‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 51 sur 136 · OC · texte numérisé non relu

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SECONDE PARTIE

De Taulre côté du Rhin, od l'a ?u, l'obligation de fréquenter l'école porte sur une période de temps déterminée. Un père, un patron, un tuteur ne sont pas maîtres d'exploiter, à leur profit, l'enfant qui leur est confié, quatre on cinq jours de la semaine. Sous peinede faireenconrir à ses parentsou à son patron les justes rigueurs de la loi, l'enfant ne peut, sans motifs sérieux, déserter les bancs de l'école. Quand donc il a faii «cm /^;i^« d'études, il a bien réellement passé quatre ou cinq années dans la classe; l'instruction qu'il a acquise reste gravée dans son esprit. Or, admettez le fait contraire; supposez, ce qui malbeureusement, on l'a tu, n'est pas une pure hypothèse, en France, que les élèves des écoles, parvenus à Tège viril, ne conservent plus trace des notions reçues, dans quel but prodiguer avec une générosité stérile les sacrifices imprévoyants de l'État? et si un tel fait se perpétuait, les dispensateurs de la fortune publique, au moment d'inscrire au budget les sommes considérables affectées à la propagation de Tinstruction primaire, ne seraient-ils pas naturellement amenés à s'inquiéter des résultats, et tentés, quelque jour, de se demander : A quoi bon?

Eb' résumé, tandis qu'en France et en Angleterre l'absence d'un contrôle quelconque, laisse en dehors de tout enseignoineflt un nombre considérable d'enfants, l'application du principe de Vobligation légale assure, de l'autre côlé du Rhin, \ universalité de l'instruction.

Tel est le résultat scolaire de la législation dont nous venons d'exposer les traits. Quel en est maintenant le résultat moral?

On le voit immédiatement: cette question n'est autre, sous une forme particulière, que la question générale et si fréquemment agitée de la valeur intrinsèque de l'instruction.

D'inutiles combats ont été livrés sur ce terrain, combats où

lÔLB DE l'État.

une siatistique complaisante a fourni des armes pour la défense de thèses extrêmes et contradictoires.

Deux mots seulement à cet égard : l'instruction n'est point par elle-même, il faut le déclarer très haut, cause et signe de moralité. Ainsi que la liberté même» Tinstruction est une puissance, et, comme toute puissance humaine, elle est puissance pour le mal comme elle est puissance pour le bien. Doublant les facultés de celui qui la possède, elle en fait un être d'un ordre supérieur; elle n'en fait pas nécessairement un être vertueux. L'instruction n'est donc pas à ellemême son propre but; elle est l'instrument d'une pensée supérieure; elle doit partir d'une loi morale qui l'éclairé, et elle Y doit conduire ^

Plaçons-nous maintenant au point de vue politique et social : une considération capitale domine ici le problème.

Partiellement dispensée, l'instruction primaire doit favo* riser, par la nature même des choses, cette tendance au déclassement qui est le travers et peut-être le péril de notre société; car, en constituant au proflfde quelques-uns une sorte

1. 1! serait puéril de chercher dans l'instruction seule upe garante de moralité ; mais il ne le serait pas moins d'y voir, selon la tendance dajiuelques esprits, une cause de perversité morale. Un mémoire fut présenté en ce dernier sens, il y a trois ans, à TAcadémiedes sciences morales et polUiques, Les calculs d'une statistique qui s'appuyait sur les bases les plus erraDéti furent immédiatement détruits par quelques simples observations. Le mémoire se faisait une arme contre l'instruction primaire de la multiplicité des délits dans les villes : • Dans les villes, répondit M. de Rémusat, l'ex* iréme pauvreté est plus voisine de Textréme richesse; les diverses classes de la société sont plus étrangères les unes aux autres ; les populations plus agglomérées multiplient les mauvaises rencontres et les exemples pernicieux ; les tentations sont plus fréquentes et plus forces ; les imaginations sont plus excitées; la constitution nerveuse des hommes n'est pas la même. Voilà des causes de délit. Qu'est ce que l'instruction primaire, généralement plus répandue dans les villes, a à voir dans tout cela? • Mil. Portails, Léon Faucher, Ch. Giraud, Cousin, Moreau deJonnès parlèrent dans le même sens.

SECONDE PARTIE

de privilège inlelleetoel, elle donne à l'ambition un prétexte, un aliment à la vanité.

Mais que Tinstruotion primaire soit universellement distribuée, par réiévatlon de tous, elle rend sans danger Félévation de chacun. Dans une population de nains, Tbomme petit se peut dire un géant : ajoutez une même mesure à la taille de chacun» qui pourra s'enorgueillr du développement de tous? De même, pour l'instruction dispensée dans les conditions dont on parle. Si elle fait monter le niveau général, elle maintient entre les individus les relations qui naissent d'une hiérarchie naturelle. Elle élève les termes du problème; elle n'en altère point le rapport. Elle conduit à ce but : faire sortir du progrès individuel la sécurité de l'ordre social.

La diffusion universelle de l'enseignement est donc un moyen d'étouffer les germes de cette sotte vanité qui fait rougir le fils de la profession de son père, et fausse, pour Tégarer, la direction naturelle de ses facultés. Elle est un remède, bien loin d'être un péril; elle est une digue, %l non pas un torrent. ; /'

Yoilù ce que, dans la* spbèré ptrçment théorique, il est, croyons-nous, permfs d*tfffirmer. • " '^ ^

L'iostructîon, nous le répétons, est une féculté, un instru* ment. À cette faculté il faut assigner une loi; à eet instrument il faut poser un bul. Une force abandonnée à ellemême est inutile ou dangereuse : trouvez la loi de cette force, dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, vous avez un puissant moyen de conquête.

En Allemagne, comme ailleurs, les faits sont la consécration de ces principes. Dans celles des provinces prussiennes, dans les parties du duché de Bade, de la Hesse, de la Saxe où les théories dont nous donnions plus haut un aperçu ont pénétré au sein de l'école; là où les instituteurs ont suivi le courant

RÔLE DE L ériT.

d'idéesqui conduit de Pestalozzi à M. Diesterweg, etscsont raD« gés sous le drapeau arboré au parlement de Francfort, l'école, au point de vue moral comme au point de vue poliliquCf il faut en faire Taveu, a été une menace quand elle n'était pas une arme funeste. « Le gouvernement s'unit à TÉglisepour nous faire la guerre, me disait un instituteur hégélien. Peu importe I notre œuvre est accomplie. Les enfants qui noussont passés par les mains sont maintenant de jeunes hommes; qu'on essaye d'atteindre une génération tout entière ! la police anra beau faire, il n'est plus temps : un peu de patience, les événements le prouveront. »

Là, au contraire , où l'école a respecté les liens qui l'unissent à la Famille, à la Commune, à TÉglise ; où elle s'est faite l'instrument de ces trois puissances dans lesquelles se résume lat radition sociale, elle a été, pour la vérité religieuse comme pour les intérêts de Tordre politique, uu rempart et un point d'appui. Qu'on parcoure les provinces rhénanes, la Westphalie, la Silésie catholique et les quelques provinces protestantes où un ^dogme déflni est encore le nerf d'un enseignement positif, et donne une base k l'éducation, on verra que Técole y est le premjor e^ip^i^P^^^^^'® anneau de la chaîne qui retient les ^épét^tû^ no^veUea dans le culte de la loi morale. • *f» ^ • i# . ^

Cette différence entre les faits observés dans les pays catholiques et dans le| pays protestants, est la cause, je dois le croire, d'un phénomène que j'ai eu peine à m'expliquer au premier abord : c'est de la part des autorités protestantes, autorités ecclésiastiques ou laïques, que j'ai recueilli l'expression la plus vive des craintes que les événements révolutionnaires des dernières années avaient partout fait naître. Si, de l'autre côté du Rhin, j*ai trouvé des déflances à l'égard des écoles normales primaires, si j'ai entendu blâmer la trop grande extension donnée à l'enseignement du peuple, etc..

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ce n*est pas de la bouche des évéques que j'ai recueilli de telles plaintes, c'est de celle des ministres protestants. Ce n'était ni le cardinal archevêque de Cologne, ni le cardinal évëc^ue de Breslau, ni l'évéquede Munster qui exprimaient le vœu de voir dès écoles stagiaires substituées dans un bref délai, au système des écoles normales, c'était un conseiller éccjésiâstique luthérien. Je livre ici les faits tels que j'ai eu occasion de les saisir : on en tirera, si l'on veut, dans Tordre moral, les conséquences qui en découlent naturellement. Je me contente d^en conclure que \h où Técole est sainement dirigée, là où elle n'a pas à redouter les atteintes du scepticisme religieux, Tobligation de renseignement est, dans son principe et dans ses résultats, une des armes les plus puissantes de l'esprit de conservation.

Aussi, je le déclare en terminant ce chapitre, nulle part, au milieu du bouleversement social des dernières années^ ce système n'a perdu sa haute valeur morale. En plusieurs pays, notamment dans les provinces centrales de Prusse et dans la Saxe, à la vue de reffrayante dissolution des croyances, devant les progrès d'un nihilisme qui a eu pour propagateurs des maitrea d'école et des ministres évangéliques, on reconnaît que l'enseignement populaire s'est témérairement, parfois, écarté de la direction qui doit être sa loi^ on le confesse tout haut. Mais si Ton cherche une voie nouvelle, ou plutôt si Ton s'erforce de remonter le torrent, nulle part on ne pense à tuer le principe pour réformer l'abus, à faire payer à ce principe la faute des hommes; à briser l'instrument, mais à s'en mieux servir.

Les devoirs de la mission dont nous étions chargé nous avaient codduit dans la capitale de la Silésie. Un éminent prélat, un homme dont la religion et la science pleurent aujourd'hui la perte, le cardinal de Diepenbrock, nous fit l'honneur de nous communiquer les lumières de sa haute raison

RÔLE DE l'État.

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