‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord et de ses rapports avecChapitre 103 sur 104 · Les Douze vertus (Tim Inm maître · texte numérisé non relu

Les Douze vertus (Tim Inm maître

poM pas seulement les vertus à pratiquer par un mattre vraiment digne de ce nom , mais qui donne, sur la direction des enfants, des conseils aussi plein de modération que de sagesse.

Nous avons lu, avec autant d*inlér£t que de profit , un livre déjà ancien, qu'il est malheureusement dirOcile de se procurer ; il est intulé : Méthode familière pour les petites écoles , et a été publié en 4769 par Mgr Drouas, évéque deToul. Le pieux et savant prélat ne jugea pas au-dessous de lui de s'occuper de Téducation des petits enfants, et d'entrer dans tous les détails qui peuvent rendre cette tàcbe plus facile. Ses instructions portèrent leurs fruits. Nous avons pu nous en convaincre, lorsque, visitant, plus d'un demi-siècle après, les paroisses de la Lorraine, nous admirâmes la bonne tenue des écoles , grâce aux traditions qui s'y conservaient encore. Heureux à notre tour, nos chers coopérateurs , si la Providence accordait de telles bénédictions aux paroles que nous vous adressons aujourd'hui sur le même sujet!

Enfin, nous signalerons & votre attention l'ouvrage d'un célèbre instituteur, le P. Girard S qnii sous un titre modeste, nous a donné un traité presque complet d'éducation : dans aucun livre, vous ne trouverez mieux établis les moyens de faire tourner Tinstructicn an profit de l'éducation , et de donner à tout l'enseignement un caractère profondément religieux.

Tous ces livres vous serviront de guides dans les conseils que vous aurez à donner. Entre les mains de l'insliiuteur, et médités par lui , ils seront comme des amis toujours présents et auxquels on peut toujours recourir. Quelques lumières que l'on possède, l'œuvre de l'édacation, dans l'état de nos mœurs, présente tant de difficultés, qu'on a souvent besoin de s'étayer de l'expérience des autres. Puis le zèle le plus actif est sujet à des intermittences , à des accès de découragement; il a des moments de lassitude , et c'est alors que le langage d'un guide éclairé , d'un ami sûr, vient A propos relever nos forces un instant abattues.

A la lecture de ces ouvrages, nous conseillons de joindre celle des bons recueils périodiques. Parmi ceux qui sont destinés à l'instructiou primaire, nous pouvons signaler avec confiance le journal publié depuis plusieurs années, sous le titre: VÈducation\ et que re-

I. ne fFme}gnement régulier ûe la langue tnalemeOe, par le pèrei«irnrd.

APPEii^DICK. 447

commandent a tos suffrages son caractère grave et religieax une parfaite connaissance des matières et l'exposé journalier des méthodes et des procédés d'enseignement sanctionnés par l'expérience. Vous trouterez dans ce recueil les notions dont vous ayez besoin pour vous tenir au courant des améliorations à introduire , et les moyens k employer pour faire tourner au profit de l'éducation morale et religieuse les efforts et les conquêtes de l'instruction proprement dite.

Telles sont yos attributions spéciales; c'est dans ce but que vous devez étudier toutes les matières, surveiller la direction, l'esprit, les tendances de l'enseignement. N'allez pas au delà; n'empiétez pas sur les droits de l'instituteur. A lui de poursuivre l'application des méthodes, k TOUS d'en examiner les résultats. Que s'il survient» sur l'emploi même des méthodes, quelque divergence d'opinion, ne prétentendez pas imposer la vôtre ; ramenez le maître à vos vues, d'abord par la force de vos raisons, par la douceur de vos procédés et surtout par la démonstration des avantages attachés a votre manière de voir. N'en appelez b l'autorité que dans le cas où vous seriez témoins de choses contraires au règlement , offensantes pour la religion , dangereuses pour les mœurs. Hors de là, nous sommes convaincus que vos avertissements suffiront, surtout s'ils ont en même temps pour base une connaissance approfondie des matières, et pour seul mobile le salut des âmes ; car, en résumé , c'est là le but : quand il n'est pas compris, l'école n'obtient ni faveur ni succès.

Ne voir dans l'instruction primaire qu'un moyen d'apprendre b épeler des lettres, à grouper, soustraire ou multiplier des chiffres , à tracer des lignes , c'est abaisser, c'est réduire k d'insignifiantes proportions un enseignement qui doit avoir une tout autre portée. A quoi bon savoir lire , si l'on ne comprend pas ce qu'on lit; si, incapable de distinguer l'erreur de la vérité, on s'expose à substituera l'ignorance originelle un faux savoir plus dangereux encore? A quoi bon savoir écrire, si l'on n'a ni idée juste ni sentiments nobles & exprimer et à transmettre ? A quoi bon savoir calculer, si une raison droite, une conscience éclairée ne président aux calculs et n'empêchent d'en faire de purs instruments d'égolsme ou de rapine? Ce qa'il faut, c'est bien moins de communiquer telles ou telles données positives que de cultiver les facultés de l'homme pour en faire un être raisonnable, sachant distinguer nettement sa nature morale et Intel-

4i 8 Àl^PENDlCE.

lecluelle de la nature malérîelle et grossière qui l'entoure, et comprendre la parole qui doit T engendrer à la lumière et à la vertu.

De ce qui précède il résuite qu'il y a trois points essentiels à considérer dans rinslrocllon primaire : d'abord, les connaiêiancei elles-mêmes qu'il s'agit de transmettre; ensuite, les méihodef et les proeédét d'enseignement ; enfin , le déveleppemetU moral et iniêlUeêtêilf qui doit être le résultat et le couronnement de l'œuvre.

Vous savei que, d'après la loi, Tinstruction primaire embrasse les éléments de doctrine morale et religieuse , la lecture, récriture, la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures. H peut eomprendre, en outre, des connaissances accessoires, qu'il serait utile de voir admettre dans le plan régulier des études, mais que le peu de temps passé dans les écoles ne permet pas d'y introduire d'une manière générale. ^^

La loi , en plaçant l'instruction religieuse en première ligne, a voulu montrer quelle importance elle y attache. 11 est inutile d'insister sur ce point avec vous, Messieurs, et de vous rappeler qu'ici il ne s'agit plus seulement de surveillance mais d'action ; il y a une part personuelle a prendre, des instructions régulières ii donner, des habitudes chrétiennes k transmettre. Arrêtons-nous un instant sur ces dtui parties.

L'enseignement religieux comprend nécessairement l'étude teituelle des prières, le catéchisme et l'histoire sainte. Votre premier soin sera de veiller h ce que les enfants apprennent leurs prières dès leur entrée à l'école. Il n'est pas nécessaire pour cela d'attendre qu'ils soient en état de les lire ; un élève plus avancé peut très bien les leur enseigner en les récitant et les faisant répéter phrase par phrase ou par membres de phrases. C'est même un utile moyen d'employer le temps pendant lequel les enfants ne peuvent prendre part i d'au* très exercices.

Vous n'attendres pas non plus que les enfants approchent de Fftge de la première communion pour leur faire apprendre le catéchisme; ce retard est cause qu'on ne le sait jamais asses bien. L'année de la première communion se trouve surchargée d'études presque toujours mal faites, parce qu'elles sont pour ainsi dire improvisées. Dès que les enfants sauront lire, c'est-*h-dire vers Tége de hnil ou neuf ans, vous leur mettrez entre les mains le petit catéchisme du diocèse. A

dix aiM, ils apprendront lé grand catéchisme, de manière fl n'atoir pluaqa'k le repasser pendant i*aD née delà première communion, qui sera ainsi une tériiable année de perfectionnement

L*histoire sainte est généralement trop négligée; et cependant, ainsi que Tont obserté Pénelon et Rollin, quelle étude est mieux appropriée aux dispositions du premier âge de la vie ? Le soUTerain créateur du ciel et de la terre, sans rien perdre de sa puissance et de sa majesté , s'y montre comme un père au milieu de ses enfants. Les touchants récits de la Bible, la tie des patriarches, Thistoire de Joseph, les miracles de Moïse, les meryeilles de la terre de Ghanaan , l'enfance de Datid , la sagesse de Salomon , la Jeunesse miraculeuse de Daniel, la verte et valeureuse vieillesse du premier des Maccha*bées, et plus tard, la vie du Sauveur, dont tous les pas sur la terre sont marqués par des bienfaits : tout ici parle au cœur, h rintelli. gence, k Fimagination de Tenfance ; tout est fait pour Tintéresser et lui plaire.

Il serait h désirer que les élèves les moins Instruits, ceux qui tté-^ queutent l'école le moins longtemps, connussent au moins le catéchisme historique de Fleury. A l'égard de ceux qui peuvent recevoir une instruction plus développée, nous ne vous indiquerons aucun livre en particulier. Vous pouvez choisir, parmi les histoires saintes revêtues d'une approbation épiscopale, celles qui satisferont le plus lé maître et qui vous paraîtront offrir le double caractère d'un enseignement simple et intéressant. Nous n'avons pas besoin de vous inviter h compléter autaut que possible cotte étude par une histoire abrégée de l'Eglise : nous sommes convaincu qu'elle est très propre k donner à la jeunesse une idée exacte de notre sainte religion et des bienfaits qu'elle a répandus sur lé monde : tous vos efforts tendront à la propager.

Noos regardons aussi comme fort utile de ne pas laisser ignorer adx enfants les principaux traits de l'histoire religieuse de leur diocèse. L'intérêt que nous éveillerons pour les saints personnages qui ont été les apôtres de l'Évangile dans telle ou telle province, les fondateurs des institutions , les créateurs des établissements dont les bienfaits se sont perpétués jusqu'à nos jours, ne peut qtie les affermir dans la fol de leurs pères, dans le respect des pieuses traditions de l'antiquité, et dans leur attachement poor le sol natal. Aussi, faisons-

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nous préparer en ce inoinenl ei dans ce but une histoire des saiofs fondateurs ou bienfaiteurs de l'église de Bordeaux. Ce sera un moyen de rendre populaire les noms bénis des Delpbin, des Seurin, des Amand, des Paulin, des Macaire, des Uomain, des Gallicieny des Emilion, des Simon Stock, des Léonce et des Gérard. Tous ces noms étaient tombés dans un ingrat oubli : pourquoi ne pas les faire revivre au milieu de nous ?

Enfin , pour court)nner renseignement religieux, vous tiendrez la main à l'exécution des règlements qui prescrivent aux instituteurs de faire apprendre, chaque semaine, révangile du dimanche. Les enfants le récitent en classe le samedi : cet usage est excellent; vous veilleres à ce qu'il se maintienne dans les écoles oh il existe déjk , et à ce qu'on l'introduise dans celles où il ne serait pas encore en vigueur.

L'Évangile ainsi appris de bonne heure, répété pendant plusieurs années , non-seulement se gravera dans la mémoire des enfants, mais laissera dans leur cœur de profondes et salutaires impressions. Ce sera le véritable fonds de vérités éternelles, qu'aucun mensonge, aucun sophisme ne pourra altérer plus lard. Ce sera ce bouclier de la foi dont parle Tapôtre , qui les garantira des atteintes du siècle plus que ne le peut faire aucune parole humaine. Ces impressions seront fortifiées par les exercices de piété, savoir : les prières da matin et du soir, l'assistance aux offices de l'église les dimanches et les fêtes, sous la surveillance de l'instituteur, et la fréquentation des sacrements.

Quant aux prières qui doivent se dire tous les jours en classe, vous déterminerez vous-mêmes ce qu'il convient de faire, en ayant égard à l'âge des enfants, dont il serait imprudent d'exiger des formules trop prolongées. En général, il sera bon de s'en tenir, pour le matin et pour le soir, aux prières qui se trouvent dans le catéchisme du diocèse.

On commencera la première classe du jour par la prière du matin, suivie du : Vene%t Esprit $aint; on la terminera par VAngelui^ le Souvenex-vous et le BenedieUe. On commencera la classe de l'aprèsmidi par les grâces, suivies du : FefMX, Etprit saint; on la terminera par la prière du soir.

Nous appellerons aussi votre attention sur la manière de réciter les prières, si propres à faire naître et à entretenir les sentiments reli-

gieuz des enfants. Trop soavent on leur laisse contracter des habitudes de légèreté et d'inattention, qui les suiyent dans tout le cours de la ?ie. Il en est ainsi lorsque, suivant l'usage le plus général, la prière est dite ezclusivement par les élèves. Invitez le maître i la faire lui-même fréquemment, afin qu'il donne l'eiemple du calme et du recueillement avec lesquels on doit parler k Dieu. Qu'il les accoutume a articuler les réponses gravement, posément, sans brait, avec ensemble, ce qu'on obtient sans trop de peine, pour peu qu'on y tienne la main.

En ce qui concerne l'assistance à la messe et aux vêpres , nous n'avons rien de particulier k vous prescrire. Vous savez que les règlements obligent le maître )i y conduire ses élèves; nous sommes persuadé d'avance qu'il se montrera ponctuel dans l'accomplissement de ce devoir. Si vous pouvez compter sur lui, il n'en est pas toujours de même des parents, dont l'indifférence paralyse son zèle. Encouragez , soutenez ses efforts par les moyens qui sont en votre pouvoir. Ainsi, n'admettez à la première communion que les enfants qui, pendant les années précédentes, auront assisté régulièrement aux offices et au catéchisme. Ayez soin aussi de les placer b l'église de manière, non-seulement que le maître les surveille facilement, mais encore qu'ils puissent voir les cérémonies. Lorsqu'ils sont trop loin de l'autel, ils restent étrangers à ce qui s'y passe, la distraction s'empare de leur esprit» leur cœur est soustrait b Pinfluence que la majesté du culte exerce sur les fidèles. Il n'y a plus pour eux ni participation à la prière commune, ni aucune de ces émotions qui alimentent la piété et déterminent quelquefois les plus nobles et les plus héroïques vocations.

Nous vous avons déjà priés de vous entendre avec l'instituteur pour fixer l'heure de vos instructions à l'école: déterminez de même, d'un commun accord, les instants où vous appellerez les enfants au tribunal de la pénitence , les jours et les heures de vos catéchismes.

Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur les méthodes a suivre pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture; les observations générales que nous faisons ci-après suffiront à cet égard. D'ailleurs, vous savez que la meilleure méthode pour un maître est celle qu'il comprend le mieux et qu'il enseigne avec le plus de plaisir. Toutefois, il en est de tellement imparfaites, de tellement vicieuses,

qu'elles loiit de nature à exercer une lâcheuse influence sur le juge» ment et les habitudes des enrants. Il est donc à désirer, quand elles sont malheureusement établies* de poufoir successivement las amé* liorer et les remplacer.

Si les détails nécessités par le développement de la seconde partie de notre travail, paraissent à quelques-uns s'écarter du but que nous devons nous proposer en écrivant ici comme chef spirituel du trou* peau, qu'on n'oublie pas qu'à ce litre nous joignons • depuis près de vingt ans« celui de membre des conseils académiques de Nancy et de Bordeaux. En nous lisant, on se convaincra que nous avons eu l'iQ«tention de rendre plus sacrées, plqs obligatoires, les prescriptions émanées des chefs du corps enseignant. Serait ce trop des erforts réunis des éviques et des recteurs de toutes nos Académies pour l'a* mélioration de l'enseignement populaire?

Cette instruction pastorale n'empiète sur les droits de personne ; elle est adressée a MM. les curés de notre diocèse , qui noa^seulement ont le droit d'enseigner le latin i trois ou quatre élèves, mais qui pourraient encore au besoin, en remplissant les conditions you-lues par la loi , donner l'instruction primaire ; elle arrivera aussi à toutes nos communautés religieuses d'hommes et de femmes , aocoutumées k receToir de la bouche de leur évéque tout ce qui peut les aider à remplir dignement la tâche qu'un admirable dévouement leur impose.

Quand les enfants sont en état de lire couramment) l'aetion que vous avei à exercer devient plus directe, car alors commence, pour ne plus cesser, FinQuence delà lecture sur l'éducation. En général , on ne sait pas assea tirer parti de la lecture dans les écoles i on ne fait lire ni asses longtemps ni assez souvent , et on passe trop tôt à des exercices auxquels les enfants ne sont pas suffisamment préparés. Il ne s'agit pas seulement d'enseigner aux élèves à prononcer nettement, a articuler d'une manière distincte , mais encore de les mettre en état de comprendre ce qu'ils lisent, et pour cela, de leur expliquer le sens et la valeur des termes» la liaison des pensées ; de leur faire sentir l'esprit caché sous la lettre , la Tenté sous la forme ; de réveiller de bons sentiments à propos de nobles paroles, de travailler au développement de la conscience morale, tout en pariant k Timagination. Fables, paraboles, traits

d'histoire , découvertes , inTentions , Toyages, tout sert au mattre intelligent et zélé qui veut la gloire du Seigneur et le bien de ses élèves.

Mais le point essentiel, c'est qu'on ne se serve que de bons livres. Il y a malheureusement pénurie générale k cet égard dans les écoles rurales. Puis les parents, dans leur ignorance, s'imaginent que le premier livre venu est bon pour faire lire un enfant, et le désir de s'épargner une dépense les attache à cette erreur.

Combattez h la fois les préjugés et l'avarice des familles. Plaidez la cause de vos ouailles auprès du conseil municipal ; obtenez-en l'acquisition d'un certain nombre d'ouvrages qui , mis entre les mains des élèves , serviront longtemps et ne grèveront pas beaucoup le budget annuel de la commune. Tâchez, de votre c6té, de pouvoir prêter on donner aux enfants de bons livres, qu'ils emporteront au foyer domestique et qui seront lus dans les longues soirées d'hiver.

Quand donc la société, battue en brèche depuis près d'un siècle par les écrits les plus irréligieux et les plus obscènes, comprendra-telle qu'elle ne peut se défendre qu'il armes égales ; que, tout le monde voulant lire, il faut prodiguer les ouvrages qui moralisent et édiflent? Quand comprendra-t-elle qu'il est d'une utilité au moins aussi incontestable de mettre à la disposition du peupie des bibliothèques instructives et religieuses, que de.doter nos communes d'un chemin, d'un lavoir ou d'un hôpital?

Que les parents vous aident ou non, que les conseils municipaux vous assistent ou vous délaissent, votre devoir est toujours le même ; vous pouvez toujours le remplir. Vous avez toujours k veiller k ce que la semence jetée dans les âmes jeunes et pures soit de bonne qualité, à ce que le pain offert à ces intelligences novices soit d'une nature saine, à ce que les livres mis entre ses mains inexpérimentées soit scrupuleusement choisis, à ce que tout ce qu'ils renferment porte II la connaissance de Dieu, à l'amour et à la pratique du devoir.

Rejetey non-seulement tout ce qui serait contraire aux mœurs et à la religion , mais encore ce qui ne serait pas de nature h exercer une saintaira influence. Ne perdez pas de vue que ees lectures doivent servir i donner aux élèves une foule de notions qu'ils ne reeevrai0nt point autrement, et que des livres d'un caractère trop se-

rieux, trop abstrait, pourraient rebater l'enfance et la dégoûter de la yertu, si on la présentait sous des formes tristes et ennuyeuses.

Hais Tos précautions seront inutiles si le maître ne yous seconde, comme elles seront toutes efficaces si, s'associant à votre solliciCude, il ajoute aux mesures de prudence indiquées une sanction tonte pratique.

Combien il serait à désirer que Tinslituteur fît cbaque jour à ton le la classe une lecture sur des sujets variés, qu'il commenterait et qui deviendraient pour lui l'occasion d'une foule d'explications et d'avis utiles ! Les veilles des dimanches et fêtes, elle aurait pour objet l'explication de la solennité du lendemain ; les autres jours elle roolerait sur des points différents, tels qu'ils conviennent a des enfants qui ne savent rien et qui ont tout à apprendre : des récits de l'histoire de France , des anecdotes morales , des notions sur les sciences naturelles, l'agriculture, Tindustrie, l'économie domestique. Parmi les ouvrages propres à remplir ce but, nous pouvons en indiquer plusieurs : Le Livre de lecture courante de M. Lebrun ici Loisin d'un Curé, le Peuple imtruit par $e$ propres vertus , Pierre Giberne, Antoine, Simon de Nantua avec le caractère essentiellement catholique que l'auteur se propose do donner à une nouvelle édition ; la Pieuse paysanne, MilanieetLueetti, la Veille de Noël, les OEufs de Pâques, le Val d'or, le Curé de Bérilés, Réponses courtes et familières, le Dimanche des soldats, la Caserne et le Presbytère, par MM. de Ségur.

L'écriture appelle moins votre attention que la lecture. Vous n'avei guère a iotervenir dans cet enseignement , si ce n'est peut-être pour recommander au maître de veiller à ce que les enfants ne contractent pas des habitudes de corps qui puissent nuire à leur tenue et à leur santé.

Vous prendrez garde à ce que les modèles d'écriture placés sous les yeux des élèves ne contiennent que des préceptes moraux et des citations à leur portée ; car ici rien ne doit nous paraître indigne de la plus scrupuleuse vigilance. Un fétu enflamme l'œil; nn mot peut pervertir une intelligence, une ligne fausser l'esprit, corrompre l'âme.

Dans le programme obligatoire, la loi place, a la suite de l'écriture, l'enseignement delà langue française. Remarquei ce mot, dont on semble ne pas comprendre la portée ; car, dans la pratique ha-

biloelle, on enseigne la grammaire et non la langue. L'école rurale doit faire ce que, dans les villes, les parents, les amis, les relations de société, font tout naturellement pour l'enfant des classes élevées, lequel parle nettement, correctement , souvent avec esprit et élégance, sans avoir jamais ouvert un livre, ni entendu citer une règle de syntaie. Pourquoi, dans les écoles, l'enseignement ne revétirait-il pas ce caractère pratique ? Parler et faire parler les enfants ; interroger beaucoup ; obliger à des réponses qui deviendront, par l'babitude, promptes et claires; ne serait-ce pas le moyen d'apprendre la langue aux enfants, an lieu de charger leur mémoire de définitions obscures, de règles difficiles, dont nos villageois n'entendront plus parler au sortir de l'école? Que leur bagage grammatical soit donc simple et léger. Apprécier la valeur des mots , construire logiquement la phrase, et savoir surtout se servir de la parole pour traduire nettement sa pensée, c'est tout ce qu'il faut de science pour former, non pas de petits philosophes, ce qui est inutile, mais des hommes raisonnables, usant avec convenauce et mesure des dons de Dieu et des trésors de la langue maternelle.

Voilà les idées que, dans vos entretiens avec les instituteurs, il faut leur faire goûter; et, pour les mettre sur la voie, recommandez)! leur attention le livre que nous vous avons déjk signalé, V Enuignement régulier de la langue française^ l'un des plus remarquables ouvrages d'éducation, dont les principes ont été récemment mis en pratique dans un Cours élémentaire de langue française a l'usage des écoles primaires ^.

Nous désirerions trouver le même caractère de simplicité dans l'enseignement de l'arithmétique. Tout instituteur qui ne veut pas faire parade de science, s'efforcera de rendre l'étude du calcul intéressante par ses applications : il aura pour but, dans le choix des problèmes, de démontrer les avantages de l'ordre, de l'économie , du travail, ou les inconvénients de l'intempérance et de la paresse, les fâcheuses conséquences des vices et des passions, les suites funestes de certaines habitudes et de certains préjugés encore répandus dans diverses localités.

Ici s'arrête le programme des connaissances rigoureusement exigées, et il est probable que, dans le plus grand nombre des écoles

; 1. Cewt élémentaire âe langue francai9e,pn MM. Michel et Rapet.

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niraieg, Im ëlètM n'iront pas an dala. Maux vanf , an effet, insister sur les connaissanoes indispensables et y arrêter asseï longtemps les enfants pour qu'ils les possèdent bien, que de passer trop rapidement sur ces éléments, pour effleurer d'autres études moins utiles. Cependant la loi, préToysnt qu'il 7 aurait des eas ok ee programme serait Insuffisant, avonlu indiquer un supplément d'étndes.

Si dans les éeoles rurales on s'en tient généralement aux strietes limites du programme, néanmoins il y a des localités où l'instituteur peut, avee afantage, ajouter i son enseignement quelques-unes des connaissanees ficultatives ; ce sont les Tilles et les bourgades où l'exereiee de l'industrie, du commerce, de l'agriculture, demande, soit des applications pins nombreuses de l'enseignement élémentaire, soit des connaissances spéciales, et où, en même temps, les enfants suivent plus régulièrement et plus longtemps les écoles, et peutent y recer oir par conséquent une instruction plus étendue. Il est facile de voir que le cadre des connaissances requises ne saurait suffire aux besoins de ces populations. Vous ferez donc une chose utile de faroriser, et de provoquer an besoin l'établissement de ce deuxième degré «partout où l'affluence des élèves, les habitudes et les ressources des localités le rendent nécessaire.

Mais pour que ce double enseignement puisse marcher de front sans se nuire, Il serait h désirer que les établissements où il est en activité eussent , comme chez les frères des éeoles chrétiennes , un mettre poqr chaque degré ; ce qui devient plus fecile depuis que la loi reconnaît des maîtres stagiaires et encourage leur institution.

En présentant ainsi aux enfants des marchands , des artisans et des fermiers une instruotion, d'un cAté, plus élevée et plus complète que l'enseignement primaire actuel, et de l'antre, mieux appropriée aux besoins de leur condition que l'enseignement secondaire, on les empêcherait d'aller perdre cinq ou six années à des études de latin et de grec, qui n'ont d'antre résultat que de les dégoûter des professions auxquelles ils sont destinés, de leur donner des habitudes, des goûts et une ambition qui, en les déclassant, font le malheur de leur vie et troublent la société.

Passons rapidement en revue, Messieurs, comme nous l'avons fait pour le premier degré, les diverses branches de connaissances ajootées à l'enseignement du deuxième, et voyons jusqu'à quel point et dans quel esprit vous piravei eiereer ici une favorable influence,

fiant empiéter loutefeis tar les aUribntions rëtenrëes k l'antoriié académique, et même en secondant ses vaes.

L'histoire occupe le premier rang. Déjli, l'histoire du peuple de Dieu et celle de l'Église ont initié les enfants k ce nouveau genre d'étude. Il ne s'agit donc que de le compléter en y rattachant des notions générales sur les divers peuples de l'antiquité et des temps modernes. En les groupant ainsi autour de l'étude de la religion, on leur donne un lien commun, qui permet de les embrasser avec plus d'ordre et d'ensemble. L'action de la Providence dans le développement de rhomanité devient plus visible, et le but oh tendent tontes les nations appelées k la connaissance d'un même Dieu , a l'observa* tion d'une même loi, aux bienfaits d'une même rédemption, apparaît de plus en plus évident.

N'oublions pas cependant que l'histoire de notre pays exige une étude plus développée. Si elle ne devait consister que dans un exposé de dates arides , dans une fatigante nomenclature de batailles, de traités et de noms propres , on ne voit guère le fruit que les élèves pourraient en retirer.

Ce que l'éducateur doit se proposer en faisant connaître aux élèves la série des événements les plus remarquables, des faits les plus éclatants, des personnages les plus illustres par leurs talents, leurs vertus ou leurs services, c'est dMnspIrer, avec le respect des traditions nationales, l'amour de la patrie et par là même un noble désir d'imiter ceux qui ont bien mérité du pays.

Sans doute , le simple abrégé de l'histoire qu'on met entre les mains des enfants, ne peut suffire, dans sa sécheresse , k développer ces nobles et utiles sentiments, ces impressions vives et durables, qui supposent le récit détaillé des faits, l'appréciation des caractères, des mesurs, des hommes proposés comme modèles. Il faut donc suppléer à l'insufGsance de l'enseignement classique, par une série de lectures bien choisies, dont on exigera périodiquement des résumés, faits de vive voix par les élèves, suivis de questions posées et d'explications données par le maître : pour la clarté du récit et la suite des événements, ces explications seront toujours appuyées sur les tableaux chronologiques, qui deviennent le cadre où se fixe le résultat et des lectures particulières et de celles faites en commun , soit à la fin de la classe pour les garçons, soit pendant les heures de travaux à l'aiguille pour les jeunes filles.

De môme que reoseigoemenl de l'histoire doit, en donaant Tindispensable connaissance des faits, élever Tâme et ennoblir les sentiments du jeune âge, ainsi la géographie, tout en lui donnant la description matérielle du monde, doit parler )i son cœur et à sou intelligence) en lui exposant avec le langage de la foi, la grandeur de Fœuvre de Dieu, les merveilles de la création, les prodiges de son inépuisable fécondité , l'invariable régularité des lois qui régissent l'univers, la parfaite harmonie qui unit entre eux tous les règnes de la nature.

Ces vues d'ensemble, si propres a exciter l'admiration , la reconnaissance envers le Créateur , ne nuiront en rien aux leçons techniques, qui se réduiront k l'étude attentive des cartes et des questions résuAiées dans une méthode déjk en usage dans les écoles et qui ne forme qu'un cahier de quelques pages.

C'est encore ^ un système de lectures convenablement choisies qu'il faut recourir, au sujet de quelques autres connaissances énumérées dans la loi et pour lesquelles on ne saurait avoir la prétention de créer des cours méthodiques dans les écoles primaires.

Du reste, la loi a indiqué le caractère et les limites de cet enseignement en le restreignant à ie$ notioM des seienceê pkyMtquet et de rhiêtaire naturelle, appUeablee aux usagée de la vie , en excluant par Ui même toute prétention scientifique, toute exposition de théories, de systèmes, que ne comportent ni l'âge ni le degré d'instruction des élèves, ni le temps passé k l'école.

Recommandez donc aux instituteurs de se garder de faire parade de connaissances techniques, qui n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont à la portée des enfants et qu'elles s'appliquent aux usages et aux besoins de leur condition. Il en sera de même des instructions élémentaires sur l'agriculture, l'industrie et l'hygiène , dont il est question dans la loi.

11 est évident qu'il ne peut s'agir ici ni de cours réguliers , ni d'expositions savantes, ni de traités spéciaux k mettre entre les mains des enfants.

C'est un but pratique , simple et indiqué par le bon sens qu'il faut atteindre. Et pour cela, vous n'aurez pas de peine k faire comprendre k l'instituteur que sa tâche, sous ce rapport, consiste surtout k saisir toutes les occasions de donner a ses élèves quelques sages conseils; h leur montrer les inconv<^nients d'une habitude vicieuse;

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a faire de temps à autre des promenades destinées h reconnaître les insectes, les plantes, les terrains, les progrès de la végétation ; à indiquer sur les lieux mêmes Tinfluence des saisons, des divers étals de Talmosphère, du cours des rif ières ; à donner, autant que possible, la raison des phénomènes naturels; en un mot, à montrer partout le doigt de Dieu et sa miséricordieuse et puissante sagesse , de qui, selon récriture, dépendent la force des éléments, la nature et les instincts des animaux , la variété et les vertus des plantes, les vicissitudes des saisons, les révolutions des années, Tharmonie des étoiles : Ip$e enim dédit mihi ut êciam virluUi elemmlarum^ t^tcûsitudinum permutationeê et eommutattones lempor uni, anni eut* sue et etellarum dieposiiionee; naturae ammalium et iras beetia^ rum^ vim ventorum et virtutee radieum*.

Pour être en mesure de venir, sur ces diverses matières, en aide à l'instituteur, peut-être aurezvous besoin de reprendre vous-mêmes les études qui vous ont autrefois occupés; mais ce ne sera ni sans attrait ni sans profit que vous évoquerez d'anciens souvenirs et que vous vous tiendrez au courant des progrès journaliers de la science.

Parmi les branches de l'enseignement facultatif, la loi comprend encore :

L'arithmétique appliquée aux opérations pratiques, Tarpentage, le nivellement, le dessin linéaire.

Le dessin linéaire a peut-être été beaucoup trop négligé jusqu'ici dans la plupart des écoles. Gela tient sans doute a la manière vicieuse dont il y a été compris et enseigné. On l'a presque toujours confondu avec le dessin artistique et d'ornementation , comme s'il se fût agi de former des peintres et des architectes , tandis que cette élude doit avoir pour but :

•f*" De former le coup d'œil et d'exercer l'enfant à bien apprécier les distances, les dimensions, les formes des objets ; 2'' d'assouplir la main en l'exerçant a reproduire ces mêmes objets avec une parfaite exactitude au moyen du crayon. Y a-t-il quoiqu'un qui n'ait à tirer grand profit d'une semblable étude? Quant a la marche à suivre, la nature elle-même l'indique.

Outre les avantages matériels que procurera nécessairement à tout

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