‹ De l'education sociale des fillesChapitre 7 sur 20 · DE LA RESPONSAUILILE DES HOMMES EN CETTE MATIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA RESPONSAUILILE DES HOMMES EN CETTE MATIÈRE

Chacun n'acquiert souvent que les qualilés

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(iu'on lui suppose et qu'on sait lui découvrir : les jeunes filles, comme les jeunes gens, sont paresseuses à éclore : il faut qu'on les y aide. Quelle jeune fille n'est plus jolie du jour qu'on le lui a dit : quel jeune homme n'est plus vertueux du jour oh l'on a fait confiance à sa vertu?

Certes, il ne s'agit point là de génération spontanée; et en réalité ces qualités ne sont découvertes que parce qu'elles sont déjà en ^;erme ; mais elles ne prospèrent et ne s'épanouissent souvent que dans la mesure où on les découvre.

Si donc la plupart des jeunes filles semblent invinciblement légères et frivoles et n'apportent jamais aux choses sérieuses qu'une attention distraite, ce n'est pas qu'elles soient vraiment incapables de saisir et de comprendre les graves sujets et les austères devoirs, mais c'est bien parce que jamais, ou presque jamais, un être vraiment ami qu'elles ont deviné discret et compatissant n'a dirigé et d'abord

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soutenu leur attention avec une douce ténacité sur ces objets sérieux.

On leur a laissé croire qu'il y a tant de choses sur lesquelles les femmes n'ont point à porter un regard curieux, soit que l'on dédaignât leur intelligence soupçonnée d'insuffisance, soit que l'on craignît vraiment, avec une sollicitude excessive, de blesser leur innocence et de faire tomber la poudre de leurs ailes !

On a muré devant elles les larges perspectives de la vie. Si on ne les a point enfermées à tout jamais dans les bois de frivolité, on a cru souvent ne pouvoir les mener au terme du devoir qu'en les occupant, qu'en les trompant aux fleurettes du chemin.

On est arrivé ainsi, par une déviation fâcheuse de l'optique morale, à vouloir les contraindre à faire de grandes choses en ne leur en montrant que de petites et ainsi on s'est exposé à les faire égoïstes jusqu'en leur dévouement, et non sans quelque mesqui-

nerie dans leurs plus admirables héroïsmes, La femme peut ainsi plus qu'elle ne sait; il peut se faire que la plupart du temps le but général soit tant bien que mal atteint, mais il n'en est pas moins vrai qu'un peu plus de conscience aurait su tirer du même acte un rendement décuplé-

Or il semble que, par l'éducation factice qu'on leur donne, on prenne plaisir à rétrécir chez les jeunes filles le cratère du cœur, de façon à rendre inutilisables et par suite même nuisibles, puisqu'ils sont déviés et mal résorbés^une foule de sentiments qui y bouillonnent sans issue et qui, à force de se tieurter, de se triturer les uns les autres à l'ombre, finissent par se rancir et par ne plus donner que des vertus ratatinées en place de la belle floraison espérée et possible.

L'humanité, et plus directement la patrie, est souvent ainsi privée de trésors inestimables que l'on n'a pas su extraire du cœur desjeunes filles par une éducation appropriée. Au lieu

de les allacher à un beau labeur, à la trame large de leur vie, on ne leur a appris qu'à « frivoler » ; les talents sont restés enfouis ou éparpillés inconsidérément sans profit pour personne.

Malheur à la science qui ne se tourne pas à aimer! disait Bossuet dans un temps où la sentimentalité n'étouffait pas les hommes, et cela est encore vrai de ceux auxquels manque souvent la générosité qui vivifie l'intelligence et la fait génératrice de bonheur; mais malheur aussi à l'amour qui ne se tourne pas à savoir, qui bat à vide et sans rien moudre!

C'est le malheur de beaucoup de jeunes filles dont la riche nature demeure inemployée et s'use en des occupations inférieures et des plaisirs rétrécis, ou même en des apostolats mal avisés.

L'éducation des filles, sous prétexte d'élégance, déforme et resserre leur intelligence comme sous le même prétexte, trop souvent, le costume rompt l'harmonie des formes que

Dieu leur a données non seulement pour le charme des yeux de l'homme, mais pour l'auguste lâche de la maternité.

Et donc bien loin de récriminer contre les jeunes filles et d'écrire des satires aussi faciles qu'injustes contre leur légèreté et leur insouciance, il faut travailler à les libérer de ce mannequin factice qui les enserre elles amener à s'épanouir dans la lumière et dans la liberté.

Ce sont les éléments de celte éducation nouvelle, ou plutôt complétée, qu'elles réclament elles-mêmes plus ou moins consciemment, que leur nature généreuse intérieurement postule, que je voudrais esquisser ici pour préparer aux fils de la démocratie française et de l'Eglise, qui montent en beauté de plus en plus, des compagnes qui les comprennent d'abord pour en être elles-mêmes mieux comprises aussi et réaliser avec eux le ménage nouveau.

Les jeunesfilles en effet s'ennuient, plus souvent qu'on ne le pense, de la vie claustrée ou

frivole qu'elles sontconlraintes de mener parce qu'on les croit inaptes à tout autre rôle.

Ou ne rien faire ou faire des riens, voilà leur tâche fastidieuse et dont certaines peuvent mourir.

Jusqu'au mariage, il semble convenu qu'une jeune fille n'est qu'une petite fille. Il n'y a pas longtemps qu'elle ne serait point sortie seule même après vingt-cinq ans. A ce mariage d'ailleurs qui doit l'émanciper, personne ne la prépare; elle accepterait cependant qu'on lui en parlât un peu, qu'on harmonisât la chanson qui lui chante au cœur et dont plus d'un mot lui resie sans traduction. On ne lui parle au dehors que de tennis, de romans, de soirées. C'est plus que chez elle où on ne lui parle de rien; mais ce n'est pas mieux.

Si la jeune fille est pauvre, nul ne la demandera en mariage; si la jeune fille est riche, on ne la désirera pas davantage : on demandera seulement sa main pour avoir sa dot, sans se soucier qu'elle donne en même temps son

cœur. Aussi bien, on n'a pas l'intention ni souvent la possibilité d'en donner un autre en échange.

Triste jeunesse, en vérité, et dont on ne fait supporter aux jeunes filles l'intolérable fardeau et les perspectives désastreuses qu'à force de les étourdir et de les empêcher de penser. Quand elles seront bien étourdies, on les jettera dans le mariage : au mari de les repêcher, s'il le peut et s'il y songe' I

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