ÉCOLES NORMALES D’ INSTITUTRICES
ils m’avaient surpris à Londres, au siège de Y/iome and colonial Sc/wol- Society . J’adressai aux directeurs MM. Robbeien et Ilanscbmann* des questions analogues à celles que m’avait suggérées le spectacle de Gray' s inn road*. Des réponses qui là comme ici me furent données, il faut tirer cette conclusion qu’entre le calme des organisations anglaises ou allemandes et la vivacité du tempérament français , il n’est pas d’assimilation possible. « Je crois sans péril la réunion des sexes dans l’école, nous disait, ù Londres, un homme très compétent, l'inspecteur spécialement chargé pur le Committeeof Councilàc la direction des écoles normales d’institutrices, le révérend Cook ; je ne prends pas sur moi de la conseiller, mais je n’ai pas de faits à alléguer contre ce régime 3 . »
Au seuil de la question des écoles normales d’institutrices, une question préliminaire se présente à nous, question qui préoccupe eu ce moment la science pédagogique au
1 . Je saisis cette occasion do remercier ces deux honorables directeurs de leur parfaite obligeance. — M. Ilansclimann, dont les utiles travaux sont connus, a conduit les doux grands établissements qui lui sont confiés, la Biirgerschule et le Schullehrer-Seminar, à un haut degré de prospérité.
2. Qu’on nous permette de renvoyer le lecteur au chapitre II do notre livre sur V Instruction primaire à Londres, dans ses rapports avec l’état social.
3. En France, au contraire, s’il est un point sur lequel les hommos appelés à observer un certain ordre de faits émettent un avis à peu près unanime, c’est la nécessité de pourvoir, en des établissements distincts, à l’éducation dos jeunes filles et à l’instruction des jeunes garçons. Interrogez les curés et les autorités préposées, aux divers degrés de la hiérarchie, à la direction de l’enseignement populaire - , les uns et les autres affirmeront que la réunion des deux sexes, dans l'école, constitue un élément de désordre, que l’instituteur le plus attentif est impuissant à combattre.
On sent, du reste, que les périls dont on parle se manifestent surtout dans les écoles établies au centre des populations manufacturières.
Dans les communes rurales, on le comprend sans peine, c’est à la sortie de l’école, pendant le trajet quelquefois très long, ol à travers bois, auquel sont contraints les enfaots, que le danger peut so produire.)
delà du Rhin, et dont le succès de l’école normale de Munster, la création récente de l’école normale de Droyssig, ainsi que les efforts des diaconesses dans les parties protestantes du pays, font pressentir la solution définitive; c’est celle-ci : les enfants des deux sexes peuvent-ils être réunis dans l’école?
Au point de vue moral, corn me on le voi t pa r les exemples contrairesde la Franceet de l'Italie d’une part, de l’Angleterre et de l’Allemagne de l’autre, il y a la une question d’organisation physique et de climat; mais, après la morale, après la législation, la pédagogie a son mot à dire, et ce mot, selon nous, le voici :
A partir de l'âge où l'instruction doit se développer parallèlement à l'éducation, c’est-à-dire à partir de la sixième année environ, le caractère, les facultés, les aptitudes intellectuelles des enfants des deux sexes se heurtent réciproquement par des faces presque directement opposées. Conséquemment, les moyens à employer doivent être différents comme la matière sur laquelle il faut agir. Là où un signe suffira pour exciter la jeune fille, une vive impulsion sera parfois nécessaire pour entraîner le jeune garçon. Peul-ètre, au contraire , telle circonstance donnée , le phénomène inverse devra-t-il se produire. Telle démonstration qui affectera immédiatement la sensibilité de fa première, passera, sans y laisser de traces, sur l’esprit moins impressionnable du second; mais le raisonnement qui se gravera dans la pensée de celui-ci, effleurera, pour s’évanouir aussitôt, l’imagination de celle-là.
Le but de l’enseignement, d’ailleurs, pour les uns comme pour les autres, n'est-il pas essentiellement distinct? Prenez la branche d'étude qui semble plus que les autres devoir être commune aux deux sexes, prenez l’instruction religieuse : quelle différence, pour un maître intelligent, dans la manière de présenter à des esprits si divers une seule et même vérité 1 Le choix des histoires bibliques, selon qu’elles seront offertes