‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord, et de ses rapports avec les doctrinesChapitre 39 sur 107 · n« part., t. XL · texte numérisé non relu

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à la doolde propagande religieuse et politique dont les libres communes sont devenues les centres. Quelques pasteurs, grâce an réseau de chemins de fer qui relie toutes les provinces du Nord, jettent le feu d'une parole provocatrice sur les populations qu'elle enflamme : leur chef, H. Uhlich^ est désormais le promoteur d'un vaste mouvement qui menace de transformer l'Église évangélique : il va siéger, en vainqueur, à l'assemblée nationale de Berlin.

Bientôt, la politique fait volte-face : les événements se précipitent. Dénoncées par l'Église officielle comme des foyers de conspiration politique, les libres communes sont surveillées, traquées, détruites pour la plupart. Quelques-unes survivent, et la plus forte de toutes; celle de Magdebourg. M. Uhlich reprend possession de son domaine. Assisté d'un collègue, M. Sachse, et certain qu'en dépit des poursuites dirigées contre les associations réprouvées, son nom n'a pas cessé de retentir aux oreilles des masses comme un cri de ralliement et comme un mot d'ordre, il reprend la direction de la commvnavié que, par habitude, on peut nommer sa paroisse; et c'est au centre de la Saxe prussienne que règne, encore aujourd'hui, celui qui, depuis douze années, donne tant de souci au protestantisme légal ; qui, en ce moment même, conserve dans les rangs inférieurs du corps ecclésiastique beaucoup d'adeptes secrets , et que la voix publique a proclamé le chef des Amis protestants.

Quelle était la devise du pasteur Uhlich au moment où il signifiait sa rupture à l'Église évangélique? Avant tout, point d'éclat ) ni de fracas. M. Uhlich , à ses débuts, est venu parler très^ simplement le] langage qui, n'en déplaise aux ^Ithuheraner , n'est que la logique même du protestantisme. « Il est de notre droit et de notre; devoir, disaient par son organe, en 1841, les pasteurs assemblés à Halle, de discuter et de scruter avec notre raison tout ce qui se présente

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SOUS le nom de religion., • CTest pour nons une stricte obligation de persévérer dans notre charge, et dans notre vie. Noos Boos le promettons les uns ani antres comme nous ravoDs depois longtemps promis à Dien. Nons sommes heureux de la pensée que notre croyance et nos efforts reposent sur le fondement de TÉglise protestante, lequel est toujours Christ : voilà pourquoi nous nous appelons les Amù proiestasUs, »

Ni théorie, ni fantasmagorie scientifique ; aucun lien apparent avec les philosopbies batailleuses. Un iyiième est un fragile édifice; quand Tédifice s*écroule, tant pis pour qui avait eu la candear d*y chercher un abril H. Uhlich était prudent; lors- ([n'en 1844 les Jeunes hégèUene s'efforcèrent de l'attirer à lui : < Bâtissez votre temple, répondirent ses amis aux philosophes, nous TOUS encourageons de nos sympathies ; mais ne nous forcez pas à y entrer. »

BoQc, point de système pour remplacer un symbole, point d'autorité substituée à une autorité, point d'école établie sur les ruines d'une Église ; mais simplement, —c'était conforme aux instincts de la foule, — un rationalisme vulgaire se présentant, avec des allures modestes, comme le prodoit na-turel de la raison du peuple, comme un fruit qui se détache sans effort, & sa maturité, de l'arbre même du protestantisme*

A ce débat de sa carrière militante , le pasteur Uhlich présente de singulières analogies avec un Américain célèbre, ministre protestant lui aussi, Ellery Channing. Ghani^iiig, je le sais, n'a jamais déserté les grandes idées de la per« sonnalité divine et de l'immortalité de l'âme, et sa raison n'hésite pas à proclamer la supériorité du christianisme sur la philosophie. En sa qualité d'Américain, il préfère l'observation aux conjectures, les faits aux théories. Mais s'il accorde au Sauveur une existence réelle, il rabaisse sa personne aux proportions de l'humanité. Pour Channing, comme pour

M. Uhlich à son point de départ, la religion est une sorte de compromis entre le rationalisme et la révélation, un arianisme qui exclut les mystères de la foi'chrétienne, sans oser admettre les témérités de la critique pure. Tous deux repoussent les formules dogmatiques quelles qu'elles soient. Pour l'un ni pour l'autre, la vérité religieuse n'est indépendante et absolue ; elle n'existe pas en dehors de l'esprit qui la perçoit. Aussi variable que sont diverses les intelligences, elle n'a, pour parler la langue d*outre-Rhin, qu'une valeur essentiellement subjective, et l'unité de croyance n'est que le nom pompeux sous lequel se déguise l'esclavage des âmes. Point d'articles de foi, conséquemment point d'Église; et ainsi, la redoutable argumentation de Bossnet, celle qui, sous la plume hautaine de l'auteur des Variaiionsy accablait le protestantisme dogmatique du dix-septième siècle, passe, sans l'effleurer, au-dessus du protestantisme insaisissable de Channing et d'Uhlich. c Je ne vous donne, déclare Channing, les opinions d'aucune secte; je vous donne les miennes. J'appartiens, il est vrai, à cette société de chrétiens qui croient qu'il n'y a qu'un Dieu et que J.-C. n'est pas ce Dieu unique ; mais mon adhésion à cette secte est loin d'être entière... Je désire m'échapper de l'étroite enceinte d'une Église particulière, suivant la vérité humblement, mais résolument, quelque ardue et solitaire que soit la voie où elle conduit.» «f Qu'est-ce qu'une Église? disait à son tour le pasteur Uhlich ; une autorité qui immobilise la doctrine. Une Église, sous peine de se nier elle-même, dit nécessairement : « Tout ce qui n'est pas ma pensée est erreur; conscience individuelle , je ne te connais pas , et si je te rencontre, c'est pour t' écraser. » Et nous, fils du libre examen, nous apporterions notre pierre à cet édifice menaçant de Y Église I nous viendrions nous enfermer dans cette Église protestante de Prusse, où le roi est évêque, où le chris-

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tianisme officiel est une branche de radministratioii jlnblique I Non* non , soyez franchement pour TÉglise , ou franchement pour le libre examra ; soyez catholique, on soyez protestant. Or les seuls vrais protestants, c'est nous, les amis de la lumière. Nous avons protesté, pendant de longues années, contre la transformation de la communauté (Gemeinschaft) en Église (Kirche), et c'est parce que notre protestation a été vaine que nous avons rejeté le nom même de TÉglise, et que noas sommes devenus libres communes^. »

Ainsi, ce n'est pas au catholicisme que le pasteur de Magdebourg réservait ses mépris; c'est à ce fils bAtard de la réforme qu'on appelle le protestantisme orthodoxe, à ce com* promis illogique, qui, sous les traits d'une religion^ n'est que le masque d'une pensée politique.

Et maintenant, sur quelles bases devait reposer l'édifice qui allait abriter les générations nouvelles? c La commune» reprenait M. Uhlich, la commune vivante, la libre commune, repose sur cette conviction que l'esprit de l'humanité pos<» sède une puissance invincible de développement : respect à la souveraineté de l'esprit, respect à la liberté de son essor ! La forêt est-elle moins belle parce que des arbres d'espèces diverses y projettent leurs branches vers le ciel? Encore VDB fois, nous nous rallions à ce cri : Une commune, point d*Église! >

Que si l'on demandait au pasteur ce qu'il pensait de la personne du Christ : «Ce qu'est Jésus en lui-même, répondait-il, je n'en sais rien, et la réponse me manque ; mais, ce qu'il es( pour moi, cela je le sais : il est mon Sauveur... Que Jésus ait vécu, qu'il ait été une personne unique sur la terre, je le crois, car on le juge assez aux fruits qu'il a laissés, mais ma raison m'interdit de le reconnaître comme Dieu. »

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