MÉTHODE DE CETTE ÉDUCATION
L'apprentissage de la vie sociale aidera beaucoup à cette formation.
A ce propos encore nous ne parlons pas des jeunes filles uniquement frivoles qui n'ont jamais rien regardé autour d'elles, dont les étapes dans la vie sont marquées au crayon d'argent sur les feuillets ivoirins d'un carnet de bal et qui, petites têtes sans cervelle, incapables de se fixer à quoi que ce soit, sont nulles et le resteront.
Il y en a malheureusement beaucoup et qui auraient besoin d'être soumises à un traitement rigoureux et à un travail pratique que l'avenir peut-être et les révolutions leur imposeront brutalement.
Nous parlons des jeunes fiUesqui ne sont pas sans jeter un regard et éprouver une compassion sur la misère contemporaine et qui, suivant l'impulsion de leur cœur, voudraient la
souiager autrement qu'en dansant et flirtant pour elle.
Si, en même temps, ces jeunes filles — et c'est le vœu de beaucoup — veulent par l'exercice de cette charilé faire mieux connaître et apprécier un idéal religieux qu'elles ont ou, du moins, qu'elles croient très fermement avoir en elles, si elles prétendent ou si elles espèrent de façon plus ou moins avouée reconquérir ainsi les masses et enrayer le mouvement qui les pousse aux pires utopies collectivistes, elles ont à se défendre d'un danger qui jusqu'ici ne paraît pas leur avoir été victorieusement signalé.
Il leur faut absolument savoir distinguer l'aumône de la charUé, imprégner cependant l'une de l'autre et arriver peu à peu à suppléer normalement l'aumône par la charité mieux organisée.
AUMÔNE ET CHARrTÉ
Certes, l'aumône restera toujours le moyen
relativement facile et obligatoire de soulager de façon immédiate les misères actuelles, invétérées, incurables aussi ; le pauvre que l'on aumône est un malade que Ton entretient, sans espoir de guérison,mais parce que la vie est pour lui un dépôt sacré à la conservation duquel nous devons collaborer.
On a beaucoup médit de l'aumône dans ces temps derniers. Ceux surtout qui ne la font guère la trouvent humiliante et inutile. Elle donne, paraît-il, à ceux qui la font un orgueil auquel ils s'efforcent par tous les moyens de ne pas succomber; elle cause à ceux à qui on la fait une humiliation que leur délicatesse leur interdit d'imposer.
La foi catholique ne permet pas d'envisager ainsi l'aumône, elle ne la considère pas comme un don gratuit et dédaigneux de la part de celui qui la fait; elle la veut, au contraire, enveloppée de tant d'aménité et d'une charité si fraternelle qu'elle ne saurait humilier celui qui la reçoit puisqu'aussi bien elle
devient une distribution plus équitable des biens de ce monde pour laquelle Dieu nous convie à être ses collaborateurs.
Laissons donc de côté les objections intéressées faites à l'aumône chrétienne et qui ne sont pas fondées, et souvenons-nous plutôt du sens et de la portée de cette aumône. Sachons aussi qu'elle n'est point la seule forme, ni la meilleure, de secourir la misère et d'instaurer un ordre social plus parfait. Nous devons aider les classes laborieuses et moins fortunées à sortir de leur situation précaire, nous devons les convier à l'effort, nous devons leur infuser un esprit de solidarité et de désintéressement. Nous devons leur faire comprendre que l'aumône n'est due qu'aux incurables, aux impotents, mais qu'avant de crier au ciel de nous aider gratuitement, nous devons travailler avec énergie, avec ténacité à notre propre relèvement et à notre progressive élévation.
Le peuple ne doit attendre son salut et son
bien-être que de lui-même, réserve faite de la coopération effective de la Providence à cet effort de l'homme. Il doit être persuadé de cette vérité qui le grandit d'ailleurs; mais ceux qui lui prêchent celte doctrine doivent en être persuadés aussi.
Et donc faire la charité, c'est, avant tout, organiser l'aide mutuelle et entrer dans les œuvres d'assistance, de relèvement, de prévoyance et d'éducation sociale, avec un esprit fraternel, sans arrière-pensée de prosélytisme politique.
Beaucoup de jeunes filles, et parmi les meilleures et parmi les plus zélées, sont loin encore de cette conception; il ne faut pas leur en vouloir, il faut tendre à les y amener en leur en faisant voir la vérité et l'intérêt.
La vérité d'abord : la charité doit être éducative : elle doit tendre à un meilleur état de choses, mais stable et fondé, elle doit se réaliser non en des dons vite absorbés, mais en des œuvres durables et fécondes, suscepti-
bles de progresser, de se soutenir, de se multiplier en des organismes vivants. Donner de l'argent en aumône, c'est couper son blé en herbe, l'absolue nécessité seule peut justifier une opération aussi désastreuse. Une charité bien avisée, ménagère de ses propres ressources et soucieuse de leur plus vaste rendement, songera d'abord en soulageant la misère actuelle, à supprimer pour l'avenir la cause multiple de cette misère, sans cesse renaissante et dont le soulagement absorbe en pure perte tant de dévouement, d'ingéniosité et d'or.
La jeune fille se portera donc de préférence vers les œuvres vivantes de formation et d'éducation démocratiques. Je prends ce mot dans un sens très large qui peut n'avoir rien de politique, mais qui révèle plutôt une préoccupation éducative.