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DES MÉTIS DU BLANC ET DU NIGRITIEN

Nous savons que, semblables aux géants de la fable qui, pour escalader le ciel,' entassaient l'Ossa sur le Pélion, les polygénistes infatigables entassent difficultés sur difficul^ tés, afin de terrasser les esprits et défier les réfutations. Démontre -t-on que les mulâtres haïtiens sont incontestablement féconds entre eux et procréent des générations indéfiniment fécondes? Ils répondent qu'il faut attendre dix ou vingt générations avant de se prononcer, que l'expérience n'est pas concluante, puisque les métis d'Haïti sont issus du croisement de la race noire avec des blancs d'origine celtique ou ibérienne, variété brune, et non avec des blancs d'origine germanique ou saxonne. Que sais-je encore? Or, pour comble de confusion et d'embarras, à chaque réunion des ethnographes, on est encore à se disputer, à savoir si les vrais Celtes étaient bruns ou blonds l Franchement, il faut bien convenir que les plus subtils sco^

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lastiques le céderaient à nos naturalistes, dans l'art d'embrouiller les questions par l'enchevêtrement sans fin des éternels distinguo.

Pourquoi tant d'insistance à la soutenance d'une thèse où la science a sans doute un haut intérêt à faire la lumière, mais où toutes ces controverses passionnées ne tournent qu'à la dissociation des hommes, par la surexcitation d'un sot orgueil, d'une part, et l'aigreur contre Finjustice, de l'autre ? N'y a-t-il pas une foule d'autres questions scientifiques dont la solution intéresse autrement l'avenir de l'humanité et les progrès de la civilisation? Mais il est inutile de s'arrêter à des considérations de g|| cette nature. Il vaut mieux suivre l'illustre savant dans son argumentation laborieuse et voir comment il continue sa démonstration.

Après avoir mis en doute la fécondité normale des métis entre eux, il aborde la thèse de leur infériorité intellectuelle et morale. Passant avec dextérité sur tout les points difficiles, il se contente de citer M. Boudin. « Les métis, dit celui-ci, sont souvent inférieurs aux deux races mères soit en vitalité, soit en intelligence, soit en moralité.

a Ainsi les métis de Pondichéry, connus sous le nom de Topas, fournissent une mortalité beaucoup plus considérable non-seulement que les Indiens, mais encore que les Européens, quoique ces derniers meurent incomparablement plus dans l'Inde qu'en Europe. Il y a longtemps déjà que la Revue coloniale a publié sur ce point des documents positifs. Voilà pour la vitalité.

« A Java, les métis de Hollandais et de Malais sont tellement peu intelligents qu'on n'a jamais pu prendre parmi eux un seul fonctionnaire, ni un seul employé. Tous les historiens hollandais sont d'accord sur ce point. Voilà pour l'intelligence.

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a Les métis de Nègres et d'indiens/connus sous le nom de Zambos, au Pérou et au Nicaragua, sont la pire classe des citoyens. Ils forment à eux seuls les quatre cinquièmes de la population des prisons. Ce fait, déjà annoncé par Tschudi, m'a été récemment confirmé par M. Squier. Voilà pour la moralité (1). »

En bonne logique, il me semble que pour faire une démonstration suffisamment probante de la vérité qu'il s'agit d'établir, il faudrait continuer l'examen de ces différentes particularités sur une seule et même catégorie de métis, et répéter la même observation d'une manière intégrale sur d'autres catégories, avant d'en tirer une déduction sérieuse. Mais au lieu de cela, on ramasse les exemples de toutes parts, dans une incohérence qui leur retire toute valeur démonstrative. Il serait donc permis de méconnaître a priori toutes les conclusions tirées de ces procédés incorrects. Cependant, ' nous pouvons par analogie expliquer les différents cas relatés par l'auteur de la Géographie médicale, sans avoir recours aux considérations ethnologiques qui ne sont invoquées ici que pour satisfaire à l'esprit de système.

Une réponse est toute faite sur la vitalité des métis, c'est l'augmentation remarquable des mulâtres d'Haïti dont j'ai déjà parlé. D'après les procédés de dialectique adoptés par les polygémstes, ils diront que la comparaison n*est pas valable, les mulâtres provenant de souches ethniques tout autres que celles dont proviennent les Topas de Pondichéry. Mais en dehors de toutes controverses sur ce point, il y a des raisons scientifiques qui aident à éciaircir nettement la question. En démographie, on constate toujours que lorsqu'une classe d'hommes est placée dans une fausse position sociale, ne pouvant se

(1) Bulletin de la Société d'anthropologie^ mars 1860, cité par Brocai

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mettre ni avec la classe supérieure qui la méprise, ni avec la classe inférieure qu'elle méprise à son tour, elle devient inconsistante et faible, obligée de louvoyer entre deux courants opposés, où il n'y a pour elle ni attrait ni encouragement. Or, la vitalité est toujours en raison directe du degré d'expansion qu'une race, une famille, un groupe quelconque rencontre dans le milieu et les circonstances où il fait son évolution. Il se conçoit bien, dès lors, que des métis qui se trouvent resserrés entre deux races facticement divisées en supérieure et inférieure, dépérissent lentement et décroissent en énergie vitale. Un Guillard ou un Bertillon n'aurait aucunement hésité dans l'interprétation des phénomènes que M. Boudin attribuait à des causes ethnologiques.

Il faut passer maintenant à la question de l'intelligence des métis. Je resterai conséquent, suivant la vraie méthode scientifique, en ne prenant pour base de mon argumentation que les mêmes mulâtres d'Haïti. Ici encore, il est facile de se convaincre que si les métis àc Hollandais et de Malais, — deux races beaucoup plus rapprochées, selon les théories polygénistes même, que ne le sont les noirs africains et les blancs européens, — ne font pas preuve d'une grande intelligence, on ne doit logiquement pas rapporter ce cas à une influence ethnologique. Les conditions sociales qui leur sont faites, à cause du; préjugé même qu'on nourrit contre leurs aptitudes intellectuelles^ en sont des motifs beaucoup plus plausibles.

Avant l'indépendance de l'île d'Haïti et surtout pendant que l'esclavage y régnait, on avait établi le marne jugement contre les mulâtres haïtiens. Maltraités et méprisés par leurs pères blancs qui les regardaient comme les tristes fruits d'une mésalliance entre le pur sang caucasique et l'immonde sève africaine, ils végétaient dans le pays comme une espèce parasite, livrés au vagabondage ou ne s'oceu-

pant que des métiers les plus rudes et les plus répugnants. Sentant qu'ils avaient dans leurs veines une notable portion de ce sang dont les petits blancs étaient si fiers, ils laissaient fermenter leur haine en silence et accumulaient leurs colères contre ceux qui ne les avaient procréés que pour les condamner ensuite à une existence abreuvée d'opprobre et de misères. C'était, à vrai dire, horrible.

Le plus souvent, sans doute, c'est dans un moment d'ébriété ou plutôt de cette salacité irrésistible, que déchaîne dans le sang de l'Européen l'air balsamique et chaud des tropiques, que le baiser criminel aura rapproché du maître la sémillante esclave, aux formes exubérantes et gracieuses. Combien de temps duraient ces transports? La coupe de l'ivresse une fois vidée, l'homme blanc s'en allait, laissant germer dans le sein noir de la noire Africaine un être qui ne saura peut-être jamais le nom de son pèreî L'enfant grandissait seul, abandonné aux soins delà pauvre négresse dont il constituait un fardeau de plus, bien lourd encore que chéri.

A jamais garotté dans les ténèbres de l'ignorance, il sera tourmenté par sa peau trop claire pour qu'il se complaise au triste sourire qui se détache du noir visage de sa mère toute confuse de maternel amour, trop brune pour que son père paisse jamais voir en lui la reproduction de son teint rose, d'autant plus recherché que le soleil équinoxial l'aura déjà rudement caressé !

Cette pénible position du mulâtre n'est pas une fantaisie. Le temps qui cicatrise toutes les plaies, travaille lentement à en effacer Je souvenir ; mais c'était un fait général. « Dans toutes les colonies européennes, chez les Français surtout, dit Bory de Saint- Vincent, les mulâtres furent traités avec unmépris que rien ne saurait justifier et capable de soulever d'indignation les cœurs les plus apathiques. On dirait que les blancs ne donnent le jour à des enfants de couleur que

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pour se procurer le satanique plaisir de les rendre misérables. Ces pères dénaturés auraient horreur de les reconnaître, pour leur progéniture ; mais que, justement révoltés de la plus insultante des oppressions, ces enfants du maiheur osent s'apercevoir qu'ils sont aussi des hommes et réclamer leurs droits naturels, ils deviennent des fils révoltés dignes des supplices réservés aux parricides; les verges déchirantes, les couperets, les roues, les potences, et les bûchers punissent leur généreuse indignation; leurs pères blancs deviennent leurs bourreaux! !... (1) »

Comprend-on qu'en de telles conditions le mulâtre rendu envieux, haineux et dénaturé par l'injustice du Caucasien, mais sans attachement pour l'Africain qu'il évite, arrivât jamais à s'élever aux idées les plus élémentaires de progrès et de moralité ? Il n'en pouvait être ainsi. Par ci, par là, on trouvait quelques exceptions. Quelques pères blancs consentirent sinon à reconnaître légalement leurs enfants, mais à les soigner, les élever et les affranchir du joug de l'esclavage. Les mulâtres qui ont eu de tels pères ont pu jouir du bienfait de l'instruction et développer jusqu'à un certain point leur intelligence* Mais en quel nombre les voyait-on? Les Ogé, les Cha vannes, les Julien Raymond et tant d'autres, que l'on ne peut citer comme des aigles, étaient pourtant bien loin d'être des ignorants. Ne l'ontils pas suffisamment prouvé par la part active qu'ils ont prise dans le vote du décret de la Constituante qui accordait aux hommes de couleur de Saint-Domingue l'égalité des droits civils et politiques ? Cependant avant que la Révolution française fut venue jeter dans leurs esprits je ne sais quelle généreuse fermentation, avec les ardentes aspirations de la liberté, on ignorait complètement leur existence.

(1) Bory de Saint- Vincent, loeo citato, t. II, p. 37-38.

Aussi les écrivains superficiels ou passionnés qui ont parié dans le temps des événements de Saint-Domingue, n'ont-ils fait que dire, à l'égard des mulâtres, ce que répètent à propos des métis de Java les historiens hollandais. C'étaient, pour eux, des êtres inférieurs, d'une ignorance indécrottable ; et comme on dit actuellement des Zambos, on ajoutait qu'ils étaient la pire classe des citoyens !

Eh bien, où est la vérité ? La voici. Depuis que l'ancienne colonie de Saint-Domingue a été transformée en Haïti indépendante, un changement à vue s'est opéré dans les mœurs et l'intelligence des mulâtres. Hier, ils étaient vagabonds par nécessité. Sans droits politiques, souvent même esclaves, pouvaient-ils songer à cultiver en eux ces dons de l'esprit, qui sont le plus bel apanage de l'homme? C'était matériellement impossible. Le pussent-ils même qu'il leur paraîtrait inutile de s'en occuper.

L'intelligence humaine, pour s'exercer jusqu'au point d'atteindre le plus haut développement de l'esprit, a toujours besoin d'une certaine stimulation. Et quel stimulant que la perspective constante de la honte, qui pèserait d'autant plus lourde sur leur front qu'ils seraient plus à même d'en mesurer l'étendue! Aujourd'hui, — et ce jour date de 18041 — le mulâtre, maître de sa destinée, fier et pressé de montrer au monde entier ses aptitudes aussi larges que celles du Caucasien, travaille, s'eflorce, s'évertue à développer ses facultés intellectuelles. Aussi, ses succès dans cette voie sont-ils incontestables.

Trois historiens, dont les qualités ne sont peut-être pas de premier ordre, mais qui font preuve d'une parfaite entente des règles applicables au genre qu'ils avaient choisi, sont des mulâtres de l'île d'Haïti. Madiou, Saint-Remy et Beaubrun Ardouin pourraient bien le disputer aux Européens, s'ils se trouvai enta us si bien favori se s parle milieu. Il est même juste de reconnaître en Saint-Remy un écri-

vain habile, sachant tirer de la langue française les plus magnifiques effets. En examinant son style, on y découvre un travail savant. La diction en est pure et correcte, parfois charmante. Un certain éclat, toujours tempéré par la sobriété du mouvement phraséologique, lui sert à merveille pour mettre en relief les points sur lesquels il veut faire la lumière et attirer l'attention.

Beaubrun Ardouin, moins correct, maniant avec négligence cette plume qui fait de l'historien le juge redouté des rois et des peuples, avait pourtant des qualités remarquables comme travailleur patient et tenace. S'il n'avait ni le don de l'expression, ni la haute impartialité d'un Thiers ou d'un Guizot, il a du moins laissé sur l'histoire d'Haïti la compilation la mieux préparée et la plus complète.

Entre les deux vient Thomas Madiou. Sachant communiquer la vie à ses héros et de la couleur à ses descriptions, il écrivait surtout avec une vivacité pleine d'entrain. Il y mettait son cœur. Avec plus de correction, une habileté plus profonde dans la narration des faits, où Fart de l'historien redonne la vie aux choses passées, il eût pu, quoique à distance respectueuse, suivre l'illustre Michelet dans ce genre dont le charme, fait de patriotisme ardent et de vigoureuse raison, exhalte l'esprit du lecteur et lui inspire je ne sais quel vague regret de n'avoir pu prendre une part dans les luttes dont l'historien fait la peinture émouvante.

Sans compter les nombreux mulâtres qui se isont distingués au barreau, tels que les Dupont, les Mode, les Camille Nau, les Archin, les Stewart, etc ; les parlementaires éloquents, tels que les Hérard Dumesle, les David St. Preux, les Thoby et tarit d'autres, on peut remarquer deux jurisconsultes qui, en travaillant constamment à régulariser la jurisprudence haïtienne, ont fait preuve des meilleures aptitudes, dans les différents travaux qu'ils ont embrassés. Linstant PradinéSj qui avait fait son édu-

cation en France, s'est occupé, avec un esprit de suite bien rare dans les pays jeunes, d'éditer et d'annoter les divers Codes de la jeune république noire* En réunissant sous chaque article tous les arrêts du tribunal de cassation d'Haïti qui s'y rapportent, il a essayé d'en fixer le sens et d'indiquer l'interprétation qu'on [doit y donner* Par ce travail minutieux, il a évité à ceux qui plaident comme à ceux qui doivent appliquer les loi s, de nombreuses erreurs auxquelles on serait fort souvent exposé. C'était d'autant plus nécessaire qu'on ne peut toujours s'appuyer ici sur la jurisprudence française, qui n'est pas toujours conforme à la nôtre, vu les fréquentes différences de rédaction et même de principes qui existent entre les deux législations*

Il est possible de lui reprocher certaine absence de méthode dans le classement des arrêts. Les bons en sont confondus avec les mauvais, sans aucune critique, même sans aucune observation. Parfois les arguments pro ou contra que Ton peut tirer de ces arrêts sont tellement amalgamés, qu'on est dans la plus grande perplexité pour savoir quelle est la jurisprudence que Fauteur croit la meilleure. Il est certain que la plus légère étude de Tordre et du raisonnement que les arrêtistes de France mettent dans leur travail, suffirait pour corriger ces petits défauts.

A quoi devons-nous donc attribuer ces résultats? Est-ce insuffisance de connaissances doctrinales? Est-ce une simple négligence ou plutôt est-ce l'effet de la précipitation? i Je pense qu'il faut s'arrêter à cette dernière cause ; car il fallait à M. Pradines un travail pénible et de longue haleine, pour la recherche de ses documents, et il était pressé d'en publier les résultats* D'ailleurs il avait aussi embrassé une tâche encore plus fatigante et ardue, celle de publier un recueil général des Lois et actes de la République d'Haïti, On comprend bien qu'avec les difficultés pratiques que présentent ces sortes de travaux, dans un pays

neuf, insuffisamment organisé, il ait laissé quelque chose à désirer, sur un point ou sur un autre,

Mullery s'est réellement distingué dans ses différents travaux d'un cadre beaucoup plus restreint que ceux de Linstant Pradines, mais devenus classiques, indispensables à tous ceux qui s'occupent de droit en Haïti- Son Catéchisme de la procédure est le vade mecum de tout jeune avocat et une source précieuse de consultations pour le juge ; son Manuel de la justice de paix est d'autant plus utile que, l'organisation judiciaire d'Haïti n'étant pas exactement semblable à celle de la France, il y a foule de détails où l'on se confondrait souvent, sans un guide si sûr.

A part ces deux qui ont laissé des ouvrages estimés, il y a nombre d'autres mulâtres, tels que les Lallemând, les Grandville, les Bourjolly, etc., qui, pour n'avoir rien écrit, ne méritent pas moins d'attirer l'attention par leur grande capacité dans les questions de droit. Plusieurs autres, tels que MM. Boyer Bazelais, Jean-Pierre Bazelais, Mallebranche, étaient des licenciés en droit de la faculté de Paris. M. Soion Ménos est docteur, MM. Camille Saint- Remy et Emmanuel Léon, licenciés en droit de la même faculté de Paris.

M. Boyer Bazelais était surtout un travailleur infatigable, très versé dans toutes les questions politiques et internationales, ainsi que dans toutes les connaissances t que les Allemands réunissent sous la dénomination de sciences camérales (1). Aussi peut-on dire que, transporté dans un pays quelconque de l'Europe, il aurait pu se mesurer, par ses connaissances spécial es, aux plus re= marqua blés publicistes de notre époque.

(1) Les sciences camérales {Kameral Wissenschaften) comprennent toutes les sciences administratives , particulièrement Téconomie politique et les connaissances nécessaires pour diriger les finances de l'Etat.

En Haïti, on trouve une vingtaine de mulâtres, docteurs ( en médecine de la Faculté de Paris. Ici, il y a tant de noms / à citer qu'on ne saurait le faire sans excéder les bornes de / cet ouvrage. Tous ont continué à faire des progrès dans les sciences médicales où tant de sens pratique et de sagacité intellectuelle sont réclamés en même temps.

Il faut surtout mentionner Je Docteur Dehoux, sangmêlé, il est vrai, réunissant les aptitudes du naturaliste et du savant à celles du médecin habile.

J'ai vu le Docteur Nemours Auguste, au Cap-Haïtien ou à Saint-Thomas, en présence des médecins étrangers les mieux réputés. Ses confrères ont toujours reconnu en lui la plus vive intelligence et une sûreté de vue supérieure soit dans le diagnostic, soit dans les indicatious thérapeutiques. Il tenait toujours le scalpel dans les opérations chirurgicales et plaçait souvent le dernier mot dans les grandes consultations.

Les poésies d'Ignace Nau, d'Abei Elie, de MM. Oswald / Durand, Yillevaleix, Arthur Simonis et tant d'autres ] mulâtres de talent, qu'il serait trop long d'énumérer ici, / ont, à divers titres, une place distinguée dans la littérature exotique. MM. Justin Devost, Cadet Jérémie, L. Ethéart, Jules Auguste, etc., sont des prosateurs distingués, sachant tirer de la langue de Pascal et de Bossuet les plus merveilleux effets. En outre, M. Devost prépare sa licence à la Faculté de droit de Paris, et M. Ethéart est un financier.

Cette littérature haïtienne est tout imprégnée de l'esprit

et des aspirations de la France. Oui, de l'autre côté de

l'Atlantique, sous le ciel brûlant et clair des Antilles, au

pays des palmiers sveltes et des gracieux bambous, le

mulâtre, libre et fier, rivalise d'adresse avec le Français

même. 11 tire de sa langue, si belle mais si rebelle, toutes

les harmonies qu'elle révèle à ceux qui savent la plier au gré

de leurs inspirations. Aussi est-il aujourd'hui bien reconnu que les hommes de couleur, maigre tout ce qu'on a pu dire de leur incapacité native, sont capables de toute sorte de culture intellectuelle !

Nous n'excepterons pas même les mathématiques, auxquelles on donne souvent une importance imméritée dans l'échelle des facultés intellectuelles. M. Pierre Éthéart, avec une vocation d'autant plus louable qu'il n'y trouve ni émulation, ni stimulation, cultive les sciences exactes ■ d'une façon assez sérieuse et surtout avec assez de supériorité pour mériter le titre de mathématicien. Plusieurs autres, beaucoup plus jeunes que lui, par exemple, M. Mi- |{ guel Boom, sont tout aussi bien, disposés et travaillent

constamment à augmenter leurs aptitudes, dans ces hautes sphères des mathématiques où les chiffres ont aussi leur poésie.

Quant à l'intelligence pratique des affaires, le mulâtre en est si bien doué qu'il réussit souvent à se faire une position tirée presque de rien. Le haut commerce haïtien compte une portion notable d'hommes de couleur qui, par une entente supérieure des spéculations commerciales, sont parvenus à se créer une situation des plus solides dans le monde de la finance.

En sortant de la République haïtienne, on trouverait aisément d'autres exemples, tout aussi éclatants, tels qu'un Gerville Réache, un Lacascade, un Frederick Douglass, un Langston et tant d'autres mulâtres remarquables des Etats-Unis ou des diverses colonies. Mais j'ai voulu donner à mon argumentation un caractère particulier et systématique, en tirant d'une source unique tous les exemples à citer, de manière que la cause explicative du phénomène se dessine plus catégoriquement, aux yeui même des plus incrédules.

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