LA NOUVELLE EDUCATION DES JEUNES GARÇONS
Actuellement, en effet, l'éducation morale et sentimentale des jeunes garçons se poursuit, semble-t-il,en certains milieux au moins, d'une façon plus méthodique et mieux adaptée tout à la fois à la morale chrétienne et aux nécessités sociales. Les jeunes gens prennent conscience de leurs multiples devoirs et de leur dignité qui réside dans l'accomplissement de ces devoirs. Ils ont appris aussi à se faire de la femme une idée plus proche et plus élevée ; ils ne la méprisent plus au point de ne la considérer que comme un jouet, ou un être inférieur et dangereux. Ils rêvent de se garder intacts pour elle et de faire d'elle, à leur tour, leur compagne intellectuelle, leur collaboratrice sociale, leur auxiliaire de tous les instants et pour toutes les causes, en même
Zi DE L'ÉDUCATION SOCTALE DES FILLES
temps que la moitié de leur âme et le reposoir de leur cœur.
Une génération de jeunes gens arrive aujourd'hui à la virilité qui a gardé la fraîcheur des sentiments avec l'intégrité des forces; ils vibrent aux moindres brises d'amour comme aux moindres souffles de liberté et ils aspirent à continuer à leur foyer la vie de ferveur religieuse et d'apostolat social dont leur jeunesse a compris la valeur et l'étendue.
Or, cette ferveur religieuse et cet apostolat social, pour se perpétuer ainsi parmi les préoccupations inévitables et les légitimes séductions d'une vie nouvelle, ont besoin de trouver un écho et une aide intelligents en la gardienne même de ce foyer.
C'est à elle, plus qu'aux anciens temps, de savoir entretenir aujourd'hui à ce foyer de l'époux la flamme inextinguible ; Dalila est toujours à redouter ; elle a toujours les paroles enjôleuses, elle tient toujours au bout des doigts ce tranchant mystérieux qui peut ton-
dre la chevelure en laquelle s'entremêlent les pensées et les aspirations du Samson jusquelà invincible.
De la façon dont la femme comprendra les idées religieuses de son mari et sa mission sociale, dépendront pour celui-ci très souvent la durée de son apostolat et de sa ferveur et pour tous deux, presque toujours, la pérennité de leur bonheur et de leur amour.
Il y a quelques dizaines d'années, il était assez courant de penser et de dire qu'une femme pieuse ramène son mari à la pratique de la vie chrétienne dans ses manifestations extérieures tout au moins et cette opinion pouvait correspondre à une certaine réalité.
Aujourd'hui encore, il n'est pas interdit d'escompter, pour le rachat des âmes viriles, l'apostolat par la tendresse d'une femme pieuse et dévouée.
Mais il convient de remarquer aussi, et cette constatation doit consoler de beaucoup de maux, qu'un grand nombre déjeunes gens de
nos jours ont conservé et fortifié la foi en eux; bien plus: qu'ils l'ont vécue et orientée vers les réalisations pratiques et sociales.
Pour ceux-ià ce n'est point le sourire d'une fiancée très chère, d'une femme industrieuse qui est le chemin du ciel : ils sont d'une religion plus haute et ils ne feraient point à la compagne de leur vie ce sacrifice complaisant et trompeur aux apparences.
Ils arrivent à elle, au contraire, avec une foi solide qui a connu les luttes et qui en a triomphé, qui s'est affermie sur le roc d'une étude sérieuse. Ils ont compris le sens profond, éternel et cependant d'une constante actualité de la doctrine évangélique.
Une jeune fille aujourd'hui reste exposée évidemment à épouser un sectaire, un noceur, un quelconque : elle court le risque aussi d'épouser un apôtre.
Perspective glorieuse ! qui le méconnaîtrait?, mais solution qui n'est point sans danger pour les prochains époux.
Les conditions de la vie peuvent se trouver ainsi renversées : naguère, la religion entrait au foyer par la femme; le plus souvent elle y entrait sous forme de dévouement aimable, sous forme de pratiques pieuses, elle arrivait ainsi quelquefois à subjuguer le mari par le cœur: elle atteignait plus rarement sa raison; le foyer se conservait, mais ne rayonnait pas; il restait à tous égards conservateur, il ne devenait pas apostolique et conquérant.
Aujourd'hui, il n'est pas rare que le jeune homme arrive au mariage plus foncièrement, plus intégralement chrétien que sa fiancée et au lieu de recevoir d'elle des habitudes religieuses, c'est lui qui souvent aura à faire ou à refaire son éducation chrétienne.
Certes, cette situation, après tout, est normale : la femme a été donnée à l'homme, c'est lui le chef de la société voulue de Dieu; c'est à lui qu'il appartient surtout de conduire, d'instruire, de diriger.
Mais voici la conséquence inattendue. Le
jeune homme, monté plus haut qu'autrefois dans la dignité de la vie, la gravité de l'apostolat, le sens de la foi catholique, aura souvent peine à se faire comprendre, même au point de vue religieux et encore plus au point de vue social, de sa jeune épouse
Et ainsi il convient et il est temps de faire regagner à celle-ci l'avance prise par le jeune homme. Il convient de lui faire une éducation en rapport avec sa tâche nouvelle, autrement plus délicate qu'autrefois, si on ne veut pas arriver à ce résultat que la femme qui naguère ne comprenait pas l'irréligion de son mari n'en comprenne plus aujourd'hui la vertu, et qu'au lieu de s'élever à lui, elle ne l'abaisse, par lassitude, jusqu'à elle.