DE L APOSTOLAT FRIVOLE OU SECTAIRE
Mais l'apostolat des jeunes filles doit éviter deux écueils qui semblentopposésetqui cependant s'appellent comme Charybde et Scylla : c'est la frivolité et le sectarisme.
Des jeunes filles seulement frivoles pour lesquelles l'apostolat n'est qu'un amusement, un prétexte à dinettes, à bals dits de charité, à parlottes,àconférences,àsaluts en musique, nous ne parlons pas ici ; on les connaît assez et d'ailleurs elles reçoivent de leurs efforts présumés une récompense aussi vaine qu'elles sont vaines elles-mêmes. Elles ont brillé dans une fête de charité, elles ont chanté dans un concert chic, on les a biens vues : certes, la cause pour laquelle elles ont ainsi brillé, chanté, dansé, n'a guère avancé : mais elles n'en ont pas souffert, si même elles y ont songé.
Receperunt mercedem suam, vani^ vanam.
Des jeunes filles sectaires, bien que ces deux termes semblent hurler de se voir accouplés, il faudrait parler davantage.il y en a: sectaires, c'est-à-dire, opiniâtres, malveillantes aux autres, entêtées dans une doctrine, excommuniant celles ou ceux qui ont le malheur de ne pas faire partie, je ne dis pas de leur religion, mais de leur ligue, de leur « di-
zaine », de leur sous-comité et qui répugnent à s'affubler de pseudonymes maladifs et recherchés, en des correspondances remplies de pauvretés.
Est-il possible qu'il y ait des jeunes filles assez sérieuses pour être sectaires?hélas, oui î et dans tous les camps; j'allais dire dans les meilleurs, puisque le sectarisme naît souvent d'une conviction profonde.
11 est aujourd'hui des apôtres féminins, des zélatrices de tout ruban, des dizainières de tout nom, enrôlées sous des bannières aux vocables de paix et de douceur, et qui apportent à la conquête de la société contemporaine une ardeur, un entrain, une impavidité dont le premier résultat est de les faire détester, elles et malheureusement aussi les causes qu'elles entendent défendre.
Car, hélas ! ces jeunes cœurs ont du fiel, ces petites mains sont fébriles, ces jolis yeux ont des duretés d'acier, ces têtes rieuses ont des moues et des dédains, ces petits êtres tout de
sa DE L'ÉDUCATION SOCIALE DES FILLES
tendresse et d'accueil ont des volte-face indignées, comme si Satan en personne apparaissait, dès qu'elles se trouvent en face de quelqu'un qui pense sur un point autrement qu'elles croient penser.
Il faut sauver la France! et, certes, elles le veulent, elles s'y acharnent, mais combien maladroitement, hélas 1 et avec quel persistant aveuglement.
Or, si leur apostolat a de ces étroitesses, n'est-ce pas que la doctrine qu'elles prétendent propager, elles la voient étroite ellemême, intransigeante, arrogante, dominatrice? Il faut dompter, il faut vaincre. Ce n'est pas une conquête, c'est une bataille; ce n'est plus la séduction du Christ libérateur à répandre, à faire resplendir, c'est une sorte de Dieu gendarme à dresser comme un épouvantait devant les masses.
Oh 1 qui dira les ravages exercés en des cœurs de jeunes filles prêts à s'épanouir et qui auraient pu si bien aimer, par cette con- j
ception de l'apostolat vengeur, par cette évocation sans cesse renouvelée de ligues, de bal lilles, par celte transposition imprudente des droits du Christ sur des épaules humaines.
Cet apostolat mal avisé a tari le dévouement véritable aux œuvres vitales, aux œuvres de rayonnement et de conquête ; il a pu faire quelques amazones, quelques frondeuses, quelques ligueuses, il a pu ravir d'aise ceux qui ne sauraient vivre sans luttes épiques et qui portent en eux des âmes de condottiere, mais on ne dira jamais assez combien il a rendu impopulaires le Christ et l'Eglise, que les masses, une fois de plus, ont vu, des deux côtés, grâce à la mauvaise foi des uns et à l'aveuglement des autres, confondre avec les hautaines prétentions de quelques-uns au respect, au labeur et à l'écrasement de tous.
Une éducation religieuse plus complète aurait éveillé dans les âmes féminines une toute autre conception de l'apostolat moderne.