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SUR LE SEUIL EXTERIEUR DU FOYER

Le foyer, naguère, était au milieu de la maison, in penetralibus, et il semble bien qu'il n'avait point de « jours » au dehors. La femme vivait retirée, ignorante des bruits extérieurs, nullement associée à la vie sociale ou politi-

que de son mari ; le foyer, aujourd'hui, a des fenêtres et la femme gardienne du foyer aie droit et même le devoir de regarder par ces fenêtres. Elle doit donc se faire une science propre, des convictions personnelles, une mentalité vivante.

Pas plus qu'elle ne doit se contenter de réciter des formules pour apprendre à prier, elle ne doit pas davantage se borner à des appréciations toutes faites pour se former une opinion intellectuelle ou sociale ; elle doit réfléchir et étudier par elle-même, sans se voiler la face devant toute nouveauté, comme si toute nouveauté était forcément scandaleuse.

Elle doit faire au contraire l'apprentissage, avec discrétion et avec la progression nécessaire, de la liberté et de la vie sociale.

Pour la conquête de cette liberté intellectuelle, qui n'est pas, — qu'on l'entende bien — la liberté contre la vérité, elle doit apprendre à réfléchir, à écouter les objections avec sym-

pathie, à les analyser, à en discerner l'intention, le vrai sens et la portée, par quoi elles pourraient même bien correspondre à une aspiration de leur conscience réelle, je ne dis pas de cette conscience qui souvent lui a été comme plaquée sur l'âme et qui ne résonne point à l'unisson de sa personnalité profonde.

Une jeune fille est naturellement bonne, généreuse, sensible; elle s'apitoie; or, savoir ou pouvoir s'apitoyer, c'est déjà comprendre et pardonner beaucoup, c'est avoir en mains les éléments des reconstructions et des harmonisations sociales nécessaires.

Mais tout le monde s'ingénie pour mettre la jeune fille en garde contre les spontanéités et les impulsions de son cœur, pour lui persuader que la défiance est le commencement de la sagesse et pour dévier son sens droit qui la portait d'abord à la vérité sans souci des conséquences.

C'est à cette vérité toute pure qu'il faut pourtant qu'elle tende dans toutes ses études,

c'est elle qu'il faut qu'elle veuille et qu'elle sache discerner sans prendre garde à la mode, au préjugé, à l'intérêt, en la dégageant surtout des personnalités plus ou moins sympattiiques^ plus ou moins bien cotées, plus ou moins de son monde, qui la représentent ou la propagent.

Les hommes ont déjà grand'peine à juger des idées en elles-mêmes et à les voir sous un autre visage que le visage aimé ou honni de leurs propagateurs éphémères.

Et ainsi ils se jettent parfoisdans des camps qui ne leur plaisent pas, uniquement parce que la figure de ceux qui sont au camp qui leur plairait ne leur platt pas.

Les jeunes filles, avec leur sensibihté, avec leur spontanéité, avec une certaine impressionnabilitéjSont plus que les hommes encore exposées à se dévoyer ainsi, et elles apportent malheureusement à leurs antipathies lamême ardeur qu'elles apportent à leurs enthousiasmes et après qu'elles se sont ainsi classées sou-

vent à l'aveugle,, il est presque impossible de les ramener à la vérité.

La raison seule pourrait y parvenir, mais la raison est sans prise sur elles, car elles n'ont jamais été instruites à y plier leur caprice ou leur goût.

C'est ce qui fait qu'avec des qualités excellentes, des trésors et des réserves de sensibilité, elles peuvent devenir d'une inconcevable dureté, d'une partialité révoltante, de la plus criante injustice et de l'entêtement le plus désespérant.

Elles savent sentir, elles ne savent pas penser, leur essor dans telle ou telle direction dépend d'une piqûre d'épingle.

La formation intellectuelle des jeunes filles ne s'achève donc pas au pensionnat ou au cours^ les jeunes filles ne sont là qu'auditrices ou passives ou moqueuses ; cette formation demande, pour se perfectionner, la discussion loyale, le cercle d'études, oh l'on dépouille tout

▼ain artifice, tout amour-propre, où l'on conclut par soi-même.

Les jeunes filles doivent apprendre à se libérer sagement des ambiances factices, elles doivent se rendre indépendantes, des autres d'abord, pour savoir, à l'occasion, se décider par elles-mêmes, s'orienter dans la vie, choisir une carrière qui leur assure la dignité et la liberté, indépendantes aussi d'elles-mêmes, de leur nature extérieure, pourrait-on dire, de leur nervosité, de leur inconstance, de leur tendance à tout rapporter à elles-mêmes.

Méthode de cette éducation. — Aumône et charité. — 11 ne suffît pas d'aller au peuple. — Dans les œuvres. -r- De la formation personnelle préalable ; M™' de Maintenon. — Une erreur à ne pas renouveler. — De la théorie et de la pratique sociales.

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