‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 22 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et politiques du pays, les renseignements officieux qui jaillissent, par d'heureux hasards, d'une rencontre fortuite et d*UDe conversation improvisée; si, surtout, vous avez reçu dans leur naïve hardiesse les confidences désintéressées de certains instituteurs primaires et de certains pasteurs; si vous avez fait cela, de l'ensemble de vos obsei*vations ressortiront les conclusions qu'on va lire :

En thèse générale^ le protestantisme de l'Allemagne septentrionale, très actifcommeinstrumentde critique religieuse, très ardent comme machine de guerre contre le dogme, très vivant comme foyer d'opposition contre le catholicisme, perd chaque jour ce qui lui reste de valeur originelle en tant que doctrine positive. En lui, la critique a détruitl'affirmation. Devenu, pour le plus grand nombre des esprits, la simple préface du scepticisme philosophique, il n'existe plus, ou peu s'en faut, à l'état de formule religieuse, c Le protestantisme , disent très haut ceux qui furent dans les vingt dernières années les maîtres de l'enseignement populaire, le protestantisme veutl'affranchissementde l'esprit, le développement de la vie religieuse en raison du point de vue spécial de chaque individu {dem Siandp^mkte des Individuums enisprechende Enimckelung) et de la culture du peuple; il veut l'anéantissement de l'autorité. Quiconque prétend relever l'autorité dans le domaine des choses religieuses, celui-là peut s'appeler protestant; mais, à coup sûr, il ne Test pas ^» . Que telle soit, eu effet, la logique des principes, nous le croyons ; et le reproche d'inconséquence n'est pas celui que nous adressons à M. Diesterweg. Reste à savoir ce que peut être, en de telles conditions, la vie religieuse chez un peuple. Voilà ce dont s'alarment les dignitaires de l'Église évangélique, en Allemagne, aussi bien que les chefs politiques

1. Rhdnische Blatler, p. 161; 1854. — «* ... Heisst zwar virlleicht noch Protestant, aber er ist koinor. n

FAITS COMEMVORAirSS.

(lu pays; tous ceux, en un mot, sur qui pèse la responsabilité de l'avenir moral des masses. Qui s'étonnerait de voir les hommes d'État s'effrayer de ne plus trouver, dans les traditions religieuses, le point d'appui d'une doctrine définie, et chercher à ressaisir, au milieu des ruines, le principe longtemps méconnu d'un enseignement positif?

En contrôlant par les faits, dans le domaine de l'enseignement, ces observations générales, il faut partager les écoles populaires des pays que je viens de nommer en catégories distinctes, et préciser, sous trois noms, le caractère et la direction morale qui leur est impimée.

Une première catégorie comprendra les écoles que, dans le langage même d'outre - Rhin , on peut appeler avec vérité écoles évangéliques orthodoxes. Dans ces écoles, une idée religieuse dogmatique sert de pivot à l'enseignement : les maîtres s'y rattachent à un symbole ; ils expliquent ce symbole sous l'inspiration d'un commentaire consacré. Le christianisme y figure a titre de révélation divine, et la vie morale de l'individu y a pour fondement la foi. C'est dans les provinces rhénanes, dans le Hanovre, malgré d'assez nombreuses exceptions, dans la Hesse-Darmstadt et la Hesse électorale, dans la Poméranie, dans la partie montagneuse des duchés de Saxe, puis, çà et là, dans les villages et les villes de Prusse, notamment à Berlin même, au foyer du protestantisme gouvernemental, que subsistent en plus gi*and nombre les écoles orUix)doxes. De ces écoles, il faut s'empresser de le dire, est sorti, jusqu'en ces derniers temps, ce peuple honnête, religieux, ami de la paix, aux allures un peu lourdes peut-être, et dont Heine a pu railler la quiète bonhomie , mais dont les mœurs traditionnelles furent après tout l'honneur comme la sécurité de l'Allemagne.

Plus l'on se rapproche de la Saxe et des provinces orientales de la Prusse, plus il faut constater qu'au sein même des

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communes rurales, le septieisme religieux a multiplié s conquêtes. ^

Nominalement, en Prusse et en Saxe, aussi bien qu*en E novre, toutes les écoles se parent, comme d'un voile obligé, révangélisme officiel. Levez le voile, et vous jugerez. « Me sieur, me disait un instituteur de village, vous êtes Français étranger; je puis parler librement. Eh bien I sur cent de n confrères, quatre-vingts croient à rÉvangile à la façon de ^ cislenus, et leurs élèves le savent. — Mais, répliquai-je, el surveillance des pasteurs? — Les pasteurs ! ils nous frai( la route, et nous n'avons qu*à les suivre. »

Je sais la part qu'il convient de faire à l'exagération de vanité qui se cherche des complices ; mais la proportion^ réduite qu'elle puisse être , doit rester large encore ; et S] cialement dans la Saxe prussienne et dans le royaume Saxe, un nombre notable d'écoles viennent se répartir, qu' le sache ou qu'on Tignore au sein des régions officielh entre ces deux catégories que les faits établissent : les éco dites hégéliennes^ et, pour me servir d'un mot partout en usf au delà du Rhin, les écoles simplement rationalistes. I écoles où le maître invoque, in petto, Feuerbach ou Strauf prend pour évangile secret la neue Reform de Yicislenus on sonniags'blalt du pasteur Uhlich , et corrige, à l'occasion , | de telles lectures, l'orthodoxie administrative; voilà, po les marquer d'un trait saillant , celles que j'ai le droit d'c peler écoles hégéliennes. Quel en est le nombre? Àssurémei la statistique de ces écoles n'est point déposée dans les l seanx du ministère de l'instruction publique , à Berlin ; 1 pasteurs des libres communes, M. Sachse, à Magdeboui M. Yicislenus, à Halle, seraient sans doute en état de dresser.

Dans les écoles que j'ai nommées rationalistes, — et ce se les plus nombreuses, — on n'a pas la prétention d*iuvoqu(

FAITS CONTEMPORAINS

comme point d'appui ni un système ni un nom. J*ai bien entendu un instituteur qui revendiquait ce titre , se déclarer disciple de Schleiermacher : « L'instruction religieuse, Monsieur, — c'est Schleiermacher qui le dit, — ne peut être autre chose que la recherche générale de la vérité {darf nichii anderessein^ als ein gemeines Aufsuchen der Wahrheil). > Mais, géoeralement , l'instituteur rationaliste ne se préoccupe pas de questions d'origine ; il ne cherche point, pour sa vie philosophique, à se créer d'ancêtres. Il se suffit à lui-même; il dit fièrement : Cogito, ergo $um. Ce qui le caractérise, c'est son dédain pour l'instruction dogmatique, pour cet enseignement que l'on appelle» en Allemagne, l'enseignement religieux confessionneï {der confessionnelle Religions-Unterricht) ; cela lui semble étroit, mesquin, bon pour les faiseurs de sophistique chrétienne ; mais pour lui qui réclame Y émancipation de l'école, pour lui qui a étudié la science de la nature {die Naturwistenschafï), pour lui qui veut entrer en possession de la vérité jénérale (zu der allgemeinen Wahrkeit gelangen)^ un enseignement religieux confessionnel, fi donc 1 Cela m'était dit dans un village du duché de Bade. Quand j'avance que les instituteurs classés sous le titre de rationalistes ne voilent les lumières de leur esprit sous l'autorité d'aucun nom , je me trompe : il y a une publication écrite avec une verve singulière , publication très répandue dans le monde pédagogique en Allemagne , et qui a pour but de diriger ces maîtres, en leur dictant un symbole : c'est le ' Sheimche BlàHer de M. Diesterweg. M. Diesterweg est un disciple de Pestalozzi ; mais il est à Pcstalozzi ce que Feuerbach est à Hegel. Pendant longues années, il a conduit l'é- <^le normale primaire de Berlin ; la génération actuelle des instituteurs du centre de la Prusse est presque entièrement sortie de ses mains. Le gouvernement prussien s'est effrayé, *^un peu tard, — des effets d'une incessante propagande. Il

PEEMlÈaE PABTIE.

a remplacé M. Diestemeg dans la direction dix séminaire de Berlin. Qu*a fait M. Diesterweg?

Il avait un public préparé, des disciples jetés çà et là dans maintes parties de la Prusse. Il s'est mis à dire tout haut ce que, pendant longtemps, il avait professé tout bas. L'enseignement oral du séminaire de Berlin se retrouve aujourd'hui sous la plume du maître, dans sa revue périodique. La forme en peut être plus vive, moins tempérée par la prudence; mais, en définitive , le fond est le même. Ouvrons donc les Rheinische bUtter, à la page que me recommandait un élève de M. Diesterweg; nous y trouverons la. pensée que la foule des instituteurs issus de ce maître a puisée si longtemps au séminaire de Berlin; nous y trouverons conséquemment Tesprit de l'enseignement religieux dans la catégorie d'écoles que je signale en ce moment :

f( Nous tenons les dogmes de l'Église pour décrépits, Fen*' seignement de l'Église pour pétrifié {er8tarTi)\ ils ne répondent

plus en rien à la vie du siècle La vraie religion consiste

en ceci : reconnaître l'existence d'une force spirituelle, d'une intelligence, d'une raison dans l'univers, comme le fondement de toutes les existences et de tous les phénomènes; croire que cet esprit est l'élément durable de tout ce qui périt, l'élément immuable de tout ce qui change.... Et quant au nom que I on donne à un tel esprit, peu importe.... >

« Quand bien même on ne pourrait se persuader l'existence de Dieu, continue M. Diesterweg, si l'on se représente l'univers comme enchaîné dans les liens d'un immense organisme, cela devrait encore être admis [auch dos mûsste gesiaitet sein): Les conceptions religieuses sur l'essence et l'activité de Dieu, sur la manière dont le monde a été appelé à l'existence, sont aussi diverses qu'il y a de tètes d'hommes. Il n'y a rien là pour la psychologie, ni conséquemment pour la pédagogie ^ >

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