‹ De l'égalité des races humainesChapitre 19 sur 78 · AUTRES DIFFÉRENCES ADMISES PAR LES DEUX ÉCOLES · texte numérisé non relu

AUTRES DIFFÉRENCES ADMISES PAR LES DEUX ÉCOLES

On a imaginé d'autres différences anatomiques ou physiologiques, constituant aux yeux des ethnologogistes des signes distincts de races. M. Louis Figuier, quoique avec circonspection, en admet quelques-unes, a Disons pourtant, écrit-il, que le système nerveux présente une différence importante à signaler, quand on compare, les deux extrêmes de l'humanité, c'est-à-dire le nègre et le blanc européen. Chez le blanc, les centres ,. nerveux, c'est-à-dire le cerveau et la moelle épinière, sont I plus volumineux que chez le nègre. Chez ces derniers, ce | sont les expansions de ces centrés nerveux, c'est-à-dire j les nerfs proprement dits qui ont relativement un volume | \ considérable.

«On trouve un balancement tout pareil dans le système circulatoire. Chez le blanc, le système artériel est plus développé que le système veineux, c'est le contraire chez le nègre. Enfin le sang du nègre est plus visqueux et d'un rouge plus foncé que celui du blanc (1). »

Je crois que toutes ces affirmations sont excessivement hasardées, dans le sens général qu'on leur donne. Pour ce qui a trait à la conformation anatomi que du système nerveux dans les deux races noire et blanche, l'auteur des Races humaines se rapporte probablement à l'opinion de Sœmmering et de Jacquart, acceptée sans contrôle. Le dernier surtout a eu l'ingénieuse idée de rendre plus saisissante la démonstration de ce prétendu phénomène, par la savante préparation anatomique de deux pièces d'ensemble exposées au Muséum de Paris, galerie d'anthropo-

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(1) Louis Figuier, Les races humaines.

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logïe. J'en avais toujours entendu parler avec une telle admiration que mon plus vif désir, en visitant le Muséum, fut. surtout de les voir. Il est évident que l'œuvre du préparateur est au-dessus de tout éloge. C'est si bien fait qu'on pourrait s'illusionner, au point de croire que l'on est en face de la plus évidente réalité.

Si on devait s'y conformer pour établir son jugement, l'affirmation des ethnologistes serait irréfutable. Il faut pourtant le répéter, il n'y a là qu'une simple œuvre d'art, qui prouve incontestablement le talent du préparateur, mais n'apporte aucun poids à l'opinion de Sœmmering, au point de vue scientifiq|tepJacquart eût voulu démontrer un fait tout contraire quelppréparation tout aussi belle, tout aussi bien faitet parlerait éloquemmènt contre la thèse de Sœmmering. La science peut-elle se contenter de telles démonstrations pour accepter un fait comme d'ordre naturel et l'élever m rang de%i, c'est-à-dire comme devant se reproduire toujours, infail^lement, dans toutes les circonstances identiques?

En supposant même qu'on ait rencontré des filets nerveux comparativenW|;plus gros chez certains noirs que chez un ou plusieurs blancs, cela ne suffirait pas pour formuler une proposition aussï générale, aussi absolue que celle de Sœmmering, si souvent répétée. Il resterait encore à savoir si, parmi un grand nombre de noirs et dans une quantité de blancs, le phénomène inverse ne se manifeste jamais. Toute investigation expérimentale, où l'épreuve n'est pas contrôlée par une contre-épreuve, ne revêtira jamais un caractère suffisamment sérieux à ceux qui respectent la science et craignent de compromettre son nom au profit de Terreur.

Bien plus, en considérant l'expansion d'un centre nerveux, il peut se présenter certaine anomalie anatomique qui fasse illusion à un observateur même très expérimenté,

quand il ne se donne pas le mal d'étudier attentivement les faits.

« Les nerfs n'étant que des faisceaux dé conducteurs isolés et indépendants, il n'est pas étonnant que parfois un filet émané d'un nerf puisse s'accoler à un tronc nerveux voisin et que dans ce cas ia constitution intime de ce dernier ne soit pas toujours la même; on comprend dès lors que des filets d'une paire crânienne ou rachidienne peuvent quelquefois se juxtaposer à ceux d'une autre paire crânienne plus ou moins rapprochée, pour gagner ensemble leur destination ultime. Les fibres nerveuses primitives n'en accompliront pas moins chacune leur rôle physiologique spécial, mais la manière dont elles gagnent l'organe auquel elles sont destinées peut varier* Cfest ainsi, sans nul doute, que peuvent s'expliquer les résultats différents et contradictoires que les physiologistes ont obtenus dans la section des troncs nerveux (1)* »

Aussi est-il fort probable que ceux qui ont précipitamment avancé que le système nerveux périphérique de l'Ethiopien est plus développé que chez l'Européen, se soient trouvés en face d'une de ces juxtapositions de deux filets nerveux, si bien confondus qu'on peut facilement les prendre pour une seule et même extrémité nerveuse. De là une généralisation qui vient à rencontre de toutes les données zootaxiques. Car s'il existait une opposition de plan aussi tranchée dans la configuration du système ner^ veux du- noir comparé à celui du blanc, ce fait créerait entre ces hommes une différence non- seulement spécifique, mais encore générique. C'est une conclusion à laquelle per* sonne n'a voulu aboutir.

Rien n'est aussi peu prouvé que le balancement du système circulatoire dont parle M. Figuier. Aussi bien n'y

(1) Ëeetunis et Bouchard, Anatomie ûésàrïptiiïe.

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a-t-ilpâs un seul traité d'anatomie de quelque importance où Ton en fasse mention* Mais un préjugé assez général, c'est celui qui fait croire que le sang de l'homme noir a des propriétés autres que celui de l'homme blanc. Tous ceux qui ont lu les ouvrages où la constitution du sang est sérieusement étudiée, tarit à l'état physiologique qu'à l'état pathologique, savent la difficulté qu'il y a à se pro^ noncer sur les qualités spécifiques d'un liquidé dont la composition moléculaire et l'aspect général sont si instables, selon l'état sanitaire ou moral de l'individu qui le fournit. D'autre part» l'analyse qualitative et comparative du sang ne peut se faire qu'avec la plus grande délicatesse dans ropératidri. La moindre différence de température; la plus légère variation dans la quantité du liquidé, selon la forme du vase et le degré de lumière qui s'y trouve projetée, en font Varier l'aspect et l'arrangement moléculaire.

En tout cas, cette apparence visqueuse que présente ïe sang de l'homme noir et dont l'excès de plasticité s'explique assez facilement par la haute température dé son pays d'origine, n'a riëti qui doive suggérer l'idée d'une différence organique entre lui et les hommes d'une autre race* C'est un caractère particulier du sang hu-* main.

« Un fait observé d'abord par Hudson et Lister, et pài* tous les Micrdgraphes contemporains, dit Lohgët, ë'èst îâ tendance qu'ont les globules rouges à se rapprocher lëâ Uns des autres comme des rouleaux de pièces de monnaie reiivërsées. Cette disposition très prononcée, surtout dans le sang de Vkomme, paraît ne pas exister cirez les animaux dont les globules ont la forme elliptique; <jh. Robin* qui à particulièrement dirigé son attention sur ce phénomène, l'attribue à Y exsudation d'une matière visqueuse qui se ferait à la surface des globules, hors dei vaisseaux ;

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&il le regarde comme un commencent d'altération (1). » Suivant M. de Quatrefages, les hommes de race noire stfent beaucoup moins que ceux de race blanche ; « mais l'insuffisance de la transpiration, dit-il, se compense par l'abondance delà perspiration ». Sans mettre aucunement en doute la haute compétence de Fauteur de l'Espèce humaine, il me semble difficile d'admettre ni le fait qu'il avance, ni l'explication qu'ils en donne. Je suis noir et n'ai rien qui me distingue âhatomiquement du plus pur Soudanien, J'ai cependant une transpiration assez abondante, pour me faire une juste idée des faits. Mes congénères n'échappent pas a la loi naturelle. Aussi est-ce avec surprise que je lus, pour la première fois, l'opinion du savant professeur. Cette compensation, cette espèce de balancement qu'il suppose entre la perspiration et la transpiration n'est guère de nature à convaincre mon intelligence.

La perspiration et la transpiration sont un même phénomène physiologique et ne se distinguent que par la quantité de liquide ou de vapeur exhalée par les tissus organiques. Dans le premier cas, l'exhalation est peu sensible, dans le second elle est notable : plus abondante la transpiration cutanée se nomme sueur. Voilà tout. Les produits excrémentiels qui peuvent être considérés comme compensateurs de la transpiration sont la salive ou l'uriné, surtout cette dernière toujours plus abondante, toutes les fois que les fonctions de la peau sont paralysées ou insuffisamment excitées. Or, il est certain que, selon le degré de température ou les dépenses musculaires réalisées, la peau du noir exhale la même quantité de liquide ou de vapeur que celle du blanc, sinon davantage.

Le même anthropologiste explique par une différence de

(1) Longet, Traité de physiologie, t. II, p. 5.

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fonctionnement physiologique, la nature diverse des cheveux dans les races humaines.

A son avis, les glandes sébacées seraient plus développées, mais les bulbes pileux seraient atrophiés chez le noir. * Ces deux faits, dit-il, se rattachent encore à la même cause et s'expliquent par le balancement d'organes connexes. Le sang, appelé à la surface du corps, abandonne les bulbes pileux trop profondément enfoncés; mais par la même raison il afflue dans les glandes sébacées qui sont placées plus superficiellement. Il est tout simple que les premiers s'atrophient et que les seconds se développent exceptionnellement (1), » Ce point mérite d'être étudié, car il paraît que M. de Quatrefages, se rangeant à l'opinion de ceux qui prétendent que la peau du noir sécrète la matière sébacée en plus grande abondance que celle du blanc, ne fait ici que lui chercher une explication physiologique. Cependant les choses ne se présentent nullement comme le suppose l'éminent académicien ; elles offrent une face toute contraire, tant au point de vue histologique que dans leurs effets physiologiques .

« Les glandes sébacées, situées plus superficiellement que les glandes sudoripares sont de petites granulations blanchâtres annexées aux follicules pileux dans lesquels s'ouvrent leurs conduits excréteurs, et siégeant dans l'épaisseur même du derme. Elles manquent là où manquent les follicules pileux, sauf sur le gland, les petites lèvres et la face interne du prépuce. Leur volume est, en général, en raison inverse du volume du follicule pileux correspondant ; aussi quand les poils sont forts les glandes sébacées en paratsssent des appendices; quand le follicule pileux, au contraire, appartient à un poil follet,

(1) De Quatrefages, looo citato.

c'est lui qui paraît alors un appendice de la glande (1)* » Mais un histologiste d'une compétence incontestable va* si cela se peut, nous faire une description encore plus précise, plus saisissante de la contexture de ces petits organes disposés dans un ordre absolument opposé à celui que désigne M. de Quatrefages. « Les glandes sébacées, dit Leydig, se comportent comme des refoulements de la peau ou comme des diverticula des bulbes pileux. Cest de la substance conjonctive ou du derme ou de la partie conjonctive du follicule pileux que provient la fine enveloppe extérieure Çtunica propria), tandis que les cellules de sécrétion épithéliale sont en connexion avec la couche muqueuse de 1'épiderme, ou bien* si la glande s'ouvre dans un bulbe pileux, avec Fenveloppe extérieure de la racine du poil (2). »

§t|! Or, il est notoire que les cheveux du Caucasien sont de

beaucoup plus fins que ceux de l'Ethiopien* Une différence existe même entre l'épaisseur des cheveux blonds et celle des cheveux noirs, appartenant également à la race blanche. Suivant Leydig, les premiers ont ordinairement de 0mm,058 à 0min,067 d'épaisseur; tandis que les seconds ont

4 de 0mm,067 à 0mm077 (3). Le volume des glandes sébacées étant en raison inverse de celui du follicule pileux eorres-

■; pondant, ainsi que l'ont reconnu tous les histologistes, elles doivent être beaucoup plus développées dans la race blanche (allant du blond au bruii) que dans la râpe noire

| aux cheveux parfois rares, mais [particulièrement épais* Contrairement encore à la proposition de M. de Quatrefages, il est scientifiquement probable que la matière sébacée doit être sécrétée en quantité supérieure dans les races européennes, généralement très poilues, comparativement

(1) Beaunis et Bouchard, loco citato.

(2) Franz Leidig, Histologie comparée^ etc.

(3) Franz Leydig, loco citato.

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aux races de l'Afrique. Les glandes sébacées semblent tellement s'adapter au développement du système pileux que dés savants d'une haute valeur sont arrivés même à leur refuser une existence distincte. Voici un résumé de la question donné par Longet et ^qui confirme pleinement toutes les explications que nous avons déjà vues*

« D'après Eichbôrn, dit-il, ces glandes n'existeraient point comme organes distincts, et la matière sébacée serait sécrétée dans les kistes des poils. Partout où il y a des poils, suivant E. H. Weber, les glandes sébacées s'ouvrent dans les follicules pileux eux-mêmes. Charles Robin distingue des glandes sébacées proprement dites et des glandes pileuses : les premières offrent une embouchure commune avec les follicules pileux et les secondes s'ouvrent dans de larges follicules pilifères. Quant à Kôlliker qui admet que plusieurs des glandes sébacées sont constituées par de simples utricules pyriformes^ tandis que d'autres forment dès glandes en grappe simple ou dès glandes en grappe composée, il affirme qu'elles sont gérië^ ràlëment plus grosses autour dés petits poils qu'au voîsi* nage des poils volumineux (ï). »

Ce qui prouve surabondamment que la peau du noir sécrète moins de matière sébacée que celle du blanc, c'est la. nature même des poils gros et relativement rares qui la couvrent dans certaines parties du corps. Partout, on les* rencontre secs, rudes et cassants; c'est ce qui les empêcnë de s'allonger, encore bien qu'ils poussent aussi vite que ceux d'autres races. Tout différents sont les cheveux btt autres poils du Caucasien, et Ton doit en attribuer la qùâ* lité à cette plus grande richesse des glandes sébacées qu'un préjugé vulgaire fait accorder plutôt à l'homme de racé africaine. Eft effet, leur rôle physiologique consisté

(1) Longet, looo cit&tô.

précisément à donner de la souplesse aux cheveux ou aux poils et à en effacer la rugosité. « La matière sébacée, dit Longet, concourt à rendre les cheveux ou les poils lisses et souples, » : j

Je ne m'arrêterai pas à discuter la question plutôt burlesque que scientifique, d'une odeur sui generis qu'on a voulu considérer comme un caractère particulier à la race „ noire. C'est le simple résultat de la malpropreté identifiée à l'habitude des sauvages africains. Us oignent leurs corps de • graisses plus ou mprfîs concentrées et mêlées à une sueur abondante, à laquelle il faut ajouter des toilettes où le pissat sert de parfum, à la manière des anciens Celtes de l'Europe barbare* *

On conçoit bien que, par évaporation ou par un certain phénomène osnio tique, l'organisme finisse par s'imprégner de ces odeurs vi reuses, surtout au-dessous des aisselles où la sueur concentrée s'aigrit naturellement. Alors l'individu, même se lavant avec le plus grand soin, en conserve longtemps encore la désagréable émanation. Mais ce sont là des cas qui s'expliquent en dehors de toute considération de races. En Europe aussi, on trouve des personnes également affectées de cette pénible particularité. Tous les pathologistes le savent et en parlent dans leur traité.

Enfin quelques-uns prétendent encore que l'insensibilité du noir est un caractère spécial qui le distingue des indi- I vidus de la race blanche, au point de vue de leurvconstij tution nerveuse. Rien de moins avéré. On n'aura établi / un tel jugement que sur des noirs abrutis par un traite- \ ment infernal et devenus insensibles à force d'avoir été [ flagellés. D'autres fois, on aura eu affaire à un vrai courage, poussant la fierté et le stoïcisme jusqu'à maîtriser la douleur et la ronger en silence, plutôt que de passer pour un lâche. Ce sera bien souvent encore un cas de fanatisme ou d'une exaltation quelconque.

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Mais dans toutes les races humaines et dans tous les temps n'a-t-on pas vu souvent de semblables exemples? Les ilotes de Lacédémone ne se montraient-ils pas insensibles aux maltraitements du cruel Spartiate ? Oublierat-on jamais le courage sublime mais féroce de Popée, se poignardant héroïquement et disant froidement à son mari : Pœte, non dolet? Les paroles de Guatimouzin, restées célèbres dans les drames de l'histoire, sont encore une preuve saisissante que ceux qui se taisent au milieu des tortures corporelles, ne souffrent pas moins intérieurement. Le noir à qui l'on demanderait, s'il est insensible aux aiguillons de la douleur, tandis qu'on lui inflige la plus cruelle épreuve, répondrait lui aussi : « Et suis-J£ sur un lit déposes? » ■

Pour ce qui s'agit du fanatisme, on sait avec quelle insensibilité apparente les premiers chrétiens subissaient J* martyre. Il est vrai que la plupart devaient être sous l'influence d'une sorte d'analgésie, causée par la surexcitation nerveuse qu'inspire le fanatisme religieux et qu'on peut assimiler à un cas d'hystérie. Durant les hauts faits de rjnquisition où les chrétiens, devenus les maîtres et plus intolérants que les anciens païens, martyrisaient à leur tour ceux qui voulaient s'écarter de l'orthodoxie, des cas absolument semblables se produisirent. Mais alors, onprenait ces hommes, convaincus ou surexcités par leurs croyances, pour d'infâmes sorciers. Nicolas Eméric dit positivement qu'ils usaient de maléfices; car ils paraissaient insensibles au milieu des épreuves infernales qui accompagnaient les questions. « Alicui sunt maleficiati et in questionibus maleficiis utuntur..., efficiuntur enim quasi insensibiles (i).

.(1) Nicolas Emeric, Directo ire d'inquisition, cité par SaLverte dans son traité : Des sciences occultes.

Je connais beaucoup d'hommes noirs qui ont montré un courage étonnant, dans ïe cours d'opérations chirurgicales subies sans anesthésie, ne bravant les douleurs horribles qui leur étreignaient le cœur que dans le but de ne pas passer pour des lâches. Comme le chirurgien demande toujours au patient s'il peut subir l'opération sans l'emploi des anesthésiques, ceux-là croiraient déroger, en reculant devant l'épreuve. Sotte bravoure peut-être, mais qui fait voir, combien fière et courageuse est cette nature du noir Ethiopien, toujours prêt à tout affronter pour inspirer de lui une haute idée*- , ' .

HYBRÏDITÉ OU MÉTÎSSAGE ?

Mais qu'on ne croie pas que la discussion entre le monogénisme et le polygénisme prenne fin avec la revue des caractères anatomiques ou physiologiques qui, aux yeux des savants, distinguent les races humaines les unes des autres. Au contraire, l'école anthropologique qui admet la pluralité des espèces déclare qu'elle n'attache à ces caractères qu'une importance secondaire. On connaît bien le mot d'Annibal : ce Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. » Eh bien 1 l'intrépide Broca, se conformant au conseil du célèbre capitaine, alla, sur lés traces de l'américain Morton, attaquer les unitaires dans leur principal retranchement.

Nous avons déjà mentionné cette ancienne loi physiologique de l'espèce, en vertu de laquelle on prétend que la fécondité continue, de génération en génération, n'a lieu qu'entre les individus de la même espèce. Elle a été acceptée par tous les naturalistes de l'école classique comme une vérité scientifique et de premier ordre. Les monogénistes, constatant par l'histoire que partout où les hommes se

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sont rencontrés, les races se sont constamment croisées, à ce point qu'on a droit de se demander s'il existe encore des races pures,, ont rattaché à cette loi la doctrine de l'unité de l'espèce humaine. En effet, sans cette unité spécifique de l'humanité, il serait impossible d'expliquer les croisements eugénésiques qui ont émaiiié la surface du globe de plus de couleurs humaines qu'il n'y a de nuances dans l'arc- en-ciel.

Il fallait donc aux polygénistes faire la preuve du contraire ; démontrer que les espèces différentes peuvent produire entre elles des générations indéfiniment fécondes, ou bien que les différentes catégories humaines ne donnent pas toujours par leur croisement des produits doués d'une fécondité continue.

Je négligerai intentionnellement la première partie de la démonstration essayée par Broca. Elle ne nous intéresse pas suffisamment, malgré sa haute importance au point de vue des principes. Il faut aussi déclarer que je ne me suis pas arrêté spécialement sur les questions de Yhybriditê animale; car je connais trop peu de faits y relatifs, pour pouvoir examiner la justesse ou l'insignifiance des arguments invoqués. Je pense pourtant que, malgré toutes les raisons alléguées par l'illustre savant, il restera toujours à ses adversaires une obiection camtala. Cmt miP le rmi. sèment eugênésique des diverses espèces qu'il a étudiées, a toujours été provoqué par l'influence de l'homme. Et il faut encore remarquer qu'on n'a jamais pu obtenir la sécurité des résultats, puisque aucune de ces espèces hybrides n'est jamais devenue assez nombreuse pour qu'on puisse les compter autrement que comme des faits de simple curiosité, Tout le temps qu'on n'aura pas encore rencontré des croisements spontanés et féconds, entre espèces distinctes, et à Vétat sauvage, il semble qu'on doive s'abstenir de toute conclusion formelle, d'autant plus que les natura-

listes ne tombent pas d'accord sur la caractéristique même de l'espèce.

La deuxième partie nous offre un ordre de faits infiniment intéressants. Il s'agit des phénomènes d'hybridité dans les groupes humains. Le problème consiste à savoir si tous les hommes, quelles que soient leurs différences de couleur, de physionomie ou de civilisation, sont aptes à produire, en se croisant» des générations indéfiniment fécondes. Le Dr Broca, ne pouvant nier complètement un fait en faveur duquel parlent tant de preuves, a distingué deux cas : l'un où le croisement de certaines races est eugénésique, l'autre où il ne lest pas. Le premier cas, étant conforme à l'opinion générale, ne mérite pas qu'on s'y attarde. Mais il est curieux de voir les arguments sur lesquels va s'appuyer le savant, pour établir la réalité du second. C'est d'une finesse sans exemple.

« Nous examinerons à la fois îe métis, dit-il, sous le rapport de la fécondité et sous le rapport de la validité physique ou morale, car au point de vue qui nous occupe, il suffirait que certains métis fussent inférieurs aux deux races mères sous le rapport de la longévité, de la vigueur, de la santé ou de l'intelligence, pour rendre fort probable que ces deux races ne sont pas de même espèce (1). »

Le programme seul nous indique déjà combien le savant anthropologiste s'est senti faible, en abordant cette thèse.

C'est pour la première fois qu'il tient compte des qualités psychologiques, à côté des autres caractères que les naturalistes mettent ordinairement en ligne, pour établir ou vérifier une classification. Avoir jusque-là refusé toute valeur zootaxique à l'intelligence et la morale, puis s'y rabattre dans une question où il règne tant d'incertitudes, ce n'était pas prendre le chemin le mieux fait pour parvenir à une

(1) Broca, looo citato> p. 521.

bonne conclusion. Mais le fameux polygéniste a oublié de se demander la chose principale. Tous les enfants issus d'une même race, parmi les Anglais, les Français ou les Allemands, sont-ils toujours égaux à leurs parents maternels et paternels en longévité, en vigueur, en santé et en intelligence ? A-t-on même jamais comparé, en France ou ailleurs, les résultats que réclamait le savant professeur, comme le caractère sine quâ non de la communauté d'espèce entre les races humaines?

Si nous voulons nous rapporter aux seules études spéciales et sérieuses qui aient été faites dans ce sens, en consultant le savant ouvrage de M. Paul Jacoby sur La Sélection, nous constaterons ^in fait bien saisissant et qui retire toute valeur aux exigences de Broca. C'est que toutes les grandes qualités acquises par les parents à un degré excessif, sont un gage sûr d'appauvrissement pour l'héritage physiologique qu'ils laissent à leur progéniture. Cette pauvreté qui se manifeste surtout par un manque d'équilibre organique, est cause que ceux des enfants qui continueraient à être aussi intelligents que leurs parents, auraient une santé moins bonne et vivraient moins longtemps 1 C'est aussi l'opinion de M. Ribot et de tous ceux qui ont étudié la question si complexe de l'hérédité et de la sélection.

Mais il vaut mieux aborder une fois les assertions que nous voulons réfuter.

<t L'union du nègre et de la blanche, dit notre anthropologiste, est très souvent stérile, tandis que l'union du blanc et de la négresse est parfaitement féconde. » Sur quoi est appuyée cette affirmation qui vient à merveille établir une analogie entre les noirs et les blancs, d'une part, les chèvres et les moutons, d'une autre.? Nous allons le voir.

Un des caractères par^u$%&' dé l'Ethiopien, d'après Serres, réside dans la Ipq^uéur de soa\pénis comparé à

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celui du blanc. Cette dimension coïnciderait avec une longueur excessive du canal utérin chez la femme éthiopienne. L'un et l'autre phénomène aurait pour cause la conformation du bassin dans la race noire.

* Or, il résulte de cette disposition physique, dit Serres, que l'union de l'homme caucasique avec la femme éthiopienne est facile, sans nul inconvénient pour cette dernière. Il n'en est pas de même de l'Éthiopien avec la femme caucasique ; la femme souffre dans cet acte, le col de l'utérus est pressé contre le sacrum, de sorte que l'acte de la re production n'est pas seulement douloureux, il est le plus souvent infécond (1). »

Sans contester l'autorité du»savant médecin qui a écrit les Principes d'embryogénie, etc., ouvrage fort remarquable, il suffit d'avoir fait quelques études de physiologie embryogénique pour sentir l'insuffisance des motifs qu'il présente comme pouvant amener l'infécondité en question. On pourrait se servir de ses propres principes pour rétablir la vraie importance des faits qu'il interprète ici avec tant de fantaisie.

Broca avait dû s'en convaincre tout le premier ; mais il en tire pourtant un argument, en déclarant que le caractère anatomique sur lequel est basée la curieuse explication est exact, M= Topinard contredit cependant l'exactitude d'un tel cas. « Le pénis du nègre est plus long et plus volumineux dans l'état de flaccidité que celui du" blanc, dit-il ; dans 1 état d'érection, c'est le contraire (2). »

Cette contradiction signale bien la vérité, laquelle garde le juste milieu*

En réalité, il n'y a rien de régulier dans Tune ou dans l'autre assertion. Les différences d'organisation que Ton

(1) Cité par Broca, Mémoires d'anthr,, t. III,- p. 521.

(2) Topinard, îoco cttato, p. 373.

peut constater, sous ce rapport, dans une race ou dans l'autre, ne présentent qu'un caractère individuel qui s'explique plutôt par l'âge, les habitudes et la profession. Tel Hercule de foire, blanc ou noir, mangeant bien, buvant sec, bien entraîné, aura toujours une conformation génitale autrement vigoureuse, autrement forte qu'un travailleur de cabinet, noir ou blanc. La fréquence du fonction» nement produit aussi son effet sur le développement de l'organe en question, comme il en est pour tous les autres membres du corps. La cause des différences est donc plus physiologique qu'ethnologique. Il faudrait encore ajouter aux raisons mentionnées plus haut, celles du régime alimentaire et même de la quantité de nourriture que Ton consomme. L'insuffisance d'alimentation a là dessus une influence positive. Le père de la physiologie moderne, le grand Iialler, voulant vérifier les effets produits sur For« ganisme par une alimentation insuffisante a fait les observations suivantes : <t Sœpe tentavi ob podagram, semper sensi débilitaient universam, ad labores Veneris inertius (1). »

La question est évidemment trop complexe pour qu'on se contente d'une assertion dénuée de toute valeur scientifique, lorsqu'il s'agit de réfuter un fait dont l'importance est de premier ordre .

Pour que le professeur Broca fût conduit à s'accrocher à des branches si faibles, dans l'océan d'inconnues où il s'était aventuré, en abandonnant l'opinion commune, il faut qu'il se soit trouvé bien embarrassé. Malgré tout ce que pourront dire les polygénistes, afin de faire admettre l'infécondité du croisement entre les blancs et les noirs, il y aura toujours une preuve contraire à leur théorie, preuve plus éloquente que toutes les fleurs de la rhétorique, plus

(1) Haller, Elementa physiologiœ.

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convaincante que toutes les règles de la logique, c'est celle des faits: Or l'immense quantité de métis qu'on rencontre partout où les deux races se sont trouvées en communication permanente, est un fait trop saillant, trop universel, pour qu'on soit obligé de recourir à d'autres ressources de dialectique, lorsqu'il faut en démontrer la haute signification.

Il ne restait donc aux adeptes du polygénisme qu'un seul moyen de continuer leurs argumentations, où ne brillent que les paradoxes les plus audacieux, alliés à un art parfait d'embrouiller les questions et de les rendre insolubles. C'était de soulever des doutes sur la fécondité inter se des métis issus du blanc et de la négresse ou du noir et de la blanche. On saisira vite le motif.de la discussion. Le chevalet Tânesse, animaux d'espèces différentes, donnent par leur croissement le produit hybride qui est le mulet; mais cette espèce hybride est d'ordinaire inféconde. S'il était prouvé que le mulâtre est infécond, comme le mulet auquel on a semblé l'assimiler par le nom, ou pourrait positivement affirmer que ses parents sont aussi d'espèces distinctes.

J'omets le cas où V hybride se croise fructueusement avec Tune ou l'autre des deux espèces qui Ton produit (hybridité paragénésique de Broca). Toutes ces distinctions savantes peuvent difficilement s'observer d'une manière précise au milieu des faits nombreux et varies que laisse constater la nature, sans qu'on puisse jamais leur assigner un caractère fixe. Mais ce qull fallait surtout au grand polygéniste, pour avoir sur ses adversaires une victoire complète, c'était de prouver que les mulâtres ne sont pas continuellement féconds entre eux.

Le fait de la grande fécondité des mulâtres est tellement connu de tous ceux qui ont vécu*dans les pays où se rencontrent Les races métisses, que Ton ne peut s'empêcher

d'une certaine surprise, en voyant un savant de ia trempe de Broca le mettre en doute. Mais que fait l'habile dialecticien? Après avoir formulé plusieurs hypothèses, pas plus rationnelles les unes que les autres, il en vient à cette déclaration : « Pour donner à ia question une solution vigoureuse^ il faudra pouvoir étudier une population uniquement composée de mulâtres de premier sang. » C'était vraiment imposer des conditions impossibles. Partout où l'on rencontre des mulâtres, leur seule existence prouve qu'il y a ou qu'il y a eu des blancs et des noirs en contact immédiat. Or, il restera toujours, des deux races ou de l';une d'elles, des représentants assez nombreux pour qu'on ne trouve jamais cette population uniquement composée de mulâtres de premier sang, c'est-à-dire issus directement du croisement de la blanche et du noir ou du blanc et de la femme noire. Si on imposait des conditions semblables pour chaque genre d'études, on peut certifier que toute expérience scientifique deviendrait absolument impossible. Des naturalistes non aveuglés par l'esprit de système ne seraient-ils pas plus raisonnables? Au lieu de tant d'exigence, ne leur suffirait-il pas que l'expérience fût faite sur vingt ou trente familles de mulâtres, ou même le double? En ce cas, il est facile de prouver que la fécondité des mulâtres entre eux est un fait d'une évidence irréfragable.

Les Dominicains de l'île d'Haïti sont une première preuve. Il est vrai que dans ce pays il est resté beaucoup de blancs, qui ont continué à se croiser avec les diverses autres nuances, de telle sorte qu'à coté des mulâtres de premier sang, il se trouve beaucoup de sang-mëlé, de griffes, de noirs, etc. Mais l'existence de ces différents métissages ne contrarie en rien les recherches qu'on voudrait faire sur les résultats du croisement des mulâtres de premier sang entre eux. Ceux-là sont nombreux; et les cas abondent

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pour démontrer que leurs unions sont tout aussi fécondes que celles des individus de race pure.

. Ce ,sont des faits que j'ai constatés de visu, pendant un ■ séjour de plus de six mois, dans la Dominicanie.

En Haïti, ancienne partie française de Hle, dont ]e puis | parler avec une assurance encore plus grande, puisque

*.'; c'est ma patrie, mon pays natal, on psut facilement faire

pi la même remarque. Le cas prend ici le caractère d'une

preuve irréfutable. A l'époque de l'indépendance de Fîie, il

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y était resté peu de blancs. Depuis, il n'en est entré qu'un nombre fort restreint. Ceux-là, n'y arrivant que dans le but de faire fortune et se rapatrier ensuite, n'y contractent qu'exceptionnellement mariage avec les regnicoles. C'est un fait notoire que, depuis environ quatre-vingts ans, les croisements entre blanches et noirs ou noires et blancs sont devenus un cas tellement rare, qu'on est autorisé à le considérer Comme absolument négligeable. Eh bien, malgré cela, la race de couleur c'est-à-dire les mulâtres ont |fp! presque doublé en Haïti l

Il est incontestable que leur nombre s'est accru dans un mouvement ascensionnel beaucoup plus accéléré que celui des noirs. Je sais qu'on ne doit pas rattacher ce phénomène à une fécondité supérieure des mulâtres, comparativement à Tune des races mères dont ils sont issus. Il faudrait plutôt en chercher la raison dans l'existence de certaines conditions sociologiques que nous n'avons pas à considérer ici. Mais si on ne doit pas attribuer à la seule influence ethnologique cet accroissement rapide du nombre des mulâtres d'Haïti, malgré l'absence de croisement des deux races dont ils descendent, le résultat, constaté dans de telles occurrences, suffit pour démontrer que ces métis sont indéfiniment féconds entre eux. Aucun tour de force n'est exigé pour établir une telle vérité. Qu'on vienne encore nous demander à quel degré de sang les différentes familles

ter.

de mulâtres se trouvent constituées, c'est là une question oiseuse à laquelle il est parfaitement inutile de répondre.

Jacquinot, Broca, Nott, Edward Long, autant qu'il se compte de savants dans le polygénisme, peuvent encore affirmer que le croisement des mulâtres est souvent stérile. Le monde savant, qui s'est habitué à reconnaître en eux des hommes d'une compétence indiscutable dans la matière, peut sanctionner cette opinion et lui faire une place à côté de tant d'autres de la même valeur. Je courberai peut-être une tête docile devant leur autorité devenue plus puissante, plus malfaisante que nç l'a jamais été l'autorité même de l'Église ; mais comme Galilée, étouffant le cri de l'éternelle vérité qui grondait en son cœur, je murmurerai tout bas : Epur si muovef

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