Voypz II' partie, chap. 1 er , section
vent être invoquées eontre les parents des élèves dont le domicile est séparé de l’école par une distance de plus de deux kilomètres.
L'obligation de fréquenter l’école s’étendra sur l’année entière, à l’exception d’un mois dans les villes et de trois mois dans les campagnes.
Dans les villes de moins de 8,000 âmes, le commissaire de police, et dans les villes dont la population s’élève au-dessus de ce chiffre, un ou plusieurs commissaires spéciaux ( commissaires des écoles) rechercheront et signaleront au maire les familles dont les enfants ne fréquentent pas l’école et ne reçoivent d’ailleurs aucune éducation dans la maison paternelle 1 * * 4 .
Trois avertissements, à huit jours d’intervalle, seront donnés, au nom du maire, aux familles dont il s'agit. Si ces avertissements ne produisent aucun résultat, le maire citera les pères, maîtres ou tuteurs devant le comité des délégués communaux, et, d’après l’avis de ces délégués, prononcera contre eux, selon les cas, soit la radiation des cadres du bureau de bienfaisance, soit une amende, ou bien les condamnera à faire, ou profit de la commune, une ou plusieurs journées de prestation.
Tous les mois, l’instituteur remettra au maire la liste des enfants qui auront manqué l’école, avec indication du nombre des jours d’absence. Il indiquera, en regard de chaque nom, les motifs d’excuses allégués. A défaut de motifs légitimes, les pères, tuteurs et maîtres seront cités, comme il est dit plus haut, et sérieusement avertis par le maire.
1 . Un recensement de cette nature présente moins de difficultés qu’on le
suppose. Il a été fait tout récemment, par exemple, avec une stricte ex-
actitude, dans un des quartiers les plus populeux de Paris, par un administrateur habile , M. Leroy de Saint-Arnaud, conseiller d'État, maire
du XII* arrondissement.
CONCLUSIONS. 565
A la troisième absence non légitimement motivée, ils seront passibles de l’une des peines ci-dessus énoncées.
Le principe de l’obligation une fois posé, il appartiendrait aux autorités locales d’adapter aux circonstances la sanction pénale, et de l’appliquer avec tous les ménagements de la prudence.
A part les mesures accidentelles dont on vient de parler, il est, pour obtenir l’assiduité des enfants à l’école, un moyen permanent d’action sur les familles. Ce moyen consiste à exiger la rétribution, non pas seulement pour les quelques mois où les enfants fréquentent l’école, mais pour toute l’année. L’établissement d'une rétribution annuelle et non mensuelle, intéresse les parents à faire en sorte que les enfants suivent exactement les classes 1 . Plusieurs conseils généraux et quelques conseils académiques ont proposé
1. Je lis, dans une instruction de M. le Préfet de la Haute-Loire (janvier 1855):
• Ce délaissement des écoles pendant plusieurs mois est un fait général et fatal pour les jeunes caractères comme pour les jeunes intelligences. Les enfants perdent, pour la plupart, pendant cette interruption, non seulement une partie de ce qu’ils avaient appris, mais, ce qui est plus grave, les habitudes d’ordre, d’étude et de discipline qu’ils avaient pu déjà contracter. A ces divers points de vue, je devais m’en préoccuper et chercher un remède. J’ai l’espérance de l’avoir rencontré, en ouvrant aux familles la faculté de remplacer le paiement mensuel de la rétribution scolaire par un abonnement annuel.
• Ce n’est point, d’ailleurs, arbitrairement que le taux de cet abonnement a été fixé à 6 fr. Cette somme représente, d’après les calculs que j’ai fait faire, la moyenne exacte de l’argent versé annuellement jusqu’ici par les parents pour chaque enfant payant qui fréquente les écoles. L’économie et l’intérêt de leurs enfants se réunissent donc pour recommander aux chefs de famille l’adoption de l’abonnement. J’espère qu’ils le comprendront ainsi, et quo la mesure diminuera immédiatement la déplorable désertion de l’école pendant l’été. Elle devrait du moins avoir cet effet entier à l’égard des enfants que la charge de la rétribution seule en faisait éloigner durant cette saison, et, à l’égard de ceux que leurs parents ont réellement besoin d’utiliser aux travaux des champs, elle devrait les y
d’adopter ce moyen indirect de consacrer l’obligation de l’enseignement. Dans le département de la Meurthe ce système est appliqué depuis le 1 er janvier 1855. Le prix de l'abonne* ment y est fixé aux 2/5 du montant de la rétribution pour l’année.
Section V. — Moyens de perfectionnement.
XIII. — Rétablir les conférences entre les instituteurs. Chaque canton doit avoir ses conférences; il importe que ces réunions se tiennent toujours sous la présidence de l’inspecteur primaire d'arrondissement. Abandonnées à elles-mêmes, elles s’égarent au hasard, sans profit pour les maîtres et au détrimentdesétudes régulières. Dirigées par les représentants officiels désintérêts scolaires, elles peuvent contribuer efficacement, en provoquant une émulation féconde et des comparaisons utiles, au progrès de l’instruction primaire et à la diffusion des saines idées.
Les conférences doivent avoir lieu, dans chaque canton, trois fois par an.
Dans chaque séance, un des instituteurs donne lecture du rapport qu’il a été chargé de préparer sur une question scolaire; et ce rapport devient, pour les membres de la conférence, le texte d’observations que le président contrôle, et d’une discussion qu’il dirige en l’éclairant.
Il est, de plus, traité, dans chaque conférence, de la situation, des besoins, des progrès de chaque école en particulier. II y est donné par l’inspecteur explication des règlements de l’autorité supérieure ou de l’autorité scolaire départementale.
L’inspecteur signale chaque année à l’autorité académique
ramener pendant les intermittences que présentent ces travaux dans un pays où l’agriculture est encore si peu avancée. •
CONCLUSIONS. 505
les instituteurs qui se sont le plus distingués dans les exercices de ces conférences.
XIV. — Etablir, partout où le permettent le zèle des instituteurs et la bonne volonté des administrations locales, des classes du dimanche pour les adultes. La création de ces classes est, à vrai dire, le seul moyen de perpétuer les résultats du premier enseignement, et de prolonger, dans l’intérêt de l’enfant devenu homme, pour le développement de sa vie intellectuelle et morale, l’action concertée de l’Église et de l’école.
En France, comme au delà du Rhin, partout où est ouverte une école primaire, devrait exister une école de répétition (Wiederholungschule).
Il serait très utile que des prix décernés par les conseils généraux encourageassent tout ensemble dans les écoles et l’assiduité des élèves et le dévouement des maîtres.
Il ne faut pas hésiter à le dire : dans l’état actuel des choses, en l’absence d’un moyen régulier de préserver les enfants du peuple, à leur sortie de l’école primaire, de l’abandon moral qui les attend , une grande partie des sacrifices consentis par les familles, les communes et l’État sont. prodigués en pure perle: pour la moitié des élèves des écoles primaires, dans les conditions présentes, l’édifice de l’éduca lion populaire manque du couronnement qui seul peut, en l’achevant, le préserver de la ruine. Tant que ce couronnement fera défaut chaque génération est condamnée à recommencer, sans profit pour l’avenir, une tâche dont les chiffres et les faits démontrent chaque jour la stérilité : l’école du dimanche, pour les adultes, est le complément nécessaire. La charité privée, en dotant plusieurs villes de sociétés de patronage pour les apprentis , a devancé l’action administrative. Il importe que l’initiative gouvernementale élève une création si utile à la hauteur d’une institution publique.
Dans l’ordre des faits scolaires, voilà nos conclusions.
Élevons-nous maintenant à des considérations plus générales.
L’Allemagne, depuis un siècle, esté la recherche du principe su r lequel doit reposer l'éducation . Elle a demandé ce principe aux différentes écoles de pédagogie, qui, au nom de la pensée philosophique, ont successivement imposé leur domination, au delà du Rhin ; elle s’est livrée tour à tour à des systèmes qui, à des degrés divers, présentent ce caractère commun de ne pas tenir compte du dogme fondamental sur lequel est bâti tout l’édifice chrétien. Non qu’entre ces systèmes il y ait parité et confusion : j'oi signalé les traits caractéristiques de Basedow, de Pestalozzi , etc.; et je ne confonds pas plus M. Diesterweg avec le fondateur d’Yverdun que je n’identifie Feuerbach et Hegel. Je connais toutes les distinctions qu’il faut maintenir, toutes les divergences qu’il convient de constater. J’affirme seulement ces deux choses : premièrement les écoles de pédagogie dont il est ques • tion, qu’elles invoquent l’autorité de Pestalozzi ou qu’elles s’abritent sous le drapeau des libres communes , s’accordent en ceci, qu’elles repoussent, sur le point décisif de la science de l’éducation, l’autorité de la tradition chrétienne. En second lieu, là où la foi en la déchéance originelle n'existe plus, la véritable notion de la nature de l’homme est altérée; le point de départ comme le but de l’éducation sont méconnus, et l’ordre moral est en péril 1 .
On sait à quelles extrémités redoutables la fausseté du point
î • La vérité, quant à la nature humaine, écrivait récemment M. Guizot, est dans la foi chrétienne. C’est dans l’homme lui-méme que le mal réside : il est enclin au mal Je ne veux point faire ici de théologie ; mais je me sers, sans hésiter, de ces termes qui sont les plus exacts et les plus clairs. Le dogme du péché originel est l’expression et l’explicalion religieuse d’un fait naturel, le penchant inné de l’homme à la désobéissance et à la licence. » (F. sur ce point fondamental M me Neeker-Saussure, et M. Saint-Marc-Girardin, J. -J Rousseau, sa vie et ses ouvrages.)
CONCLUSIONS
de départ a conduit, souvent à leur insu, les penseurs dont la logique populaire se chargeait d’interpréter les doctrines; on sait avec quelle énergie l'instinct du salut public a déterminé, contre des théories longtemps souveraines, la réaction de la pensée chrétienne. On a vu les gouvernements, dans une sorte de ligue défensive, se mettre à la tète de toutes les forces sociales, et traduire les protestations de la conscience publique en lois et eu règlements, qui ne sont autre chose qu’un retour pur et simple aux principes traditionnels. L’acte d’abdication des systèmes révolutionnaires a été déposé, au delà du Rhin, entre les mains de la puissance qui n’avait cessé d’en combattre les périlleuses applications, entre les mains de l’État.
De tels faits ont une signiücation décisive; et cet exemple de l'Allemagne est, pour tous, un grand enseignement.
11 n’est plus permis de s’aveugler désormais : l’instruction primaire doit se proposer, non pas de jeter les intelligences dans des voies inconnues, non pas d’affranchir les esprits de la tutelle du passé, mais bien de les faire participer aux idées éprouvées par le temps, contrôlées par l’expérience ; de les mettre en possession des vérités indiscutables et des résultats acquis ; de rattacher, en un mot, la génération qui s’élève à la génération qui l’a précédée : elle a pour devise, non pas le mot : indépendance, mais le mot : tradition.
Une idée capitale, disons-le hautement, se dégage de l’élude de ces expériences hardies qui, sur tous les points du monde moral, dans les conditions les plus favorables d'indépendance, conséquemment de succès, et sous le patronage de noms illustres, ont été accomplies, en Allemagne, depuis le milieu du siècle dernier; elle est celle-ci :
En dehors du christianisme, tout développement de l’activité humaine conduit à une erreur et à une faute. La théorie
d’une éducation humanitaire est convaincue d'impuissance 5 depuis le christianisme, on n’est homme qu’à la condition d’ètre chrétien.
El comme la vie morale d’un peuple ne saurait, après tout, être gouvernée par d’autres lois que la vie de l’individu luimême, à la formule que nous venons de présenter, il faut ajouter ce corollaire :
Le christianisme est le seul fondement sur lequel puisse reposer l’ordre général : principe d’éducation pour l’individu, il est le principe et la règle du développement des sociétés.
« La religion chrétienne, a dit un profond penseur', donne le point fixe qui nous manque et auquel nous aspirons. Les diverses églises chrétiennes ne le placent pas toutes au même lieu et ne l’organisent pas toutes sous la même forme ; mais toutes le possèdent et s’y réfèrent. Pour nous, protestants, il est dans les livres saints, dans cette parole que nous n’avons pas écrite et que nous ne pouvons effacer. Là sont la loi et l’autorité surhumaines et surnaturelles; là nous nousappuyons et nous nous arrêtons; là est le point fixe que nous avons à offrir à la société. »
Ce n’est pas le lieu d’exposer les objections que nous aurions à soumettre à la haute raison de M. Guizot; nous n’avons pas à examiner comment, d'après la théorie de l’illustre orateur, le point fixe se trouve à la fois en des lieux divers, comment il se peut faire que la fixité n’exclue pas la mobilité. Nous croyons qu’en ratifiant la pensée de M. Guizot, le protestantisme se fait illusion àlui-même; qu’ayant uniquement pour raison d'être la libertéd’exameDjilnepeut, sansdéserterson principe, trouver dans le point d’arrêt qu’on invoque une limite arbitrairement imposéeàson droit; qu’accepter ce pointd’arrèt, c’est, pour lui, en relevant un principe ennemi, abdiquer aux pieds d’une puis-
1. Discours à la société protestante d’instruction primaire; 1853.
CONCLUSIONS
sanee qui le condamne, et se nier lui-même au moment où il s’affirme. Nous sommes de l’avis de M. Diesterweg et de M. Uhlich : quiconque, pour enchaîner l’esprit sur la pente delà controverse, fait appel à l’immobilité doctrinale, celui-là peut se dire protestant, mais, à coup sûr, il n’a de protestantque le nom : il a restauré le culte de l’autorité dans sa conscience.
Quoi qu’il en soit, c’est un fait considérable de voir le protestantisme, sous le coup de sévères leçons, et presque aussi hautement que le catholicisme lui-même, rendre hommage à l’idée de la tradition, et proclamer que, * dans l’ordre moral, la fixité et l’élévation vont ensemble; que, dès que l’on flotte, on descend ; et que l’incertitude est un signe d’abaissement » '.
De tels avertissements veulent être compris : il est temps que l’on cesse d & flotter et que l’affirmation qui fonde succède au doute qui détruit.
L’homme éminent de qui nous citions les paroles a fait cette déclaration solennelle: «La question est aujourd'hui posée entre ceux qui reconnaissent et ceux qui ne reconnaissent pas un ordre surnaturel, certain et souverain, quoique impénétrable à la raison humaine; elle est posée, pour appeler les choses par leur nom, entre le supemaiuralisme et le rationalisme. D'un côté, les panthéistes, les sceptiques de toutes sortes, les purs rationalistes; de l’autre les chrétiens.
« Parmi les premiers, les meilleurs laissent subsister dans le monde et dans l’àme humaine la statue de Dieu, s’il est permis de se servir d’une telle expression, mais la statue seulement, une image, un marbre; Dieu lui-même n’y est plus; les chrétiens seuls ont le Dieu vivant. C’est du Dieu vivant que nous avons besoin... Au fond de la société et dans les masses, l’impiété passionnée fermente et se met, pour vaincre, au service des plus grossiers et plus ardents intérêts. La foi chré-