Rede an die deutsche Nation
3. ■ Partout où l’on voit beaucoup d’enfants, il y a une règle fixe, une discipline, des défenses, des punitions variées et des récompenses : qui ne connaît le mot pensum? Eh bien! rien de tout cela chez Pestalozzi, pas de surveillants , une liberté presque complète... On comptait sur la loyauté naturelle de l’enfance, et nous n’éprouvions nulle envie, nu! besoin de n’y pas répondre. Au contraire, nous en étions fiers, et nous nous serions sentis honteux , humiliés , de tromper cette confiance qui nous honorait.
« La grande pensée de Pestalozzi était de développer au dedans de
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avant tout, à développer le sens moral et à vivifier l’idée du devoir. Ce qui l’inspire, c’est un sentiment profond de la noblesse de la nature humaine. 11 l’honore dans les masses, comme ü la glorifie dans l’individu. En respectant l’enfant, il lui apprend à se respecter : confiance et affection! C’est là, pour l’illustre maître, le principe et le nerf du développement moral; et il faut rendre hommage à celui dont la vie fut une constante immolation de lui-môme. Mais, après tout, on ne saurait le méconnaître, Pestalozzi n’a pas eu du christia-
nous le sens moral. Il ne voulait pas de prix, craignant (peut-être trop) que l’émulation ne dégénérât en envie , et aussi pour ne pas affaiblir le sentiment du devoir qui était son grand mobile. Il évitait et rejetait les punitions régulières, méthodiques ou humiliantes, pour ne pas risquer do diminuer la dignité humaine.
• Quand l’un de nous s’était distingué par des progrès ou par sa bonne conduite, ou s’était fait remarquer par quelques fautes venant du cœur et du caractère, Pestalozzi, à la première rencontre, dans un corridor, en classe, ou dans la cour, lui appliquait sur le front sa main desséchée, en le regardant dans la profondeur des yeux pendant un instant; lorsque le regard de l’enfant dont la conscience était calme avait bien soutenu le sien, il souriait, lui donnait un amical petit soufflet, et lui disait assez brusquement: * Bien, bien, mon enfant, continue. • Si, au contraire, l’enfant était coupable, et baissait les yeux, ne pouvant soutenir son regard pénétrant, il lui disait : • Eh bien , tu n’es pas content de toi, tu as fait quelque mal puisque tu n’oses pas me regarder ; • et suivant le cas il disait : «Tu m’as fait de la peine. • Ou bien.il le repoussait légèrement lui disant : « Va, tu te rapproches de la bête ; tu ne veux pas devenir un homme, ■ ou quelque chose d’analogue.
• Voilà la plus grande récompense , ou la plus terrible punition que nous pussions recevoir dans l’Institut. L’approbation de Pestalozzi nous comblait de joie et son blâme nous navrait de douleur. Pestalozzi était inexorable pour la fausseté de caractère, pour tout manque de sincérité; dans un cas semblable , sa figure laide , mais toujours douce et bonne, prenait une expression d’indignation qui paralysait lo coupable. Son amour pour la sincérité et la droiture du cœur était si grand, qu’il lui faisait tolérer la franchise la plus rude et des manières plus ou moins grossières, qu’il préférait chez les enfants à une trop grande politesse si souvent voisine de la fausseté. » (LettredeM. Mamlileny, ancien élève de Pestalozzi, adressée à M. Rapet,et insérée dans l'Éducation, août, 1852).
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nisme cette notion positive qui empêche le sentiment de la grandeur de l’homme de s’exalter jusqu’à la superstition. « La grandeur de l’homme est éminente, dit le christianisme, en ce que l’homme se connaît misérable 1 . » Pestalozzi, en montrant cette grandeur à son élève, ne lui a jamais parlé de sa misère. Il lui présente le côté lumineux, en lui dérobant le côté des ténèbres. Il est de l’école de Rousseau et de Basedow : l’idée d’un vice originel de la nature humaine lui est étrangère. Par là, il méconnaît l’enseignement chrétien dans son principe essentiel , comme dans ses applications fondamentales: «J’ai marché, a-t-il écrit lui-mème, j’ai marché en chancelant, entre les sentiments qui m’attiraient vers la religion et les préjugés qui m’en détournaient.»
On peut voir dans le livre wie Gerlrud ihre Kinder lehrt , combien la suppression du dogme principal du christianisme influe sur le système d’éducation de Pestalozzi. Comme Rousseau, selon l’expression de l’historien de la Pédagogie, Cari Raumer , il veut cueillir des figues sur des épines. Non qu’il demande trop à l’homme , et qu’il lui assigne des destinées trop hautes; le christianisme n’a point posé de limites aux aspirations de l’homme vers l’idéal : Soyez parfaits comme le Père céleste estparfaitl Mais Pestalozzi ne tient pas compte des éléments viciés que le christianisme présuppose, que l’observation signale, et sur lesquels l’éducation doit agir pour les transformer.
Qu’en résulte-t-il? Premièrement, l’instruction religieuse tient fort peu de place dans le système du célèbre maître; et l’édifice dogmatique de la doctrine chrétienne s’y écroule infailliblement par la base. Ensuite, et comme conséquence, la mission de l’Église, dans l’œuvre de l’éducation du peuple, est à peu près complètement effacée. Étudiez l’ouvrage où toutes les pensées de Pestalozzi se révèlent dans la naïve sin-