PREMIÈRE PARTIE
Or, les effets témoignent incontestablement de la valeur de la cause. Certes , je ne m'attends nulle part à rencontrer rège d*or; et de la classique simplicité des mœurs germaniques je sais bien ce qu'on doit rabattre. Mais toute illusion à part, il faut le dire très haut, et Ton est heureux de le constàter, un principe d'éducation , quand il est fort , se réflète nécessairement sur la société qu'il aspire à maîtriser. Dans les pays dont je parle , grâce au concours harmonique de toutes les influences sur le terrain de l'éducation, les résultats de l'enseignement sont ceux-ci : le sentiment et la pratique de la religion y sont à peu près universels. Dans les petites villes et dans les campagnes, les très rares individus qui ne remplissent pas avec la régularité traditionnelle, les devoirs religieux du chrétien se placent, par là même, non pas hors la loi, ce qui supposerait l'oppression de la conscience, mais hors les mœurs et comme au ban de l'opinion. Sur une population rurale de quatre cents âmes vous rencontrerez trois ou quatre de ces protestants. Dans les villes, et je parle de villes considérables, à Cologne, par exemple, le clergé ne porte pas à plus de vingt sur cent le nombre des réfrac taires au sein du peuple. «Tous mes paysans savent bien lire, bien écrire, et connaissent leur religion, me disait le bourgmestre d'un village voisin de Bonn : nous n'avons qu'un mauvais sujet {einen Lottei*bvben)^ un drôle qu'on n'a pas vu à Pâques accomplir le devoir annuel, mais on le montre au doigt; c'est une créature méprisable ! [rvelch verachtungswiirdiges Geschôpf l) • — Voilà comment on apprécie dans les villages des provinces rhénanes quiconque prétend rompre en visière avec la loi religieuse que consacrent les mœurs. On peut trouver, en France, une telle appréciation déplacée; quoi qu'on pense, elle dépose, on en conviendra, de la vitalité du sentiment qui l'inspire. Or ce sentiment se développe, en grande partie, dans l'école; et c'est ce fait précisément que je voulais constater.
FAITS CONTEMPORAINS
Autre est la situation, disoDs-le sans détour, dans les pays protestants.
Je mets à part Textrémité de cette zone rhénane où une rivalité qui ne s'endort pas, contraint le protestantisme, poar soutenir la lutte , à raviver le nerf des croyances positives. A Neuwied, sous l'inspiration des moraves, à Dusseldorf et à Kaiserswerth, ces foyers de prosélytisme où s'allume l'ardente charité du pasteur Fliedner, à Erbefeld qui garde derrière ses usines, comme en autant de citadelles, le symbole populaire, dans toutes ces villes et sous leurs murs l'Évangélisme est pour la vie religieuse des masses un puissant principe de conservation. Exceptons aussi la région septentrionale du Hanovre, de larges fractions des deux Hesses, la Poinéranie, cette Basse-Bretagne du protestantisme, et les villages des pays thuringiens.
Celte sorte de décompte opéré , commencez votre voyage pédagogique à Kehl, dans le duché de Bade; sondez les parties delà Hesse-Darmstadt et du duché de Nassau, qui tressaillent au contre-coup des mouvements de Manheim, d'Offenbach et de Francfort ; longez les frontières septentrionales de la Bavière que vient frapper directement l'esprit de Weimar et d*léna ; puis , côtoyant les limites orientales de la Hesse électorale et du Hanovre, interrogez le duché de Saxe, le royaume de Saxe et les grandes provinces prussiennes, sur lesquelles Halberstadt, Magdebourg et Halle font rayonner, sous la parole de Uhlich, de Wicislenus et de Sachse, les lumières des amis proiesianis; étudiez enfin, dans le Brandebourg, et jusque dans la Prusse orientale, les résultats de la lutte engagée, à tous les degrés de la hiérarchie sociale, entre l'orthodoxie officielle et le développement naturel du principe protestant ; et, je puis le dire sans m' avancer témérairement, si vous avez touché du doigt les couches diverses de la société allemande ; si vous avez joint aux témoignages officiels des chefs religieux