Sonntags-blatt, von Uhlich, 3' année
SECONDE PARTIE
<■ Notre dogme, c’est de n’en avoir pas. Les anciennes religions ont successivement répondu aux besoins de l’humanité, en offrant à son intelligence des formules différentes. La religion d’aujourd'hui consiste à saisir les lois de ce développement indéfini. Notre religion n’est outre chose que la fleur dont l’épanouissement signale chaque progrès de l’esprit humain {die Blüthe die der Menschengeisi injeder Zeit hervortreibt ); et notre profession de foi, — si nous pouvons nous servir de ce terme vieilli, — se résume en ceci : Amour de l'humanité! — Et Dieu, qu’en faites-vous? — Je pense qu’il y a dans la nature une force qu’on appelle Dieu, et je crois peut-être (vielleicht) à l’immortalité de l’âme. — Peut-être! c’est de la prudence; et décidément vous ne mourrez pas d'orthodoxie Mais quelle idée vos fidèles de Magdebourg se font-ils de cette force qu'onappelle Dieu? — Aucune idée uniformément adoptée par tous ; chacun se représente la Divinité à sa manière, selon la diversité des esprits. Ce que je puis dire, c’est que le Dieu de l’ancienne religion, un Dieu distinct du monde {einen Golt ausser der Welt), un tel Dieu nous ne le connaissons pas. »
Négation de la personnalité divine, voilà le terme auquel aboutit, pourM. Uhlicli, la revendication hautaine des droits de la souveraineté individuelle. Et telle est bien la pensée du pasteur; car je retrouve cette pensée développée presque à chaque page de la Feuille du Dimanche. M. Uhlich se défend d’être athée; et, en effet, il prononce souvent le nom de Dieu, et n’abrite ses négations ni sous le système de Feuerbach, ni sous la théorie de Bruno Bauer; de même encore il prétend au litre de chrétien, parce qu’il répugne aux pitoyables arguments qui traînent dans l’arrière-fond des écoles allemandes, contre l’existence même de la personne du Christ. Mais, en vérité, qu’cst-ce que le Dieu de M. Uhlich? Rien de plus que le Dieu du chef actuel de l’extrême hégélianisme, unc/iwwance
rôle de l’église évangélique. 1 69
OU une force qui vit en tout ' , l’âme du monde qui paJpite en toute choie *, qui trouve son expression la plus haute dans l’esprit de l'homme, et qui ne doit pas en être distingué : voilà le Dieu de M. Uhlieh. Or, lisez le Nouveau Christianisme de M. Michelet (de Berlin), et demandez au philosophe hégélien s’il entend désavouer ce Dieu-là !
Avec une semblable théodicée pour base, que devient la morale?
Dans son Catéchisme, je me hâte de le dire, M. Uhlieh ne révèle que des intentions honnêtes. L’homme, dit le pasteur, sans grandes prétentions à la nouveauté philosophique, trouve en lui-même une triple loi, la loi du vrai, la loi du bon, la loi du beau. En obéissant à ces lois il obéit à sa conscience, il accomplit le devoir ( P/licht ). Or, l’homme est tenu à l’accomplissement du devoir, «n dépit de ses passions premièrement, et ensuite en dépit des obstacles extérieurs. Pourquoi? Parce que faire son devoir c’est, pour l'homme, suivre les lois de son être.
De ce principe, M. Uhlieh déduit des préceptes dont assurément il faut souhaiter l'application: « ... Que l'amour de tes semblables l’emporte sur l’amour de toi : le propre de l’amour est de s’oublier soi-même, et de trouver son bien dans le bien de son frère... » Rien de mieux. «... Donne à ton âme la jouissance du beau, dit encore M. Uhlieh. Cette jouissance, le plus pauvre peut la trouver dans la nature Orne le monde, autant qu’il est en toi, des attraits de la beauté : il reste encore beaucoup à faire pour que le monde devienne le jardin de Dieu. Les peuples anciens, les Grecs, ont, en cela, fait plus que nous; mais c’est le crime de beaucoup
1. Sonntags-Blalt du t*' février 1852, dans un article intitulé Unsere Aussichten, et du 1 8 janvier, dans le morceau : Gott mit ms.