maison ou d'un site, quejque charmant qu'il pût être? Les ovales f leur# figures diverses, leurs positions si multipliées , les profils, les demi -profils, tout cela s offriroit-il de lui<mcme ai* seul aspect d'une figure humaine? Un élèv* comprendroiwlien , desstnantsdns ctude un homme sur un homme, les vingt* cinq combinaisons sur l'ovale qu'un dessinateur doit çonnoitreV Enfin s'il

étoit asaez heureux de savoir tout cela par, invention ou inspiration , inventerait- il de même cette précieuse masse d observations anatomiques, fruit de l'expérience de tant de siècles., aussi nécessaires, à un bon peintre qu'à un habile dessinateur? Je n'en crois rien.

Au reste le prudent guide d'Emile, De tarde pas à donner un maître à son élève , tout en les rejettent sans distinction. Le maître est heureusement choisi, c est Itausstâu luVmême. « Dans cet exerce cice dit il ^ comme dans tous les au-»

a très: fe veujrle partager avec lui, je x « serai son émule sans relâche et sans « risques, je prendrai le crayon à son « exemple , je l'emploierai d abord a aussi maladroitement que lui; je m serois un Appelle que je ne me trou- <ç verois qu'un barbouilleur ».

Assurément voilà tout ce que doit faire un maître de dessin auprès d'un élève; dessiner avec lui, corriger, réformer, diriger» exciter et descendre à S4 foible portée. Est-ce là ce que Fauteur appelle n'avoir point de maîtres?

S'il n'y a; point de contradictions dàn*»

le* mots, il y enajcertes de frappante!

dans les choses.

C'est assez discourir du dessin. Après lui je ne vois que l'écriture, l'agridufhiite Gt l'architecture, qiai dans les atffci'soîéftt* aussi -généralement iutiles* 'week* hemméslf 4 ai déjà , përîe de tfédrilufe *t cte ; que j'en ai dit suffit à wiorn pfart. Quant à' l'agriculture ce que je dois eft dife , doitso placer "dans 'l'un ~dë&«4hè£iti>e9* suivons y et à l'égard <fe. f airfthi KéMhfe j 'je » dirai; que si tous les hommes' ont be^ sein de logernere y tous ne doiyetat'pas* savoir les construire;' tous onruto égaV besoin de vêtement, mais c#in'<e5t qnële ; petit nombre qui s'ofccupe : de lèà-'fa* çqnnèr de>iqs eti joli vé^j aie ntèm^Vër^ Ghitedtufie est ub attft particulier qui àblfr être réservé h 'ceux que l-i*fcliMàtton'èri > les circonstances y (testin^ent. Cependant les enfens des grands ou dès riches jie feront . qu?embellir le)jr éddca* tion, en y ajoutant les premiers élénïertfc* de ,lfa*chitecuire ; ellfe réunit d'àilleutrf beaucoup xb rapport affeé les -tort* m^

caniques, que le riche et le puissant doivent protéger et encourager.

Parlons maintenant des sciences les plus habituellement étudiées. Après la lecture , l'histoire, la gépgnaphie dorvt nous avons- traite, il faqt placer l'histoire naturelle , la rhétorique , la philosophie et la jurisprudence. Ces sciences sont utiles à tous les hommes y mais elles ne leur sont pas indispensables; on peut parler très purement y écrire avec ordre, élégance et énergie > sans avoir fait un cours de rhétorique dans les formes. Oa peut de même connoitre la nature, et le cœur humain , sans avoir étudié la philosophie, un discernement sain et l'exr périence suffisent pour cela. De mémo on peut connoîlre les lois de 1 équité et les devoirs sociaux , sans être jurisconsulte.

J'examine d'abord ce que le philosophe de Genève pense de la rhétorique. « Tous « ses préceptes dit-il, ne sont qu'un a pur verbiage pour quiconque n'en « sent pas l'usage pour son profit.

« Qu'importe à un écolier de savoir

cr comment s'y prit Annibal , pour de- « terminer ses soldats à passer les Alpes?

« Si je voulois enseigner la rhétorique « à un jeune homme dont les passions cr fussent déjà développées. Je lui prête senterois sans cessé des objets propres « à flatter ses passions et j'examine rois «c avec lui quel langage il doit tenir aux « autres hommes pour les engager à « favoriser ses désirs ».

Je pensé mieux de la rhétorique et je ne la crois point un pur verbiage pour celui-là même qui ne sait pas la tourner à son seul avantage. L'utilité des sciences dépend-elle donc uniquement de l'intérêt personnel? 11 me semble que leur utilitése fait mieux sentir envers la société. Un bon orateur, est utile à tous, au riche comme au pauvre, au puissant comme au foible. Celui qui combat les passions et leurs funestes effets, armé de toute la force de l'éloquence, s'il parvient seulement à porter ses auditeurs à se surveiller eux-mêmes, leur fait plus de bien que n'en feront jamais tous les systèmes édifiés sur l'intérêt per-

f&Stnel» 6i|rîl^mourïde .soi s sur fctrna* SiMf^ Celui .*q«i>lpciéie , .te'>flambeau^ da< la ^f^Qwïdstla tes ^tçurs ^bsturs. de la cbiÇcmfre et de la mauvaiise foi, [qui fait rfenpre J'hoaneiir, ia lijberle ,i Ja , fbrHme kLl^no.ç^m.op^ximéë^ ri'esNil ; donc pas, jpli&i utUej e*tewerii tla soèi&é; qu'à feitJto^Qt^Ewé respecter, la sûreté et

les idfoksrd fi citoyens, c'est laffermir le

fil v • > *

pact£ sçej^jcle.st s^nflr ri0leret.de fous»

ri; S'il îç^ppfile peu ja un éco&er de savoir fconwwgt s4wifeal; s'y? prit ^Qûr dçter-

,d<# t- U ■ ig?i<f reç , aussi , -tout» ce » qjui est ipropr£ dai?s Tart^raitoire à remuer lp cœur humain? Doifrdn lui laisser. ne- ^liger. l'ordre; d'une exposition,' les rixhee r*$â*vtfcee> $vœ uliteption , 1^ force et les g?açes de T^lQçgûfir*? ISq« sans doute, l'élève-doU rcmrtwfcre^ tout cela ppi*r frten trajtç r u& ^\ijpt,i JVfejis qu!<H> se garde de jamais lui. enseigner la rhétorique' en; lui présentant sans: cesse dès vb/çts propre?] &/ï#tteir Sf&pasi çions. .Gft.Aerpfcl vftùlpif : taifcpirpnipr.e proqaptffç^pt^oFlatl©* mpfl& te* j>ap~ ri. î

- ( xtf ) wons, vous les encouragez,, vous leur donnez une nouvelle force. 1k nature .demande toujours, quand elle nO'têBP contre point d'obstacles* Tomes 1^ passions humaines, s'étendent et se fotti-t fient par la feciKte:d^^sati3fèi^ifVèità ce que Texp&iewce d& t&ôb'lgs tjer#p$ taotis confirme : c'est donc uitë étrange question de demander queMatagagèitiëi*droit aux autres le jeune homme à' qb| l'on présenterait sans cesse tous les objets propres à flatte? ses pa&itità? Cefftes j il n'en tien droit point dVwu&qft*€éiti*<eit mes- jouissances sont ma M suprême*, j'y rapporte tout ce qui $àtisfaft'itto& •avidité, ce qui flatte mes sens. Qtfim- •porte les droite d'&ûfcrui? Je proscris 4 importune résistance et la folio pti* Talion. Je caretise soigrretisemetit mes passions , m m'en a donné l'exémpTe, et je nç vois rien de bon ni d'utile qUé eé qui • peut les alimenter et les satisfaire.

Ce n'est pas aiflsi que d'habiles maîtres .ont enseigna là rh&oiriquew Si les D^rtfK^fbèhé -et tes Cicéron ont eu tfveô art agiter les passions > "ce' h'est pas' en

les favorisant qnriljs <mt fait dos orateurs;

mais ils ont abondamment répandu les maximes propres à régler le jugement, les mœurs et la conduite ; ; ils ont peint en grand, les images destines à exciter la sensibilité du e«ur et à faire goûter iôSi charmes de la yertu.

; Telle est la base dVm bon enseigne* ment de la rhétorique. Qu'un habite maître ne s'en écarte' donc jamais; que dans les ditfeitens genres de pensées qu'A présentera au jugement de l'élève* il n'y ait rien que de simple , de ina* tarel, de -BMr«L Si d'abord il lui* Fait admirer les pensées qui offrent plui de grandeur ou de sublimité , soit par la nature de 1 objet , sort par la pompe des expressions et des ornemensy que tau* jours le vrai soit discerné, lui seul offre autant de majesté que lés richesses de fart. Fait-il ensuite connoître à, soft élève la nature d'une pensée brillante on fleurie* eu celle qui par sa simplicité plaît sans démonstrations? Que le naturel soit inséparable de ses définitions.

C'est par 'la ttafttfe *«'!* vérité qu'ont-

five à ces délicieuses peintures qui pro voquent le sentiment et l'émotion ^ oap* (ivqpt la ration et reprit. C'est encore par le beau et le vrai qu'on peut former un jugement sain, qui discerne le su»

blime d .avec le gracieux , ou lé pathétique d'avec le fleuri, qui ne confond pas les tours gracieux de Virgile, aVec les ornemens accumulés d'Ovide; qui discerne aisément le naturel d'avec la bouffissure ou l'apprêté, et qui ne prend pas Je désir de montrer de l'esprit ppur le vrai talent. . .

: : Cieat ainsi- qu'on écarte le frivole et le faux; au lieu d'arrêter constamment un élève sur certains brillans du raisonner ment, sur les pensées recherchées, sur les tours qui paroissent ingéqieux, sur Jes seutimènis f dcrqi-exprimes qpi laissent deviner le ; rest^ ; sur ces figures extrêmes *u*qfcelle$ le bon gpû t. est sacrifie > s,aicbep l'entourer de passages simples sans «bassesse, vils par la* force de la yérité et .attrayans parla justesse du goût. Gardez- «toUsi aufëi.de lui faire uniquement ad* -mm daus uu oi*yr$ge des^r^its étii>-

celante d'esprit,' comme si le resté leui* ëtoit inférieur. De tette& remarques faites avefc prédilection sont seules capables de donner à l'élève la manie dtt bel esprit ; bientôt il quitte le vrai et le naturel pour l'ingénieux où l'épigrammatique , il veut pàttouttrotfver de Tesprit et en jneltre de -même. Ce qui lui forme par degrtrt un esprit faux et un jugement bizarre; Que votre élève dans le sentier du vrai , amasse plutôt des faits, propres à régler ses, moeurs, à tempérer ses passions, à kïi foire iaimëb : ses devbirs: N'est-ou d'ailleurs sarvant que lorsqu'on a fait une colleclioïide pensées éblouissantes y 'de traits piquans, de passages brillants de coloris? Le style simple nereifti-il pas •ussi bien son objet que le style t guindé ou maniéré? No rend -il pa£ toute l'étendue d'une pensée , le caractère propre des choses et des personnes, lelifs formes, leurs effets et leurs grâces? Inventé paroît-ellè avec moins d'éclat sous les traits du simple, que sous les ornemens de l'ingénieux?

II est un autre écueil & éviter dans

l^nseignemônt de la rhétorftfoe > c'es* cetoi qui donne aux élèves tm$ tendance à: discuter sans cosse ;. éditez cktoc avec soin de leur présenter ces ouvrages sin* guliers, ou le pour et le contre sont dé* battus y examines et prouves avetf une apparente égalité de force ; nie les aceou* Uiniez point à former ees syllogisme* captieux qui montrent le faux pour la yérite\ « Qu'ils s'en moquent, a dîl « Montaigne; il est plus spirituel de l< s'en moquer que d y répondre » (i)* Eloignez de lui les subtilités du rai-* bonnement , les sophismes faux et ttom* peurs y cela conduit à l'esprit de contre-?

.verse ou de çhicanne ; l'art de disputer* dit Phtche f est le moins nécessaire de tous les arts. Moi je dis qu'il est danger «•eux, qu'il fait souvent du irial, rareï -ment du bien ; il ne forme ni un juge-»

paent droit,, ni n'améliore les moeurs, nèc ad\mêUùs vivendum y nec ad commodiùs disserendum. Enfin ne

ai û)% Esafti*^ !»#• Jter. cliap, ?5<

( i5i ) la&W point ma «lèves ae livrer à une abondance syperflue ; qui dit trop ne Sftfc,pas «crinei Qu'ils évitent encore la itfukiplicité des figures, des tours et des expressions recherchées , mais que ton-' jour* çt toujours ils observent la pureté du bagage; qu'ils ne produisant que des idées justes , bien classées et ordonnées ; des sentimens simples, vrais, naturels.

Poi*U dt'qiJeetatàaKi dans la prononciation, quelle soit aisée , sonore, accentuée et convenable au sujet. Voilà ce me semble tout ce quil feut pour former un jeune homme» à Fart oratoire.

C'est sequoa peut lui faire acquérir par la lecture et la méditation des meilleurs historiens, des poètes, des orateurs, en fixant toute, son attention sur la beauté des. pensées simples, sur la force des rabonneraera naturels , sur la honte des jugemèns formés par la vérité:

qu'on lui lasse remarquer aussi pour achever de polir son style, la cadence et l'harmonie des poètes ; la vivacité ou la profondeur de l'imagination i de l'invention} la disposition et l'énergie des

image* r maife que jamais-on tttÉQeityisfcl ses pensées et sopo esprit y ?à a©& « fctôftt^ fereuses : règles < qiri f efaihariraaiem £ateè& instruire, qui gênent le génie isa*i5 le 1 développer, qui circonscrivent 'son gofàt' et ses idées sans Jes émbelljn >Nè> sdu-t mettez donc le .travail de Yotre élèvp qu'à <Jes règles . nécessaire pour J^ordqe , la clarté y la ptiécisiçnV ' kr justesse^ Accoutumez-le à narrer io« fait fristori^u^ ,tme belle action dont il aura été témoin , un événement imprévu qui l'aura frappé.

Suivez. ses expressions ^ses'iidjées; ses constructions , redressez-lô • jusqu'à ce* qu'il sache lier avec ordre et simplicité les parties de son discours, et quand it m sera là , faites lui répéter le même exercice par écrit. Alors- s'il y parvient d'une manière agréable , soyez assuré qu'il sera assez bon rhétoricien.

Cette méthode naturelle est applicable à tous les enfanS' sans distinction; il suffit que celui qui lès guide soit dans le cas de la leur faire pratiquer. Elle a pour, garant de sa bpnté l'expérience même..

Combien d'homnaes m effet qui sans

avoir étudie ni humanités ni belleslettres , savent narrer agréablement y avec ordre , goût et clarté. Ces hommes-là ont été instruits par la connoissance , la vue, l'usage des choses > et par de bons exemples; qui, leur ont laissé la hardiesse et la liberté, tandisquc la timidité et l'embarras , sont souvent lé partage d'un jeune rhéteur , qui dès qu'il veut parier, cherche dans la composition, dans les tours, dans la prosodie 'y ou daris l'amplification, telle manière de s'exprimer plutôt que telle autre. l . t

Màià faisons maintenant quelques réflexions' sur la jurisprudence. S'il est Utile aux hommes de connofcrfc-leuri devoirs et leurs * droits , ; il est au itiôins inutile au plus grand "nombre de faire une étude approfondie des Digestes, d$s Pandectes ou des Novelles , dil droit des nations, ou des codes particuliers. Cette étude doit être exclusivement réservée aux politiques, à la magistrature, au barreau; ni les artfsteà, «i l'homme d'épée, ou le commerçant, ni le pro* priétaire tranquille ou l'industrieux ar-

tisan n'ont besoin de s'enfoncer dans la science épineuse des lois. Il leur suffit de savoir régler leur conduite sur la religion, les mœurs et l'équité , sur les devoirs envers le prince et la patrie ; en le conduisant ainsi, ils observeront les Jpis sans les étudier et sans être tentés d'exposer leur fortune et leur repos dans une dangereuse pratique des formes judiciaires. S'ils ont à défendrç leyrs droits contre des esprits inquiets , méchans, anxieux, la raison est préférable à ces formes sous lesquelles J équité succombe par desimpies omissions ; la délicatesse méfne invite ihprtn&ç, feomme à se relâcher de ses pu ik épiions. Un premier acte de condescendance est imité par un adversaire qiii e sait réfléchir, et si un médiateur $age sait profiter de la première disposition des esprits , la conciliation s'opère et .les droits de tous sont assurés. Cb/ivcn\t à Licibus quantum licet^ et jxcsoio an PquIo plus etiam quàm licet , abharrentem esse. Est enitn non modo libérale 7 paululum non num*

( i» ) quant de suo jure decedere , sed interdum etiamfructuosum (i).

C'est ainsi que tous les hommes judicieux en ont pensé , redoutant justement de se livrer aux griffes de la chicane. Cependant, et c'est une justice de le dire, les procédures qui sont faites dans l'esprit des lois, n'en sont que l'exécution pratique» pour garantir la sûreté des personnes , le respect des propriétés et Tordre social; mais l'avidité, la duplicité ont toujours su dénaturer les formes protectrices; l'ordonnance de 1Ô39 donnée K Villers .Çotterets , fut le premier monument qui rassembla en France , les élémens alors si épars et si variables, de l'art de procéder en matière civile; mais elle fut bientôt entourée par la cupidité et la chicanne , tellement que dès i563 l'ordonnance de Roussil- Ion la renouvela en grande partie. Celleci fut à son tour rappelée et fortifiée par celles de Moulins en i566, de Blois en

(1) Cic, DeOffic. Ub, 11, c« vuu'

1579, de Louis xnt en i6ag/Et tous ces codes eux mêmes, furent étendus, complettés, affermis en 1667, par la célèbre ordonnance civile de Louis xiv. Mais celle-là fut encore éludée et violée très fréquemment. De-là cette foule d'ordonnances , de déclarations , d'édits , tous interprétatifs et répressifs. En général la procédure a toujours eu con— tr'elle une opinion défavorable , non par son essence, mais par les énormes abus de sa pratique. Ils s prit à un tel point que l'astuce sait tourner , contre l'esprit de la loi même, les formes les plus simples et les plus bienfaisantes.

Je conclus donc que l'art de procéder n'est pas digne d envie, et que s'il fout donner aux enfaus quelques connoissances des lois , on doit , comme dit Locke , «r Se borner d'abord à une idée générale *t qu'on présente avec la morale et la « religion, puis leur tracer les nuances « respectives des différentes lois, dès « qu'ils grandissent, n

11 n'en est pas ainsi de l'histoire naturelle dont la connoissance est nécês-

sâîre à tous , parce quelle pteut aider h former des mœur£ douces. «Les idées de justice naturelle qui sont offertes dans l'universalité des êtres; les leçons de bienfaisance que nous pouvons prendre des simples habitudes des animaux; la modération ordinaire du plus grand nombre dans leurs besoins, tout cela est précieux pour la morale. L'histoire naturelle est une collection immense de tableaux vivans qui ornent l'esprit, épurent b goût, dressent le jugement. Elle est nécessaire à l'adolescence pour servir de contre-poids à ses passions naissantes ; elle Yest de même à l'homme mûr pour, s'affermir dans la sagesse , méditer dans la fin des êtres la sienne propre et s'y 4'esigner ayea courage. Enfin utile à tous par ses grands exemples, et agréableà tous par ses curieux détails, ses constantes variations. On peut dire d'elle ce que Horace a dit de la philosophie.

jEquè pauperibus prodest , locupletibns aeqoè , Et neglecta «que pueris senibuaque nocebit.

• L'étude de cette histoire est simple et facile , elle est à la portée de tous ; les

(i58) yeux et la mémoire suffisent k peu de chose près pour acquérir la commis-* sance de ce qu'elle contient de plus important Elle est d'ailleurs attrayante dans toutes ses parties par l'intérêt vif et soutenu qu'elle inspire j elle sera donc le délassement des autres sciences. Ainsi après une leçon sérieuse, ou des démonstrations de pur raisonnement , on peut sans crainte livrer un élève à quel* que sujet d'histoire naturelle; son esprit loin d'en être fatigué, y trouvera le repos avec l'agrément , et lors même qu'il ne croira que satisfaire sa curiosité, il sera dirigé vers des exemples moraux et utiles.

Quoique l'histoire naturelle soit de toutes les sciences la plus propre à être enseignée par les objets, un élève ne peut l'apprendre par les choses seules , sans examen , sans raisonnemens , sans comparaison ; autrement tout resterait confus dans son esprit. Là vue d'un animal, l'examen d'une plante lui diront-ils les différences et les rapports qui existent entre 1km et l'autre ? Lui feront-ils

( i6o ) ce vfent toujours de délasse mens les uris « aux autres ju Or les exercices du corps ne se font que par les choses , et ceux de l'esprit par. le raisonnement.

Encore une fois , il faut donc comparer l'un avec l'autre , et choisir ses comparaisons par renseignement du maître.

Gardez-vous donc d'imiter l'enseignement informe du mentor d'Emile, mais sachez allier vos théories à l'étude des choses; montrez lés preuves acquises par l'expérience et l'histoire , quand vous ne pouvez présenter les objets.* Cet heureux assemblage vous rapprochera de la nature même ; suivez- la dans toutes ses divisions , et rapportez à chacune tout ce qui lui est propre, sans confusions * sans minuties , sans répétitions sur les espèces; surtout ne fatiguez jamais votre élève de termes scientifiques dont tant de descriptions sont hérissées. Mais âttachez-rvous à faire des définitions simples de chaque sujet parcouru ; que Yé»

lève voye doublement la chose et par l'esprit et par la vue, s'il la comprend

Çïèo

bien il en raisonnera sans peine. Ver* baque, prwtiam rem non invita sequentur(\).

C'est ainsi qu'il me paroît facile de conserver à un élève une jouissance pure et toujours nouvelle, qui l'instruira sans peine et sans efforts; ces!

ainsi qu'à chaque pas ? on lui découvrira Tordre inimitable 'des êtres , leur treture , leur formation , leur reproduction perpétuelle.. Devant la nature dévoilée aux yeux d'un jeune e'iève , son âme se pénétrera de sa dignité, en même tefartps cjue ses foiblesses lui inspireront Wnë juste défiance de lui-même. Alote l il se regardera comme entouré d'un afmas de' chefs-d oeuvres, présentant sans cesse à; sa pensée, mille comparaisons élevées,' sources de richesses pour son esprit et de paix pour son cœur. j

( i ) HoraL De arte po et. v , 5 1 1 » ;

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