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DE LEUR RESPONSABILITE DANS LA FAMILLE

Dès avant d'être épouse et mère, la jeune fille a une influence à exercer sur ses frères, et ceux-ci souvent la traitent, comme plus lard la traiteront ses fils ; Ma sainte de sœur I Ils la laisseront prier et vivre dans un monde

tout à fait différent du leur et si elle s'inquiète de leurs abslenlions ou de leurs absences, ils répondront comme à un enfant dont les craintes ne riment à rien : allons, allons, petite sœur, ne vous faites donc pas de mal pour cela !

Quand la jeune fille est devenue épouse, sa foi ne doit pas être satisfaite si elle a pu, à force de complaisances et de chatteries, amener son mari à lui concéder l'assistance à la messe^ comme il lui concéderait à charge de revanche quelque caprice enfantin, qu'il la méprise d'ailleurs un peu d'avoir, tout en le lui passant.

Mais que pourrait-elle demander de plus qu'une formalité à son mari, si elle-même n'a retenu de la relig'ion apprise en sa jeunesse qu'un formalisme, si vraiment l'Evangile n'a pas été pour elle esprit et vie ?

L'homme aujourd'hui prend assez volontiers la religion au sérieux; qu'il la combatte ou qu'il la pratique, il ne la considère plus

guère comme une attitude ou un amusement, et donc il demandera à sa femme de faire de même.

S'il croit vraiment et s'il est instruit des choses religieuses, il souffrira de la nullité religieuse de sa femme et de l'idée mesquine qu'elle se fait des principes fondamentaux de leur foi commune; en réalité, il se sentira en désaccord, foncièrement, avec elle. Ils pourront tous deux murmurer les mêmes mots, mais ces mêmes mots n'auront pas le même sens; ils ne feront pas qu'une seuleâme: leDieu de l'époux ne sera pas vraiment le Dieu de l'épouse, quoiqu'il porte le même nom également aimé.

Si la femme n'est qu'ignorante, peut-être le mari pourra-t-il l'instruire et peu à peu l'amener à une compréhension plus large et plus exacte à la fois de la vérité qui a libéré son âme; mais il pourra aussi se heurter à (les préjugés invétérés et qui feront voir à sa femme des nouveau**^ r^anorereuses dans ce

qui ne sera que le rappel à une orthodoxie plus précise.

Cette infériorité delà jeune femme au point de vue religieux sera pénible dans un ménage chrétien; il est si doux de penser et de sentir ensemble, de communier vraiment au même Dieu, de voler vers lui d'un vol égal et harmonieux. Il est si doux aussi pour le mari chrétien de voir sa femme donner aux enfants dès le bas âge des notions droites et exactes de la foi, ne point réduire cette foi à des puérilités, ne point surtout la maintenir à ces puérilités à mesure que les enfants grandissent, mais savoir faire croître et grandir en eux le Christ, peu à peu plus intégralement révélé.

Et le rôle si grand de la femme grandit encore lorsque précisément elle est devenue mère et qu'à ce titre elle se mêle de religion et elle doit s'en mêler; certes, à aucun âge, il n'appartient à la femme de faire de la théologie à proprement parler ; elle ne fait pas partie

de l'Eglise enseignante ; mais encore est-il qu'il est nécessaire qu'elle soit une enseignée intelligente, capable de transmettre le flambeau.

Or si les petites conceptions qu'elle s'est faites de la religion, si les petites pratiques auxquelles elle se complaît, si les préjugés mêmes qu'elle prend, de bonne foi, pour des principes peuvent avoir une influence suffisamment heureuse dans sa vie et la garder de fautes et d'erreurs morales, il est clair que ces mêmes moyens ne sauraient suffire aux enfants qui grandissent, aux garçons qui bien vite se frottent aux opinions multiples des adversaires.

La mère doit prendre garde que ses fils n'abandonnent la foi catholique pour avoir eu à rougir devant les hommes des explications insuffisantes qu'elle leur en a données.

Il ne faut pas que la religion de leur mère leur apparaisse tout à la fois exigeante et sans autorité, mal en rapport avec les vérités les

plus élémentaires, vérités avec lesquelles leur mèren'a pas su leur montrerqu'elle s'accorde merveilleusement.

Garder la foi au cœur de son fils, c'est le grand désir de la mère, c'est sa pensée légitime et constante, et on peut dire que le plus souvent elle s'y dévoue de tout son cœur et y sacrifierait volontiers sa vie; certes, elle peut prouver à ses fils la beauté et la force d'une foi qui engendre tant de vertu, d'abnégation, d'héroïsme et si ses fils ont grand cœur peutêtre pourront-ils répéter avec sincérité les vers de Lamartine :

Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte mère : Qui peut douter sur son tombeau?

Mais qui ne voit qu'il n'y a là qu'une émotion et qu'une foi de sentiment, insuffisantes, et qui accentuent plutôt le désaccord de la vie intellectuelle et de la conception religieuse entre le fils et la mère ; ma sainte femme de mère, dira le fils, s'il est bien né et respec-

tueiix ; ma bonne femme de mère, dira-l-il, s'il est seulement bongarçonlui-même. Mais celte sainteté et cette bonté maternelles, comme la sainteté des jolies petites sœurs ingénues, n'auront aucune influence sur l'orientation reli^'juse du fils. Il admirera, il respectera sa mère, mais il ne sera pas amené, il ne se croira pas obligé à croire comme elle.

La jeune fille a donc le devoir de connaître et de pouvoir défendre la religion qu'elle professe. De son temps déjà , Mgr Dupanloup disait à ce propos : « La vérité force à avouer qu'en ce temps, malgré leurs rares mérites et leurs incontestables supériorités, les femmes sont pour la plupart incapables de rien faire qui soit réel, qui soit efficace pour défendre la religion, pour éclairer les âmes, résoudre les doutes. En un mot, elles sont hors d'état, sauf par leurs prières, ce qui est beaucoup, mais ne suffît pas, de servir la cause de Dieu dans le monde ! »

Non seulement par cette ignorance les jeu-

nés filles ne servent pas la cause de Dieu dans le monde, mais trop souvent elles la desservent.

Certains hommes politiques et certains sociologues semblent, en effet, aujourd'hui considérer ou considèrent effectivement, avec plus ou moins de raison, la religion catholique comme un obstacle radical à l'extension de leurs conceptions politiques et sociales. Il conviendrait à coup sûr, pour le bien de ces hommes et de ceux qu'ils entraînent,comme pour le triomphe de la liberté elle-même, de montrer par des actes qu'ils se trompent en considérant l'Eglise catholique comme une adversaire. Or, par un phénomène assez fréquent, mais très fâcheux, et qui devrait être, à tout prix évité, beaucoup de catholiques font le jeu de ces hommes en attachant précisément la religion catholique à des conceptions sociales et politiques particulières.

Les jeunes filles ne sont pas les dernières à donner dans cette erreur.

Enthousiastes, mais trop souvent superficielles, esclaves d'une éducation étroite, la délicatesse de leurs sentiments, la générosité native de leur âme, l'élévation de leurs pensées les poussent à faire de la religion non pas l'émancipatrice des peuples, mais la sauvegarde d'un ordre établi qui est loin d'être parfait et auquel elles prêtent l'immutabilité et l'auguste grandeur de la religion ellemême.

Pour elles, et par elles pour les adversaires, la religion n'est en effet que la gardienne des privilèges et des inégalités corrigeables ; la doctrine catholique se capitonne pour elles comme l'accoudoir de leur prie-Dieu, la société chrétienne leur apparaît toute dans la chapelle aussi élégante que privée oh elles fréquentent.

Certes, dans ces réunions, pieuses quoique mondaines, elles entendent prêcher des béatitudes déconcertantes au point de vue humain ; elles entendent les malédictions du Christ

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contre les mauvais riches et les pharisiens, la gloire prochaine et l'élévation des petits, les bergers appelés les premiers à l'étable du Dieu pauvre; mais tout cela glisse sur elles^ elles ne songent même pas que cette doctrine peut et doit avoir une application quotidienne et effective dans la société même oh elles vivent et qu'elle doit se réaliser autrement qu'en de vagues velléités de pitié, mais en des œuvres organisées, fonctionnant bientôt par elles-mêmes , s'imprégnant et vivant du sang du Christ.

Oh certes, elles ne sont, de libre propos, ni dures ni cruelles ; quelques-unes même ont leurs pauvres, mais ce n'est toujours de leur part que de la condescendance ; le large torrent de fraternité dont le Christ a voulu rompre les écluses pour submerger l'univers, ne leur apparaît que comme un filet discret et timide, rétréci dans les limites des convenances, des kermesses de bienfaisance et des sermons de charité.

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C'est du chrislianisme édulcoré, à petite dose, si étendu de mondanité et de paganisme déguisé qu'il n'a plus aucun effet sur leur tempérament et ne modifie en rien leur attitude.

Et encore, de ce Christianisme à l'eau de rose, elles ne songent jamais à parler entre elles ; le seuil franchi de la chapelle ou de l'église, elles se laissent reprendre sans le moindre remords par les sollicitudes des relations, les visites, le tennis, le malsain skating et les thés à la mode.

xMais aussi bien qui donc les porterait à ne point se défaire de ce manteau de foi si flottant et si peu exact qu'il soit ? qui donc parle de la religion comme d'une chose vivante, du Christ comme d'un être toujours actuel, de la charité comme d'une chose dont l'aumône matérielle n'est point la seule ni la meilleure expression ?

Singuliers causeurs que ceux qui feraient intervenir sérieusement et spontanément le Christ dans une conversation, en chemin de

fer, en promenade, sur la plage, au thé.

Pour un peu, on les jugerait indécents et peu respectueux. On va voir Dieu à l'église, on le laisse faire un pas en dehors de son tabernacle,parmi les fleurs et les lumières, mais le faire sortir de ses temples, le ramener pour ainsi dire chez soi, à la maison, le faire circuler avec soi dans la cité, lui parler comme à un être visible, en parler aussi comme d'une personne qui vit, agit, parle et souffre au tour de nous, cette outrecuidance vraiment déplacée ne saurait venir à l'esprit d'une jeune fille bien née.

Ce n'est pas qu'elle n'y croie point, ce n'est pas qu'elle ne le prie point en secret, ce n'est pas qu'elle ne souffre point sincèrement à ses pieds et qu'elle ne lui demande point de l'aider. Mais elle ne le prie qu'à l'heure fixée, avec des paroles concertées, elle ne vit pas en commun avec lui.

Et pourquoi ? Parce qu'elle ne se le figure pas comme cela, parce qu'elle le juge tropéloi-

gné d'elle, et qu'elle répète sans conviction pourtant: moi, pécheur, moi, ver de terre... et autres formules sans écho sincère.

Elle s'est fait de la religion une chose extérieure à elle; du Christ, un personnage sévère, aaxpiedsduquelà de certains jourson se traîne à genoux, qu'on voit un instant au bout des doigts du prêtre, que l'on reçoit en essayant de s'anéantir et dont on ne parle plus de la journée ni les jours suivants.

Et cependant le cœur des jeunes filles souffrant dece grand vide, dont parle Fénelon,est enclin à se donner ; pour le satisfaire, quelquesunes se lancent dans l'apostolat.

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