ÉCOLES NORMALES »’ INSTITUTRICES
à ceux-ci ou à ceux-là, ne serait-il pas lui-même très souvent dissemblable?
Comment, d’ailleurs, appliquer aux uns et aux autres, les mêmes principes de discipline morale? Une réponse hardie sera séante dans la bouche du jeunegarçon.qui vous choquera de la part de la jeune fille ; ce qui serait courage chez le premier serait défaut de réserve et effronterie chez la seconde, etc.
Ce n’est pas tout : quand les deux sexes sont réunis dans l’école, l’école, la plupart du temps, est dirigée par un instituteur 4 . Que résulte-t-il de ce fait? c’est que, daus la plupart des écoles mixtes, les jeunes filles sont forcément privées de l’enseignement professionnel qui convient à leur sexe.Qu’uue jeune fille sache lire, écrire, chiffrer, rien de mieux ; mais qu’elle ne s’entende pas à manier l’aiguille, quoi de pire? Parcourez les villages de la Bretagne ou du centre de la France, les districts manufacturiers d’Angleterre ou d’Allemagne, ccs villes de l’Italie méridionale où l'incurie de l'homme semble en proportion de la splendeur du ciel, et voyez ces populations sales et déguenillées : vous constaterez les résultats de l’absence d’un enseignement spécial pour les filles.
Il me souvient d’une réponse qui me fut faite dans un village du Nivernais. Je gourmandais une mère de familledont les enfauts portaient des vêtements en lambeaux." Tiens, dit-elle, vous croyez donc que j’ai de quoi payer une couturière à la
I. Hors le cas prévu parle décret du 31 décembre 1853, art. U, - des institutrices peuvent être chargées de la direcliôn dos écoles publiques communes aux enfants des deux sexes qui , d’apres la moyenne des trois dernières années, ne reçoivent pas annuellement plus de 40 élèves. »
La Circulaire du 3 février ajoute : «Une institutrice ne devra être substituée à un instituteur, dans une école mixte, que là où il sera reconnu que l’établissement d’une école spéciale de filles eât impossible. *
Ainsi, la pensée du décret est ce'.le-ci : en principe, condamnation des écoles mixtes ; puis , si les circonstances rendent impossible la création d’une école spéciale de filles, substitution, en des cas déterminés, d’une institutrice à l’instituteur.
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semaine? Des habits, ça va tant que ça va, et quand ça ne tient plus, on s’arrange! » Dans celte abdication des devoirs qu’impose le soin d’une certaine dignité extérieure, il y a, qu’on ne s’y trompe pas, une cause de décadence qui réagit nécessairement sur l’ensemble même des habitudes de la vie ; toutes les idées d’ordre se tiennent et sont solidaires; le désordre physique n’est souventque le reflet du désordre moral.
Au delà du Rhin, comme en France, les conclusions pratiques de ces observations tendent chaque jour à passer de la théorie dans les faits. Pour rester dans la Régence catholique de Miinstcr, régence exceptionnelle à ce point de vue, il est vrai, cette circonscription renfermait, en 1817, soixante et une classes de jeunes filles dirigées par des institutrices. Elle en possède aujourd'hui cent vingt ; il y a même seize écoles mixtes, quant au sexe, où des institutrices ont remplacé les instituteurs.
De tels faits révèlent, au premier coup d’œil, la présence d’une école normale de maîtresses, et la faveur dont celte école normale est en possession.
Münster, le foyer des utopies sanglantes au seizième siècle, est aujourd’hui l’asile des paisibles études. Contemplez ces prisons aériennes qui, maintenant encore, accrochent leurs barreaux de fer aux parois de la tour Saint-Lambert’ s Kirche : ce sont les cages où palpitèrent, il y a trois cents ans, les restes mutilés des trois anabaptistes. Du pied du Rathhaus, de ces arcades dont les étroites ogives dessinent élégamment la grand’place, les habitants de la vieille cité voient les instruments du supplice suspendus sur leurs tètes, pour les uns comme un souvenir, pour les autres comme une menace, pour tous comme un enseignement.
Or, jamais ville n'a mieux profité d’une leçon. Il semble que Münster ait voulu parcourir en deux ans le cycle des perturbations sociales que d'autres, après trois siècles, n’out
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pas encore fermé; depuis longues années, la capitale de la Westphalie ne connaît plus ces crises stériles qui sont au développement régulier d’un peuple ce que la lièvre esta la vie s la ville de Jean deLeyde est devenue la cité d’Overberg.
L’école normale d’institutrices de Müuster date de l’année 1852. Ainsique la petite succursale dePaderborn, elle vit descs propres revenus. Sa dotation se compose des biens d'un ancien cou vent de femmes supprimé en 1811. A ce couvent, au temps de sa prospérité, se rattachait une école supérieure de jeunes filles ( Ilohere Tochlerschule) et une école gratuite (Freischule) pour les enfants pauvres.
De telles institutions ne devaient point succomber dans lu transformation qui s’opérait : une partie des revenus de l’ancien couvent est, aujourd’hui encore, annexée à l’école normale des institutrices : une autre est consacrée à une école gratuite qui reçoit quatre cents jeunes filles indigentes; l’autorité ecclésiastique de Münster, de tout temps 6i favorable aux progrès de l’instruction du peuple 1 , no cesse pas d’étendre sur l’ensemble de ces établissements son patronage le plus bienveillant.
L’école primaire supérieure admet les jeunes filles de 6 ans à 14 ou ISans. Les élèves sont réparties en trois classes; elles y reçoivent un enseignement complet, et qui n'est autre, sauf certains développements, que l’enseignement donné aux élèves mêmes de l’école normale. Il comprend : la religion, la lecture, l’écriture, l’arithmétique, le dessin, l’histoire sainte, la géographie, des notions d’histoire naturelle, la longue allemande et l’étude du français, lé chant et le piano, et les ouvra-
1. Voyez le règlement très complet, promulgué sur tout l’ensemble de renseignement primaire, par l'autorité épiscopale, pour la province do Munster, le 2 septembre 1 Sut, ( Verordnuiig fur die dealschen und Trivial schulcn des Hochstifls UUnslcr), et l’ensemble des documents relatifs aux écoles, recueillis par M. Ernest llassuiaun. Milnslor, 183«.
ges de femmes (i weibliche Handarbeiten). Cet enseignement est donné par le directeur de l’école, trois maîtresses et une sous-maîtresse.
Les élèves-institutrices, les séminaristes ( Seminaristinnen ) passent] deux années dans l’établissement. La première année, elles suivent toutes les leçons et pratiquent tous les exercices de la classe la plus élevée de l’école annexe. L’école annexe devient ainsi un établissement préparatoire, une sorte de pépinière où se recrute l’école normale , et où , dès l’âge de treize et quatorze ans, les futures institutrices puisent avec une instruction déjà développée, l’esprit d’une vocation que détermine et conserve l’enseignement des années suivantes : usage excellent que l'on retrouve en Allemagne, on l’a vu, dans presque toutes les écoles normales, et qui, en ouvrant la porte de ces établissements à des candidats dont l’intelligence est préparée, épargne tout à la fois, au grand profit des écoles, aux élèves les difficultés d’études sans préliminaires, et aux maîtres les fatigues et les dégoûts d’un enseignement dont l’esprit inculte des élèves est incapable de profiter».
1. Une mesure d’un caractère analogue a été prise récemment en ce qui concerne l’École normale d'institutrices d’Aix. La directrice de cet établissement a été auloiséo à recevoir, en qualité de pensionnaires, de jeunes personnes n’ayant pas atteint l’âge fixé par les règlements. Seulement des précautions ont été prises pour que l’admission des jeunes fdles de 13 à lt ans no ftt point perdre à l’école son caractère distinctif et spécial : 1° Ne seront reçues que les élèves qui désirent conquérir le brevet de capacité , et se livrer à l’enseignement ; 2* les admissions n’ont lieu que sur l’autorisation du Recteur, et sur la production des pièces exigées des aspirantes ayant atteint l’âge normal; 3" les élèves dont il s’agil n’entrent à l’école qu’en qualité de pensionnaires libres, et ne peuvent obtenir de bourses ou de fractions de bourses avant l’âge fixé par les règlements ; 4“ enfin le montant do la pension est versé, comme les sommes payées par les élèves ordinaires, dans la caisse du receveur général du département.
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La seconde année, les sèminarislinnen ne s’occupent que de cette partie de l'enseignement qu’on peut appeler supérieur; et presque tout le temps est consacré aux exercices pratiques de la direction d’une école. Ces exercices ont lieu, soit dans la classe inférieure et dans la classe moyenne annexées au séminaire, soit dans l’école gratuite. Dans les premières, les élèvesinstitutrices fonctionnent sous le regard et sous le contrôle des maîtresses ; dans l’école gratuite, elles sont laissées à ellesmêmes, sous leur propre responsabilité.
A part les objets d’études plus haut énoncés, le cours des deux ans eomprçjid des leçons spéciales sur le but et l’essence même de l’éducation, et pour employer le mot technique, sur la pédagogie: on n’a pas peur de cette science dans la patrie et sous l’inspiration d’Overberg.
Il n’est pas nécessaire, en effet, d’avoir assisté b plus de deux ou trois des leçons données par M. l’abbé Grôning, inspecteur de l’école, et de madame la directrice Bucholz, pour se convaincre que l’enseignement, b l’école normale de Munster, aujourd’hui encore est vivifié par ce précepte d’Overberg : « que le cœur contrôle toujours les leçons qui s’adressent b l’esprit. »
Rollin a écrit ces lignes : « La loi, quand elle est seule, est une maîtresse dure et impérieuse...; l’éducation est une maîtresse douce et insinuante, ennemie de la violence et de la contrainte, qui n’aime b n’agir que par voie de persuasion, qui s’applique b faire goûter ses instructions en parlant toujours raison et vérité, et qui ne tend qu’a rendre la vertu plus facile en la rendant plus aimable. Ses leçons, passant de la mémoireet de l’espritdans le cœur,s’imprimentdansles mœurs par la pratique et l’habitude, et font, auprès de celui qui les reçoit, dans presque toute la suite de la vie, la fonction d’un législateur toujours présent, qui, dans chaque occasion, lui montre son devoir et le lui fait pratiquer. »
Ces lignes semblent le résumé du système appliqué dans l’école normale d’institutrices de Münsler.
Le but que se proposent M. l’abbé Grôning et madame la directrice est celui-ci : Former des institutrices qui envisagent, avant tout, l'enseignement comme le moyen le plus efficace de perpétuer dans la famille l’attachement à la vérité et à la pratique de la vertu chrétiennes; qui, sous l’influence habituelle de cette pensée, considèrent les fonctions auxquelles elles sont appelées non comme une industrie mais comme une mission ; qui soient résolues, pour l’accomplissement de cette mission, à puiser leurs inspirations dans ce seul sentiment, le devoir ; et à faire aboutir tout enseignement ù cette conclusion dernière, la foi. Un tel but étant posé, on ne s’étonne pas de voir les chefs de l’école se montrer très difficiles sur les conditions de l’admission. Une de ces conditions essentielles est la recommandation expresse et sérieusement motivée des curés sur les paroisses desquels ont demeuré les aspirantes. Une fois inscrites au nombre des séminaristes, les futures institutrices apprennent à mêler à chacun des exercices, à chacune des leçons reçues et données, les inspirations de la pensée religieuse. Non pas qu’un régime sévère donne è l’école normale )a 6ombre physionomie d’un cloître; tant s’en faut : les élèves assurément jouissent d’une liberté plus grande que les élèves de nos écoles normales françaises. A voir les élèves maîtresses se rendre, deux fois la journée, de )a maison paternelle à l’école, et de l’école à la maison paternelle; à les voir traverser chaque matin, seules ou groupées à leur guise, la place qui sépare l’école normale de la cathédrale, il semble que la confiance des directrices dans les élèves puisse effacer, sans péril, les lois vulgaires de la discipline. Bien donc qu’un habillement uniforme remplace, pour les Seminarislinnen de Munster, les recherches d’une
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mise élégante, l’école, on le voit, n’a pas les allures d’un couvent.
Mais, d’abord, une instruction religieuse proprement dite est faite chaque jour par l’inspecteur de l'école. Ensuite, dans les leçons d’histoire, dans les explications des principaux phénomènes de la nature, les unes et les autres données par M. i’abbé Grôning , l’idée de la Providence, l’idée de la sagesse et de la toute-puissance divines, sont, à chaque instant, invoquées comme les fils conducteurs de l’intelligence humaine à travers les ténèbres qui l’enveloppent. L’histoire, sous la parole de M. l’abbé Grôning, n’est pas une suite de faits et de dates : elle est, avant tout, ce qu’elle doit être dans les écoles normales, à plus forte raison, dans les écoles élémentaires, un véritable cours de morale pratique ; et, à ce point de vue, il faut l'avouer, nul, plus pertinemment que le prêtre, ne peut adapter l’histoire générale aux exigences de l’enseignement primaire, et tirer, avec plus de profit pratique, de la série des faits leurs véritables enseignements.
Les séminaristes, je l'ai dit, apprennent à peu près tout ce qu’elles sont appelées à enseigner, dans la classe la plus élevée de l’école supérieure annexe; c’est-à-dire que le travail est en quelque sorte commun avec de jeunes filles de douze, treize et quatorze ans 1 : fait anormal, il faut en convenir. « Ne craint-on pas, demandai-je aux directrices, qu’un tel
1. Je dois faire connaître ici l’emploi do la journée pour les séminaristes : Lever à 5 heures. De 5 heures 1/2 à 6 heures, méditation en commun avec les trois directrices. — Déjeuner à 8 heures ; messe que les élèves vont entendre à la cathédrale. — Après la messe, étude de la religion pendant trois quarts d’heure. — De 9 heures 1/4 à midi, leçons ordinaires.
— A midi 1/2, dîner, récréation, puis préparation à la reprise du travail.
— A 2 heures, travaux de l’école jusqu’à 5 heures, avec un quart d’heure de repos à 4 heures. — Le mardi et le jeudi, point de travail d’école. Les après-midi sont consacrées, en dehors des instants donnés aux exercices corporels, à des leçons de pédagogie, aux éludes de piano, de chant. —
système ne fasse obstacle au développement des études, et qu’il n’impose aux esprits, par son application même, des entraves trop étroites? — « Les leçons spéciales de pédagogie, me répondait-on, élargissent l’horizon intellectuel des séminaristes. C’est dans ces leçons qu’elles se sentent véritablement institutrices; mais pour ce qui est de l’enseigne-
A 7 heures, souper, récréation jusqu’à 8 heures; à 9 heures, priéro avec tes directrices.
Voici maintenant le programme des études de la première classe de l’école supérieure annexée à l’école normale, éludes à l’ensemble desquelles prennent part toutes les séminaristes de première année :
De
De
De
ît h.
De
midi.
De 2 h.
De
De